Kerkorian parie sur Las Vegas

Le Strip, principal boulevard de Las Vegas. Il y a trois mois, Kirk Kerkorian rachetait le groupe de casinos et d’hôtels Mandalay Resort, dont on aperçoit un des fleurons, le Mandalay Bay, en arrière-plan.
Photo: Agence Reuters Le Strip, principal boulevard de Las Vegas. Il y a trois mois, Kirk Kerkorian rachetait le groupe de casinos et d’hôtels Mandalay Resort, dont on aperçoit un des fleurons, le Mandalay Bay, en arrière-plan.

New York — À 87 ans, le milliardaire américain Kirk Kerkorian tourne le dos à Hollywood en cédant les mythiques studios de cinéma MGM pour mieux parier sur Las Vegas, qu'il a aidé à devenir la capitale mondiale du jeu. En vendant lundi la MGM à un consortium mené par Sony, Kirk Kerkorian met fin à sa tumultueuse histoire avec des studios qu'il a acquis en 1969 et dont il s'était déjà séparé trois fois.

Des studios parmi les plus prestigieux de l'histoire du cinéma, qui ont remporté 200 oscars en 80 ans d'existence, mais qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes depuis plusieurs décennies. Kerkorian est en partie responsable de ce déclin pour avoir orchestré de nombreux changements de main et revendu la majeure partie des trésors de son catalogue — dont survivent toutefois quelque 4100 titres, notamment la série des James Bond et de la Panthère rose.

En se détournant d'Hollywood, ce self-made-man, incarnation du Rêve américain, mise sur l'autre grand amour de sa vie: Las Vegas, capitale mondiale du jeu dont il est l'un des principaux architectes.

Fils d'immigrés arméniens, Kirk Kerkorian est né le 6 juin 1917 à Fresno, en Californie. Il a commencé à gagner sa vie à neuf ans en vendant des journaux et a quitté l'école à 13 ans pour devenir boxeur professionnel puis pilote d'avion, participant à des missions extrêmement périlleuses pour la Royal Air Force lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Il est ensuite devenu propriétaire d'une compagnie d'avions privés, avant de conduire une formidable opération de spéculation immobilière qui allait asseoir sa fortune. En 1962, Kerkorian rachète en effet un peu plus de 32 hectares de terrain à Las Vegas pour moins de un million $US. Il y construit trois hôtels-casinos qui sont à l'époque les plus grands au monde et contribue ainsi au développement de Las Vegas en misant sur une clientèle non plus seulement de joueurs purs et durs, mais élargie aux hommes d'affaires et aux familles.

Son groupe a connu un moment tragique en 1980 quand l'hôtel MGM Grand Hotel a brûlé, entraînant la mort de 85 personnes et en blessant des centaines d'autres. L'hôtel a rapidement été reconstruit.

Outre le gigantesque MGM Grand, haut lieu de matchs de boxe prestigieux, le groupe contrôle 10 établissements, dont le Bellagio, le plus célèbre hôtel-casino de Sin City.

Aujourd'hui, celui que l'on surnomme «le lion tranquille» pour sa discrétion et son visage impassible est à la tête de la 41e plus grosse fortune des États-Unis et pèse au moins 3,4 milliards. Marié trois fois, son dernier divorce a fait les gros titres des journaux, lorsque son ex-femme Lisa l'a poursuivi pour exiger 3,8 millions par an d'allocations parentales pour sa fille dont Kirk Kerkorian affirme, tests ADN à l'appui, ne pas être le père.

Démocrate, Kerkorian soutient publiquement le démocrate John Kerry pour l'élection présidentielle de novembre et, loin de prendre sa retraite, semble décidé à profiter au maximum d'une véritable fièvre du jeu qui sévit aux États-Unis depuis plus d'un an et du boom de Las Vegas.

Il y a trois mois, il rachetait le groupe de casinos et d'hôtels Mandalay Resort et ses joyaux du Strip de Las Vegas pour 7,9 milliards. Une acquisition qui, si elle est approuvée par les autorités de la concurrence, le placera à la tête du deuxième groupe de jeu du monde et lui donne la main haute sur une bonne partie des terrains toujours constructibles sur le fameux Strip, et sur lesquels il entend étendre son empire immobilier.