Un moment idéal pour décrocher un meilleur salaire

Statistique Canada a indiqué la semaine dernière qu’il y a un nombre record de 731 900 postes vacants au deuxième trimestre.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Statistique Canada a indiqué la semaine dernière qu’il y a un nombre record de 731 900 postes vacants au deuxième trimestre.

Ceux qui n’ont pas demandé d’augmentation de salaire ces derniers temps risquent de passer à côté de ce que les recruteurs et les accompagnateurs en gestion et en transition de carrière considèrent être une occasion en or attribuable aux tensions connues par le marché du travail.

« C’est une lutte pour la main-d’œuvre, en ce moment. C’est un combat », observe Allison Venditti, accompagnatrice en gestion de carrière et fondatrice de Moms at Work. Selon elle, de nombreux clients constatent que leur salaire actuel est en décalage de plusieurs dizaines de milliers de dollars par rapport à leur valeur marchande, pendant que les entreprises se démènent pour embaucher des talents dans la foulée du départ de plusieurs personnes du marché du travail. « C’est fou sur ce marché », assure-t-elle.

Statistique Canada a indiqué la semaine dernière qu’il y a un nombre record de 731 900 postes vacants au deuxième trimestre, ce qui représente un bond de 25,8 % par rapport à deux ans plus tôt, tandis que le salaire horaire pour tous les postes vacants était en hausse de 7,3 % (ou 1,55 $), à 22,85 $ l’heure, sur la même période. Les recruteurs affirment que le marché n’a repris que depuis le début de l’été, lorsque les restrictions contre la COVID-19 se sont assouplies.

De nombreuses entreprises n’ont pas non plus la volonté ou la capacité d’accorder d’importantes augmentations à leurs employés. Ainsi, ceux qui veulent obtenir certains des meilleurs salaires du marché doivent être prêts à aller travailler ailleurs, a souligné Mme Venditti. « S’ils disent non, alors on doit être prêt à partir. »

25,8 %
C’est le bond record du nombre de postes vacants au deuxième trimestre, qui se chiffre à 731 900, par rapport à deux ans plus tôt, selon Statistique Canada.

Pour ceux qui souhaitent rester, de nombreuses entreprises offrent une gamme d’autres avantages, comme des semaines de travail de quatre jours, le télétravail, un plus grand nombre de journées de vacances et des activités payées de réseautage et de formation. Mme Venditti suggère de déterminer ce dont on a le plus besoin — ce qui est, pour bien des gens de nos jours, simplement du temps.

« Il faut regarder quelles sont les options en ce qui a trait à ce dont on a besoin pour se sentir comblé ; ce n’est peut-être pas seulement d’argent supplémentaire. »

Se montrer à la hauteur

Alan Kearns, associé directeur et fondateur de CareerJoy, estime qu’il est important de présenter une analyse de ce qu’on apporte à l’entreprise, pour que ce ne soit pas simplement qu’une question d’argent. « On ne veut pas seulement parler de finances, puisque cela peut donner l’impression qu’on est gourmand et qu’on a une vision à court terme. » Il est également important de se montrer à la hauteur si on demande une augmentation substantielle, ajoute-t-il.

« Si on fait une demande pour le “haut de gamme”, on est certainement mieux de pouvoir fournir une valeur “haut de gamme”, puisqu’il y aura désormais des attentes à cet égard. »

En outre, les occasions d’augmentation ne se trouvent pas seulement aux échelons supérieurs. Travis O’Rourke, président de l’agence de recrutement Hays Canada, observe que si l’activité d’embauche se situait surtout dans les équipes de haute direction au début de la reprise économique, elle est maintenant généralisée, et les candidats reçoivent plusieurs offres. « En ce moment, le marché est vraiment actif aux niveaux inférieurs. »

La semaine dernière, le géant américain du commerce de détail en ligne Amazon a annoncé qu’il augmentait son salaire horaire d’entre 1,60 $ et 2,20 $ l’heure, pour le fixer dans une fourchette comprise entre 17 $ et 21,65 $, alors qu’il envisage d’embaucher 15 000 nouveaux employés pour ses entrepôts et ses centres de distribution.

M. O’Rourke note que le marché donne aux travailleurs payés à l’heure des possibilités de faire le saut vers la stabilité d’un poste salarié, dans un marché tendu où les entreprises veulent aller chercher les travailleurs. Julian Hallett, directeur du développement de l’entreprise au cabinet de recrutement Bowen Group, dit avoir constaté une augmentation du nombre de personnes qui demandent 2 $ ou 3 $ de plus par heure pour des postes de premier échelon. « Les gens savent qu’on leur offre beaucoup d’emplois, alors ils essaient d’obtenir le plus d’argent possible. »

Il faut cependant rester prudent, car les discussions anecdotiques sur la hausse des salaires ne se sont pas encore clairement traduites dans les données, fait valoir Mikal Skuterud, professeur au Département d’économie de l’Université de Waterloo. Selon lui, les données sur les salaires moyens de Statistique Canada ont été faussées par l’évolution rapide de la composition de la main-d’œuvre.

Entre-temps, ses recherches axées sur un noyau de travailleurs, principalement du secteur du commerce de détail, n’ont montré aucune preuve d’une augmentation de salaire au cours des derniers mois.

Malgré tout, les statistiques signalent clairement un resserrement des marchés du travail, dans une mesure assez remarquable. « C’est certainement un marché de travailleurs, c’est un bon moment pour commencer à chercher. »

À voir en vidéo