Les géants canadiens de l’emballage veulent des déchets de plastique mieux triés

Le GAPC a publié lundi un livre blanc résumant son analyse et ses conclusions. En somme: d’abord, il est impératif de réduire l’utilisation superflue de plastique. Ensuite, les centres de tri et les recycleurs doivent mieux aligner le plastique recyclé qu’ils produisent sur les besoins des entreprises qui désirent l’utiliser.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le GAPC a publié lundi un livre blanc résumant son analyse et ses conclusions. En somme: d’abord, il est impératif de réduire l’utilisation superflue de plastique. Ensuite, les centres de tri et les recycleurs doivent mieux aligner le plastique recyclé qu’ils produisent sur les besoins des entreprises qui désirent l’utiliser.

Non, ces bananes emballées qu’on voit à l’épicerie ne vont pas disparaître. Mais une poignée d’industriels canadiens, principalement du secteur alimentaire, croient qu’en triant un peu mieux les déchets de plastique, il serait possible de réduire substantiellement la pollution engendrée par leurs emballages.

Le Groupe d’action plastiques circulaires (GAPC) comprend notamment Cascades, Danone Canada, Keurig Dr Pepper Canada et TC Transcontinental. Ces entreprises produisent elles-mêmes une quantité non négligeable d’emballages de plastique qui finissent généralement à la poubelle. Conjointement avec entre autres le ministère fédéral de l’Environnement et Recyc-Québec, le collectif a passé les derniers mois à tenter de déterminer comment mieux récupérer le plastique afin qu’il soit recyclé et réutilisé en plus grand volume.

Le GAPC a publié lundi un livre blanc résumant son analyse et ses conclusions. En somme : d’abord, il est impératif de réduire l’utilisationsuperflue de plastique. Ensuite, les centres de tri et les recycleurs doivent mieux aligner le plastique recyclé qu’ils produisent sur les besoins des entreprises qui désirent l’utiliser.

Du plastique pêle-mêle

À l’heure actuelle, les plastiques recyclables se divisent en sept catégories. Les deux premières sont réservées au polytéréphtalate d’éthylène glycol (PET) et au polyéthylène haute densité (HDPE) ; elles sont déjà traitées à part par l’industrie du recyclage.

Les cinq autres catégories sont traitées pêle-mêle. Les entreprises qui désirent utiliser ce plastique en rejettent à leur tour entre 30 % et 40 %, ce qui est loin d’être optimal, constate le GAPC. Pour éliminer ce gaspillage, le GAPC souhaiterait voir des centres de tri spécialisés qui s’ajouteraient aux centres actuels et qui auraient pour seule tâche de séparer ces plastiques.

« Le défi en ce moment est de se procurer des matières recyclables de qualité suffisante pour qu’elles entrent dans la composition de nos emballages. Avoir au Québec un centre de tri comme celui-là, en plus des 23 centres actuels, aiderait. Il en existe un en Colombie-Britannique et il fonctionne très bien », assure Cynthia Shanks, directrice principale senior – Communications et développement durable chez Keurig Dr Pepper Canada et porte-parole du GAPC.

L’entreprise, qui produit divers types de boissons, a pour objectif de réduire de 20 % son recours au plastique vierge dans ses emballages et de le remplacer par 30 % de plastique recyclé. Sauf que dans les conditions actuelles, c’est plus facile à dire qu’à faire. « À la base, il faut faire plus de place à l’écoconception et à la réduction à la source, mais le plastique recyclé fait aussi partie de la solution », ajoute Mme Shanks. « Le défi est de trouver suffisamment de matières pour atteindre nos objectifs. »

Du plastique recyclé dès cet automne

La prochaine étape sera donc de prouver que « les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres », résume par communiqué la p.-d.g. de Recyc-Québec, Sonia Gagné.

Le groupe d’action souhaite inaugurer dans les prochains mois 11 projets de démonstration pour inciter l’industrie québécoise du recyclage à s’intéresser davantage aux besoins des plus grands consommateurs de plastique. Un de ces projets sera de produire un plastique recyclé de « grade alimentaire », c’est-à-dire qui a un niveau de pureté jugé assez élevé par Santé Canada pour entrer en contact direct avec des aliments sans danger.

Si tout va bien, ces projets seront rapidement reproduits ailleurs au Québec et au Canada.

Il faudra faire vite, car le temps presse : les entreprises membres du GAPC se sont imposé des objectifs de réduction des déchets de plastique qui arrivent à échéance bientôt. Ces entreprises et plusieurs de leurs pendants canadiens ont ainsi signé le Pacte canadien sur les plastiques. Ce pacte vise à rendre entièrement réutilisable, recyclable ou compostable la totalité du plastique utilisé dans les emballages par ces entreprises, et ce, au plus tard en 2025. Trente pour cent des matériaux utilisés dans ces emballages doivent par ailleurs provenir de sources recyclées.

Le Pacte canadien est essentiellement calqué sur un plan similaire mis en avant par la Fondation Ellen MacArthur, qui tente de créer une économie circulaire mondiale autour du plastique. La fondation croit qu’il est possible de réduire de 80 % les déchets de plastique qu’on trouve actuellement dans les océans de la planète, de réduire de 25 % les émissions polluantes générées par le secteur pétrochimique qui produit ces emballages et par le fait même de créer 700 000 emplois spécialisés dans la récupération et le recyclage du plastique.

Plus d’un millier d’entreprises dans le monde disent vouloir participer à ce mouvement. On verra bien en 2025 si les bananes continueront d’être vendues à la pièce, chacune dans son propre sachet de plastique tout neuf…

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