YouTube tire presque autant de profit de la chaîne Encore+ que les artisans

Certaines productions, dont la populaire «Dans une galaxie près de chez vous», sont reprises par plusieurs usagers de YouTube, générant un achalandage qui se traduit en revenus.
Photo: TVA Films Certaines productions, dont la populaire «Dans une galaxie près de chez vous», sont reprises par plusieurs usagers de YouTube, générant un achalandage qui se traduit en revenus.

La chaîne Encore+, qui diffuse gratuitement des séries et des films canadiens sur YouTube, a rapporté « près de 230 000 dollars » aux ayants droit canadiens — dont moins de 50 000 à ceux du Québec —, tandis que YouTube a engrangé plus de 200 000 dollars pour les 45 millions de visionnements enregistrés sur cette chaîne depuis sa création, il y a quatre ans.

En 2017, lors du lancement d’Encore+ par le Fonds des médias du Canada (FMC), Stéphane Cardin, alors vice-président de l’organisme, soulignait que ce partenariat avec YouTube cadrait avec la mission et le mandat du FMC. L’initiative allait permettre « non seulement [de] faire la promotion de ce qu’on a financé cette année, mais aussi de ce qu’on a pu financer au cours des dernières années », déclarait au Devoir celui qui est aujourd’hui à la tête de Netflix Canada.

Et en quantité de clics, le succès est effectivement au rendez-vous : 45 millions de visionnements en quatre ans. Dans la sélection d’Encore+, on trouve aussi bien des films et des séries anglo-canadiens que des productions québécoises : Cornemuse, Dans une galaxie près de chez vous, Moi et l’autre, Ramdam, Watatatow

Or, ces millions de visionnements se sont traduits par de faibles redevances, estime Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes (UDA). « Depuis novembre 2017, nous, on a reçu 11 801 dollars pour je ne sais trop combien de visionnements. » Au Québec, des sommes équivalentes — pour un total de 47 204 $ — ont été versées à trois autres associations : l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) et l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ). De maigres redevances pour des œuvres difficilement accessibles autrement. « Ça a quand même permis quelques ventes de productions », concède Mme Prégent. Les séries La petite vie et Minuit, le soir sont maintenant sur ICI Tou.tv ; la série Ces gars-là a été vendue à Bell Média, et Watatatow, à Unis TV.

Le FMC confirme les chiffres avancés par l’UDA. Ces redevances ne représenteraient toutefois qu’une partie — quoiqu’importante — des sommes versées aux ayants droit. Des ententes en marge de celles conclues avec les grandes associations ont permis à d’autres artisans d’obtenir une part du gâteau. Sans communiquer les sommes précises versées aux ayants droit québécois, les redevances représenteraient « près de 230 000 dollars » à l’échelle du pays, indique dans un courriel Mathieu Chantelois, vice-président aux communications et à la promotion au FMC. Il estime que les ayants droit n’auraient pas pu percevoir ces sommes autrement. « Encore+ monnaie du contenu qui serait autrement piraté, et ce, en établissant des structures financières et juridiques, des données analytiques et des modes de distribution. »

Les détenteurs des droits d’auteur de nos contenus sont rémunérés pour tous les visionnements, affirme-t-il. « Nous sommes d’ardents défenseurs de ce principe et surveillons constamment ceux et celles qui enfreignent les lois entourant la distribution. »

45 % des revenus à YouTube

Le système de redevances de la chaîne Encore+ s’appuie sur la technologie Content ID, mise au point par Google et créée pour YouTube. « C’est un outil qu’on offre aux ayants droit, qui permet de marquer une production et, du coup, de la suivre à la trace [sur la plateforme] », explique au Devoir Andrew Peterson, responsable des partenariats de contenu chez YouTube Canada.

« Nous scannons des dizaines de millions de références par seconde. Donc si un utilisateur télécharge une vidéo sur YouTube qui est marquée de cet identifiant (Content ID), les règles convenues s’appliquent aussitôt », dit-il.

Les ayants droit ont donc essentiellement trois choix : retirer la production, la laisser ou la monnayer à partir des publicités qui l’accompagnent. Certains, comme les ayants droit de La Petite vie, veulent que la série ne soit présente que sur Encore+ et Tou.tv. D’autres, comme la populaire série Dans une galaxie près de chez nous, sont reprises par plusieurs usagers de YouTube, générant un achalandage qui se traduit en revenus.

Des revenus publicitaires générés, 55 % vont aux ayants droit, et le reste (45 %) à YouTube. Du coup, sur les 460 000 dollars de revenus publicitaires qu’aurait engendrés la diffusion de productions sur Encore+ en quatre ans, selon les estimations du Devoir, YouTube aurait engrangé environ 207 000 dollars.

Malgré les critiques, Andrew Peterson assure que YouTube offre les services et les outils pour assurer des revenus et le respect des droits d’auteur. « On n’est peut-être pas parfait, mais on n’est pas mauvais, dit-il. On a versé à l’échelle mondiale 30 milliards de dollars au cours des trois dernières années aux créateurs, aux artistes et aux entreprises qui les représentent. »

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