La Fed lèvera bientôt le pied de l’accélérateur

La Réserve fédérale américaine n’était pas encore prête, mercredi, à commencer la réduction de ses mesures de stimulation.
Photo: Daniel Slim Agence France-Presse La Réserve fédérale américaine n’était pas encore prête, mercredi, à commencer la réduction de ses mesures de stimulation.

Le début de la normalisation de la politique monétaire approche à grands pas aux États-Unis, signale sa banque centrale. Aux prises pour le moment avec les tendances contradictoires d’une reprise économique plombée par le variant Delta et d’une poussée inflationniste qui tarde à s’atténuer, la Réserve fédérale américaine n’était pas encore prête, mercredi, à commencer la réduction de ses mesures de stimulation. Mais la diminution du rythme de ses achats d’actifs devrait venir « bientôt », a-t-elle prévenu, et la première augmentation de ses taux d’intérêt devrait arriver l’an prochain plutôt qu’en 2023.

Depuis le début de la crise, la Fed achète pour 120 milliards de nouveaux bons du Trésor et d’autres titres chaque mois afin d’exercer une pression à la baisse sur les coûts du financement à long terme. La réduction de ces injections de liquidités pourrait toutefois s’amorcer dès la prochaine réunion du comité de la politique monétaire de la Fed (FOMC), en novembre, a fait savoir ce dernier, et se poursuivre progressivement jusqu’à leur arrêt au milieu de l’année prochaine.

Ce n’est qu’ensuite qu’on pourra envisager le début d’une remontée du taux directeur de la banque centrale, abaissé en mars 2020 dans la mince fourchette comprise entre 0 % et 0,25 %. Si, encore en juin, une majorité des 18 membres du FOMC n’entrevoyaient pas de changement à ce chapitre avant 2023, la moitié estiment désormais qu’une première hausse des taux d’intérêt de 0,25 point de pourcentage devrait avoir lieu avant la fin de 2022, avant de remonter très lentement vers un taux neutre estimé à 2,5 % et qu’on ne pense pas avoir atteint même en 2024.

C’est que, même si les secteurs les plus touchés par la pandémie — l’hôtellerie et la restauration, par exemple — ont enregistré des améliorations ces derniers mois, « l’augmentation des cas de COVID-19 a ralenti leur reprise », a observé le FOMC, qui a corrigé ses prévisions de croissance publiées en juin, de 7 % à 5,9 % pour cette année, de 3,3 % à 3,8 % pour l’année prochaine et de 2,4 % à 2,5 % pour 2023. C’est aussi qu’on est actuellement dans un « monde étrange » où des millions d’Américains n’ont toujours pas retrouvé d’emploi bien que des millions de postes soient vacants.

La mission de la Fed n’est toutefois pas seulement de rechercher le niveau maximal d’emploi : elle est aussi de maintenir l’inflation à long terme autour de 2 %. Or, le FOMC a bien été forcé de réviser à la hausse ses prévisions du mois de juin à ce chapitre pour cette année, de 3,4 % à 4,2 %. « Reflétant largement des facteurs transitoires », cette forte inflation semble devoir durer plus longtemps que prévu, a admis en conférence de presse le président de la Fed, Jerome Powell, la réouverture de l’économie continuant « de se heurter à des goulets d’étranglement, aux difficultés d’embauche et à d’autres contraintes, qui pourraient s’avérer plus importantes et plus durables que prévu ».

Jerome Powell a par ailleurs voulu se montrer rassurant auprès de ceux qui craindraient que les difficultés financières du géant de l’immobilier chinois Evergrande se répercutent sur la finance américaine ou, pire, qu’elles illustrent un problème de surendettement qui affecterait aussi les entreprises américaines. « Cette affaire concerne la Chine. Le niveau d’endettement des entreprises américaines est, au contraire, très bas actuellement et l’on est très peu exposés à la situation des banques chinoises. »

Le président de la Fed s’est montré plus préoccupé par l’impasse qui règne toujours au Congrès sur le relèvement du plafond de la dette du gouvernement américain. « C’est d’une importance cruciale, a-t-il déclaré. Ne pas le faire pourrait entraîner de graves réactions, de sérieux dommages à l’économie, sur les marchés financiers, et ce n’est tout simplement pas quelque chose que nous devrions envisager. »

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