De l’aide d’urgence à l’aide de la science

Selon le FMI, les mesures de soutien budgétaires qui ont été prises par les gouvernements pendant la pandémie de COVID-19 ont permis de sauver des emplois ainsi que des vies.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Selon le FMI, les mesures de soutien budgétaires qui ont été prises par les gouvernements pendant la pandémie de COVID-19 ont permis de sauver des emplois ainsi que des vies.

L’argent des gouvernements est essentiel à court terme pour passer à travers des crises économiques comme celle de la COVID. Mais il sera tout aussi déterminant pour augmenter les chances de croissance à beaucoup plus long terme. Dixit le Fonds monétaire international (FMI).

Les représentants des milieux d’affaires et des syndicats s’activent à Ottawa, rapportaient cette semaine des médias. On veut convaincre le gouvernement fédéral de prolonger au-delà de l’échéance du 23 octobre l’aide financière d’urgence qu’il offre depuis le début de la pandémie aux entreprises et aux travailleurs touchés par la crise de la COVID-19. On fait valoir que la tempête est encore loin d’être passée pour plusieurs secteurs de l’économie. Cette aide d’urgence a pesé lourd dans l’explosion des déficits budgétaires à Ottawa, qui aura fait bondir la dette fédérale de 31 % du produit intérieur brut (PIB) à environ 50 % d’ici la fin de l’année, estimait le directeur parlementaire du budget en mai.

Le Canada n’a pas été le seul à s’engager dans cette voie, a observé le FMI dans une analyse jeudi, l’endettement des pays développés ayant aussi augmenté en moyenne de 18 points de pourcentage du PIB. Et l’on a eu raison de le faire. « Les mesures de soutien budgétaire prises par les pouvoirs publics pendant la pandémie de COVID-19 ont sauvé des vies et des emplois », dit le FMI.

Idéalement, cette aide devrait être maintenue tant que la reprise ne sera pas solidement engagée, mais elle pourrait bientôt se heurter aux limites de la capacité financière des États.

 

Les recherches du FMI ont montré que cette capacité d’emprunt tient notamment à la confiance que les gouvernements savent inspirer aux investisseurs en se dotant de politiques claires et crédibles de réduction de la dette à long terme. C’est encore mieux lorsque ces politiques viennent avec des cibles chiffrées. « Lorsque les prêteurs croient en la responsabilité fiscale des gouvernements, ils rendent le financement de leur dette plus facile et moins cher », dit-on. Cela aurait aussi d’autres avantages, comme d’attirer dans le pays des investisseurs étrangers et de valoir aux gouvernements un meilleur appui dans la presse et l’opinion publique lorsque les circonstances économiques les forcent à faire des déficits.

À beaucoup plus long terme

 

À terme, la viabilité des finances publiques et la vigueur de l’économie dépendront de plus en plus de l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire de la quantité de richesse produite par travailleur, dans un contexte où les tendances démographiques annoncent une diminution constante des travailleurs. On a toujours cru que la meilleure façon d’améliorer cette productivité était d’investir dans l’innovation, or « curieusement, la croissance de la productivité décline depuis plusieurs dizaines d’années dans les pays avancés en dépit de la progression régulière de la recherche-développement », a rapporté le FMI dans une autre analyse mercredi.

C’est que toutes les recherches n’ont pas les mêmes effets économiques, explique-t-on. Contrairement à ce qu’on pense généralement, ce n’est pas la recherche appliquée à vocation commerciale et principalement conduite par les entreprises privées qui présente le plus grand potentiel économique « sur un plus grand nombre de secteurs, dans un plus grand nombre de pays et pour plus longtemps », mais la recherche scientifique fondamentale qui « peut être combinée de manière imprévisible et utilisée dans différents domaines ».

Le FMI cite l’exemple des vaccins contre la COVID-19, qui se basent sur des dizaines d’années de recherche, mais aussi du GPS ou du stimulateur cardiaque, qui sont tous nés de l’improbable mais féconde rencontre d’avancées scientifiques dans des domaines (physique, biologie, électronique, etc.) parfois très éloignés les uns des autres. Toutefois, « comme les entreprises privées ne peuvent capter qu’une part modeste des rendements financiers incertains de la recherche fondamentale », elles ont tendance à la bouder, laissant aux gouvernements la responsabilité de faire le travail à leur place, observe le FMI, qui reprend ainsi une idée souvent défendue par l’économiste italo-américaine Marianna Mazzucato.

Les gouvernements ne sont pas obligés de tout payer de leur poche et pourraient trouver des façons de s’associer le secteur privé, dit le FMI. Mais pour ce faire, il faut un cap clair et de la patience, car de tels investissements ne commencent généralement pas à être rentabilisés avant une dizaine d’années.

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