L’iPhone 13, le «plus important à vie» pour le géant Apple?

Des gens magasinaient vendredi à la boutique Apple de la 5e Avenue à New York, à l'occasion du lancement de l'iPhone 13. La compagnie entame un trimestre crucial pour l'avenir de son appareil, croient certains experts.
Photo: Spencer Platt Getty Images via Agence France-Presse Des gens magasinaient vendredi à la boutique Apple de la 5e Avenue à New York, à l'occasion du lancement de l'iPhone 13. La compagnie entame un trimestre crucial pour l'avenir de son appareil, croient certains experts.

On dit que l’automne est la saison des pommes. L’arrivée des journées plus fraîches et plus courtes est peut-être de bon augure pour Apple, qui entame un trimestre crucial pour l’avenir de son iPhone, croient certains experts. Et selon au moins l’un d’entre eux, l’iPhone 13 (qui arrivait officiellement en magasin le vendredi 24 septembre) pourrait d’ailleurs être « le plus important iPhone à vie » pour la société californienne. C’est en tout cas ce qu’avance l’analyste américain Horace Dediu, spécialiste du secteur de la mobilité informatique.

Au-delà des améliorations matérielles et esthétiques, celui-ci estime que celles apportées du côté des applications, de la prise de photos et du tournage de vidéos sont ce qui définit réellement cette nouvelle version — et ce qui risque d’influencer la manière dont seront vendus à l’avenir les téléphones de ses concurrents (Google, Samsung et les autres).

Pleins feux sur la photo et la vidéo

La caméra de l’iPhone 13, par exemple, permet de saisir « bien plus que des égoportraits, de simples clichés ou des séquences vidéo de 10 secondes », observe l’analyste. Apple met la puissance du cinéma dans les mains du public, avance-t-il. « L’idée n’est pas de remplacer les professionnels, mais d’offrir aux amateurs la chance de mieux se voir. Cette caméra s’adresse à la nouvelle génération d’influenceurs YouTube, Instagram et TikTok. Des gens ordinaires avec des moyens extraordinaires peuvent faire de grandes choses. »

L’approche prise par Apple avec son iPhone 13 distingue effectivement la marque de ses rivaux. Sa caméra permet entre autres d’ajuster le foyer dans une vidéo pour le déplacer d’un sujet à un autre, comme on le voit souvent à la télé ou au cinéma. À l’essai, cette fonction s’avère très efficace et étonnamment amusante.

De même pour la prise d’images rapprochées, un mode appelé « macro » chez les adeptes de photographie et qui est exclusif à l’iPhone 13 Pro. Que l’on réserve cette fonction aux modèles plus coûteux en fera pester plus d’un : pour une fois, la version Pro de l’iPhone est plus attrayante pour l’utilisateur moyen que le modèle standard.

Plutôt que de jouer du coude du côté des téléobjectifs offrant le plus long zoom optique, Apple prend donc l’approche inverse et mise sur le besoin de ses clients de capter les très petits détails d’objets très près d’eux. Surtout, la marque californienne insiste sur ces applications, plutôt que sur les détails techniques de ses caméras pour attirer les acheteurs. On peut imaginer le grand public se laisser séduire plus facilement par la possibilité d’incarner Quentin Tarantino durant les soirées de Noël en famille que par les 12 mégapixels de son capteur photo ; les analystes, eux, le sont déjà.

Un prix… réduit ?

À une autre époque, Apple avait une stratégie bisannuelle où le modèle d’iPhone vendu dans la seconde année héritait de la lettre « S » pour le distinguer du modèle de l’année précédente. L’iPhone 13 n’y a pas droit, mais il aurait aussi bien pu s’appeler iPhone 12S.

Cela dit, ce ne sont pas les acheteurs d’un iPhone 12 qui sont ciblés par Apple avec l’iPhone 13. Ni aucun des propriétaires d’un iPhone à écran « mur à mur » comme ceux commercialisés depuis l’iPhone X en 2017.

Les clients d’Apple sont nombreux, puisque deux milliards d’iPhone ont été vendus à ce jour et que ceux encore en fonction comptent pour 26 % du marché mondial du sans-fil. La firme Crédit suisse calcule que 975 millions d’entre eux ont dans leurs mains un modèle âgé d’au moins trois ans et demi — pensez à l’iPhone 8 ou plus vieux —, et ceux-là sont dans la mire du géant de Cupertino.

Pour les séduire, il y a évidemment la fiche technique à l’avenant du nouveau venu. Toutes ses versions ont le même processeur. Leur autonomie améliorée suffit pour une bonne journée d’utilisation dans tous les cas. Leur écran n’a pas la courbe de certains appareils Android, mais il est assez lumineux et détaillé. Et, mine de rien, Apple inclut un abonnement d’un an à son service Apple TV +, qui comprend la série Ted Lasso, laquelle agit comme un aimant auprès d’une certaine clientèle avare de vidéos sur demande.

En plus, Apple a mis en place des incitatifs financiers qui pourraient eux aussi devenir la norme dans l’industrie du sans-fil, toujours selon les analystes. Les gens qui troquent leur vieil iPhone pour un modèle neuf auront droit à une remise en argent qui rendra les 950 $ demandés pour l’iPhone 13 (1400 $ pour l’iPhone 13 Pro) un peu moins inaccessibles. Apple a aussi l’aide des fournisseurs de services sans fil dans cette démarche, qui proposent des solutions de financement et d’étalement des paiements qui continuent d’être très populaires, malgré la mensualité importante que cela crée quand on l’additionne au prix, pas très abordable lui non plus, du forfait mobile qui accompagne l’appareil.

Ces mesures ont un effet sur le marché des appareils usagés, où la dépréciation de l’iPhone est plus faible que celle de ses principaux rivaux, comme le Galaxy S de Samsung. Plus les prix sont élevés, plus les vendeurs sont contents et moins les modèles neufs semblent hors de prix.

Car c’est bien là le problème avec ces appareils informatiques dernier cri : ils incitent chaque année un peu plus à la surconsommation. Avec son offre originale, Apple le fait simplement un peu mieux que d’autres.

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