Montréal, future plaque tournante de la cybersécurité?

Si le projet se réalise, la métropole québécoise pourrait jouer pour la sécurité informatique un rôle incontournable, comme celui qu’elle joue déjà dans d’autres secteurs technologiques, dont le jeu vidéo.
Photo: Vahid Salemi Associated Press Si le projet se réalise, la métropole québécoise pourrait jouer pour la sécurité informatique un rôle incontournable, comme celui qu’elle joue déjà dans d’autres secteurs technologiques, dont le jeu vidéo.

Montréal pourrait accueillir d’ici la fin de l’année une nouvelle zone d’innovation regroupant des entreprises et des organismes qui veulent développer et commercialiser des outils de cybersécurité.

Et vu la stratégie proposée, si ce projet se réalise, la métropole québécoise pourrait jouer pour la sécurité informatique un rôle incontournable, comme celui qu’elle joue déjà dans d’autres secteurs technologiques, dont le jeu vidéo.

Les zones d’innovation sont à l’heure actuelle une trentaine de projets de développement économique qui ont été soumis au cours de la dernière année au ministère québécois de l’Économie et de l’Innovation par des représentants de différentes industries situées un peu partout dans la province.

À Montréal, une zone d’innovation en technologies de la santé a déjà été soumise par Montréal International et ses partenaires du domaine.

L’organisation, dont le mandat est d’attirer chez nous l’investissement direct étranger, est également associée au projet de zone d’innovation en cybersécurité, qui est toutefois piloté par l’organisme à but non lucratif Cybereco. Ce dernier a vu le jour en 2018 grâce notamment à l’aide financière d’entreprises du secteur financier, comme Desjardins et la Banque Nationale.

La sécurité informatique touche essentiellement toutes les entreprises qui possèdent une connexion à Internet. Le secteur bancaire est toutefois un peu plus sensible à ce phénomène, puisqu’il représente une cible de choix pour les pirates.

Déjà une longueur d’avance

La zone d’innovation proposée va toutefois bien au-delà de la simple mise en valeur d’outils de cybersécurité que pourraient utiliser les grandes banques canadiennes pour se prémunir des attaques en ligne, explique Marcel Labelle, qui dirige Cybereco.

« Nous souhaitons d’abord stimuler l’innovation et accélérer la commercialisation de technologies créées ici, dit-il en entrevue au Devoir. L’objectif en créant une zone est de réunir l’écosystème d’entreprises et d’organismes du secteur technologique autour de projets spécifiques. »

Des projets qui pourraient toucher à différents secteurs économiques. Cybereco en cible six : les services publics, le gouvernement, la finance, la technologie, la santé et le transport.

Selon M. Labelle, l’établissement d’une zone d’innovation comme celle-là permettrait de générer des investissements directs d’environ 500 millions de dollars au cours des cinq prochaines années et favoriserait la création de 1000 emplois.

Nous souhaitons d’abord stimuler l’innovation et accélérer la commercialisation de technologies créées ici

 

À titre comparatif, le secteur montréalais de la cybersécurité emploie actuellement 19 000 personnes dans la grande région de Montréal. L’investissement généré à la fois du côté des entreprises et des centres de recherche universitaire équivaut annuellement à 1,3 milliard de dollars. En fait, Montréal est déjà la ville où le financement de la recherche en cybersécurité est le plus élevé au Canada.

Le fait que Montréal compte des chercheurs et des entrepreneurs issus de secteurs connexes — l’intelligence artificielle et les technologies financières, par exemple — pourrait aussi aider à créer certaines synergies, ajoute Marcel Labelle. « La zone permettrait de créer un espace physique, avec les bonnes infrastructures, pour les stimuler. »

Inspiré des débuts du jeu vidéo

L’organisme Montréal International mise beaucoup sur la création de cette zone d’innovation pour attirer de son côté de nouveaux investisseurs étrangers ou pour inciter des sociétés étrangères déjà présentes en sol montréalais à y investir davantage.

« C’est un outil pour attirer des sociétés spécialisées ou pour en convaincre d’autres d’implanter à Montréal leur centre d’innovation en sécurité informatique », dit Alexandre Lagarde, vice-président de l’investissement étranger direct de Montréal International, qui cite en exemple les sociétés informatiques OneSpan et Maltem, qui ont récemment ouvert des bureaux dans la métropole.

Il y a certaines similitudes entre la création de cette zone et l’approche adoptée il y a une vingtaine d’années déjà, quand Montréal a voulu attirer sur son territoire des géants du jeu vidéo. Le succès a été tel qu’aujourd’hui, les éditeurs établis à Montréal peinent à pourvoir tous les postes disponibles.

Montréal International voit dans l’établissement d’une nouvelle zone technologique au centre-ville une partie de la solution à la pénurie de main-d’œuvre qui touche non seulement des industries bien au-delà du seul secteur du jeu vidéo, mais aussi le centre-ville de Montréal, du moins depuis le début de la pandémie.

« Le talent attire le talent. En établissant une zone d’expertise, nous pouvons attirer non seulement des investissements étrangers, mais aussi attirer des professionnels et d’autres gens de talent à Montréal », assure M. Lagarde.

Et en établissant cette zone à proximité du centre-ville, Cybereco et Montréal International pensent pouvoir aider à revitaliser un quartier qui a été massivement déserté ces derniers mois.

Il reste désormais à voir si le ministère de l’Économie et de l’Innovation approuvera ce projet. Le ministère promet une réponse au cours des prochains mois, probablement avant la fin de l’année.

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