Les barrages d’Hydro-Québec sauvés par le quantique?

Hydro-Québec ne s’en cache pas : les importants contrats d’exportation qu’elle signe ces jours-ci avec les États américains de la côte Est vont créer une pression additionnelle sur sa capacité de production hydroélectrique. Pour s’assurer de satisfaire cette demande accrue, la société d’État pense avoir un as dans sa manche : l’informatique quantique.

« Si la technologie quantique était déjà disponible, il y a plein de façons chez Hydro-Québec dont on pourrait en profiter », affirme Patrick Jeandroz, chef de l’expertise, science des données et calcul haute performance à l’IREQ, le centre de recherche d’Hydro-Québec. M. Jeandroz était invité par IBM Canada, mardi dernier, à participer à une table ronde sur l’avenir du secteur quantique canadien.

Pour Hydro-Québec, la transition énergétique qui arrive représente autant un défi qu’une occasion d’accroître son marché, selon lui. La société d’État tâchera notamment de trouver de nouveaux matériaux pour réduire les besoins d’entretien des turbines-alternateurs, dans ses barrages hydroélectriques, et de minimiser le bris ou le remplacement de ces composants incontournables pour générer de l’énergie.

« Simuler ces scénarios demande beaucoup de capacité de traitement, et le quantique pourra nous apporter un coup de main », assure M. Jeandroz.

Une des particularités de la technologie quantique est qu’elle promet de multiplier par un facteur de plus de dix mille la rapidité de calcul des ordinateurs. Cette puissance peut accélérer la recherche dans divers secteurs, notamment dans la modélisation et la simulation du comportement des matériaux. La possibilité de créer de nouveaux alliages ou de nouveaux composants plus durables serait un atout important pour Hydro-Québec, dont les plus importants barrages commencent à prendre de l’âge.

Les batteries de l’IREQ sont aussi un créneau où la modélisation peut servir, ajoute le chercheur. Les nouvelles sources d’énergie posent un autre genre de problème : elles sont intermittentes et sont produites quand la demande est généralement à son plus bas. Modéliser efficacement la façon dont l’énergie sera stockée, puis distribuée, rendra le réseau électrique québécois plus efficace. Tout ça va demander des algorithmes assez puissants capables d’optimiser ces échanges occasionnels et intermittents de plusieurs sources, dit Patrick Jeandroz.

« En ce moment, on tourne un peu les coins ronds [dans la distribution d’électricité], car nos algorithmes ne sont pas optimaux. De bons algorithmes nous éviteraient aussi d’avoir à importer de l’énergie sale en provenance des États-Unis. »

Bien plus que de la fiction

 

Pour l’heure, la seule relation qu’entretiennent la vaste majorité des Québécois avec la technologie quantique passe par les œuvres de science-fiction qu’elle inspire depuis quelques décennies. Mais pour une maigre poignée d’entreprises et de centres de recherche de la province, il s’agit d’un marché, encore naissant à l’heure actuelle, qui sera appelé au cours des deux prochaines décennies à connaître une expansion étonnante.

Selon les données de l’industrie, le secteur canadien du quantique vaudra 8,2 milliards de dollars à la fin de la décennie actuelle. Dix ans plus tard, en 2040, cette industrie s’attend à générer des revenus annuels de 142 milliards et prévoit employer 229 000 personnes. À la grandeur du G7, le Canada est, par rapport à sa population, le pays qui investit le plus dans la recherche quantique. En chiffres absolus, son investissement, qui se calcule en centaines de millions de dollars, est toutefois minuscule comparé aux dizaines de milliards investis par des pays comme les États-Unis, la Chine et l’Allemagne.

Ses promoteurs espèrent que la technologie quantique aura sur l’économie du Québec un impact plus important que celui du jeu vidéo ou de l’intelligence artificielle. D’autant plus que, comme le quantique est une technologie d’infrastructure, ces deux autres secteurs risquent très bientôt de devenir des clients des entreprises qui s’y consacrent.

Les représentants du secteur quantique québécois présents à la table ronde d’IBM Canada ont d’ailleurs suggéré qu’ils pourraient demander au gouvernement la mise en place d’incitatifs fiscaux comparables à ceux mis en place du côté du jeu vidéo pour stimuler l’investissement étranger dans la province. Déjà, Investissement Québec International prévoit sous peu des annonces d’investissement étranger dans le quantique québécois.

« On espère revivre dans le quantique ce qu’on a vécu dans le jeu vidéo il y a 20 ans et dans l’intelligence artificielle il y a 5 ans », a résumé Hubert Bolduc, président d’IQ International.

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