Six Canadiens sur dix pourraient s’endetter davantage cet automne

Avec la pandémie, et l’explosion du commerce en ligne, les options de paiement différé, qui permettent aux consommateurs d’obtenir un bien tout en reportant et en échelonnant son paiement, ont connu une forte popularité.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Avec la pandémie, et l’explosion du commerce en ligne, les options de paiement différé, qui permettent aux consommateurs d’obtenir un bien tout en reportant et en échelonnant son paiement, ont connu une forte popularité.

Encouragés par des taux d’intérêt historiquement bas et de nouvelles méthodes d’accès au crédit, les Canadiens projettent d’emprunter davantage pour couvrir leurs dépenses et financer leurs achats à l’approche de la période des Fêtes, selon le dernier indice d’endettement à la consommation de la firme MNP.

En tout, près de six Canadiens sur dix (58 %) risquent d’emprunter davantage et de s’endetter en conséquence avant la fin de l’année, selon un récent coup de sonde du cabinet de comptabilité, de fiscalité et de services-conseils MNP. Parmi les options de consommation envisagées par les Canadiens cet automne, près de quatre Canadiens sur dix (37 %) se disent enclins à dépenser avec une carte de crédit qui a déjà un solde. Un peu plus d’un sur cinq (22 %) serait porté à avoir recours aux options de paiement différé — aussi connues sous le nom de Buy now pay later (BNPL). Environ 15 % des Canadiens envisagent de demander une nouvelle carte de crédit pour couvrir leurs dépenses, tandis que 9 % pensent avoir recours à un prêt sur salaire.

Or ces options ne sont pas sans risques pour l’endettement, rappelle Frédéric Lachance, syndic autorisé en insolvabilité chez MNP LTD à Montréal. « Le paiement différé, les prêts sur salaire et les cartes de crédit sont alléchants, mais le risque est que beaucoup ne comprennent pas les modalités de paiement, les frais et les taux d’intérêt qui y sont reliés », souligne M. Lachance par voie de communiqué.

Avec la pandémie, et l’explosion du commerce en ligne, les options de paiement différé, qui permettent aux consommateurs d’obtenir un bien tout en reportant et en échelonnant son paiement, ont connu une forte popularité. « Les incitatifs qui offrent la gratification instantanée d’acheter des biens maintenant et de payer plus tard ne sont pas toujours une bonne chose pour les consommateurs », prévient M. Lachance.

58 %
C’est le pourcentage des Canadiens qui déclarent que les faibles taux d’intérêt leur ont permis d’acheter des choses qu’ils n’auraient peut-être pas pu se permettre autrement.

En effet, selon les données d’un sondage réalisé pour le compte d’Insider Intelligence et récemment analysé dans Le Devoir, les raisons poussant les consommateurs à utiliser les services BNPL indiquent qu’ils pourraient dépenser au-delà de leurs moyens et ainsi glisser dans le cercle vicieux de l’endettement. Ainsi, près de quatre utilisateurs de ce type de plateforme sur dix les utilisent pour faire des achats qu’ils ne pourraient pas se permettre s’ils devaient les payer en une fois.

Craintes liées à la remontée des taux d’intérêt

Durant la pandémie, les Canadiens ont profité de taux d’intérêt historiquement bas pour consommer davantage. Selon l’indicateur MNP, près de six répondants sur dix (58 %) déclarent que les faibles taux d’intérêt leur ont permis d’acheter des choses qu’ils n’auraient peut-être pas pu se permettre autrement. Environ la moitié (49 %) des Canadiens déclarent se sentir plus à l’aise qu’habituellement de s’endetter en raison des bas taux d’intérêt. Au Québec, cette proportion est encore plus forte, et grimpe à 60 %.

Or les taux d’intérêt finiront par remonter, et cela pourrait compromettre la situation financière de bon nombre de ménages canadiens qui se sont mis à emprunter davantage durant les derniers mois. Un Canadien sur trois au pays (35 %) s’inquiète d’ailleurs du fait que la hausse des taux d’intérêt puisse le pousser vers la faillite. Et c’est dans les provinces de l’Atlantique (43 %) et en Colombie-Britannique (40 %) que les préoccupations sont particulièrement vives, jusqu’à toucher quatre personnes sur dix.

« Nous devons considérer l’emprunt — ou l’utilisation de toute forme de crédit — comme une prise de risque financier. Les hausses de taux d’intérêt, les pertes de revenus imprévues, les dépenses d’urgence ou les événements qui changent la vie sont tous des résultats potentiels qui peuvent nous mettre dans une position où nous ne pouvons pas les rembourser », souligne M. Lachance dans le communiqué de MNP.

Les résultats de l’indice de dette à la consommation MNP ont été compilés par Ipsos pour le compte de MNP LTD entre le 3 et le 7 septembre 2021. Pour cette enquête, 2001 Canadiens âgés de 18 ans et plus ont été interrogés.

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