Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec… et du monde?

Une PME qui désire décrocher un important contrat en minimisant ses coûts pourrait voir la recherche scientifique comme une dépense inutile, selon Rémi Quirion.
Graham Hughes La Presse canadienne Une PME qui désire décrocher un important contrat en minimisant ses coûts pourrait voir la recherche scientifique comme une dépense inutile, selon Rémi Quirion.

Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a été nommé plus tôt cet été président de l’International Network for Government Science Advice (INGSA). Sa principale mission : accroître le rôle de la science dans la prise de décisions des administrations de tout acabit, du maire de banlieue à la PME en quête de croissance durable.

S’ils devaient tenir compte des avis scientifiques, plus d’un maire de banlieue préférerait protéger la fameuse « petite grenouille » au détriment de plus d’un développement immobilier d’envergure, pourrait-on dire. « Il faut pouvoir adapter le message scientifique à tous les nouveaux gouvernement, explique au Devoir Rémi Quirion. On ne peut pas dire les mêmes choses au niveau national ou international qu’au niveau régional ou municipal. Et l’action, souvent, se situe davantage dans les gouvernements de proximité. Au niveau municipal, la présence scientifique est rare, sinon absente. »

Les bénéfices de la recherche scientifique sont parfois aussi sous-estimés par les décideurs économiques. La quasi-disparition de la capacité manufacturière du secteur pharmaceutique canadien ces dernières années en est un exemple : les avantages d’investir dans des activités de recherche et développement ne sont pas toujours tangibles à court terme.

On ne peut pas dire les mêmes choses au niveau national ou international qu’au niveau régional ou municipal. Et l’action, souvent, se situe davantage dans les gouvernements de proximité.

 

Les dirigeants de petites et moyennes entreprises font souvent le même calcul, ajoute Rémi Quirion. Une PME qui désire décrocher un important contrat en minimisant ses coûts pourrait voir la recherche scientifique comme une dépense inutile. La PME qui a sous-investi pour réduire ses coûts pourrait perdre son avantage du bas prix à une concurrente qui aura suffisamment misé sur la R-D pour réduire ses propres coûts en améliorant sa productivité dit-il.

Il y a donc des leçons à tirer de la dernière année pour arriver à une meilleure utilisation de la science dans des applications concrètes. Qu’il s’agisse d’une pandémie ou d’une inondation, il faut être en mesure d’agir rapidement pour en minimiser les effets négatifs. La recherche scientifique doit pouvoir faire vite, quand les conditions l’exigent.

Avancer la science dans la Francophonie

Le scientifique en chef du Québec hérite d’un mandat de deux ans à la tête de l’INGSA, un organisme né au cours de la dernière décennie et auquel participent des représentants de plusieurs dizaines de pays et d’organisations transnationales, comme l’ONU. Et si l’information scientifique circule somme toute plutôt bien dans ces regroupements de haut niveau où on ne craint pas de débattre de sujets à grande portée, comme le climat, la santé et l’économie, il compte passer les prochains mois à rapprocher les dirigeants et les communautés plus régionales de l’information scientifique.

Photo: Fonds de recherche du Québec Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Car parfois, quand la science va trop vite, le public peine à suivre. La mise au point accélérée de vaccins pour lutter contre la COVID-19 a bien illustré la difficulté d’une certaine frange de la population à saisir que la méthode scientifique est faite d’essais et d’erreurs. Parfois, ses conclusions peuvent se contredire. Le délai idéal entre deux doses du vaccin contre la COVID-19 a évolué avec le temps, ce qui en a étourdi plus d’un…

« La méthode scientifique demeure encore un peu méconnue. C’est toujours un défi de mieux l’expliquer », dit Rémi Quirion. Il ajoute que faire plus de place aux cultures et aux langues non anglo-saxonnes fait partie de la solution.

« La littérature et la culture scientifiques, à l’heure actuelle, ont une approche très anglo-saxonne qui n’est pas nécessairement aussi bien comprise dans d’autres cultures ou d’autres langues. Ce sera donc un de mes principaux objectifs : faire davantage de place en science pour les pays de la Francophonie, entre autres », explique M. Quirion.

Un rôle d’influence pour le Québec

Le nouveau président de l’INGSA dit avoir reçu de nombreuses félicitations depuis sa nomination en provenance d’Afrique et d’Europe. Il a aussi observé une certaine surprise devant le fait que c’est le représentant d’un gouvernement régional — provincial plutôt que national — qui a décroché ce poste.

Selon lui, c’est une occasion à saisir pour le Québec, non seulement au sein de la Francophonie, mais à travers les réseaux diplomatiques et scientifiques internationaux au sens large. « Le Québec, ses universités et ses collèges peuvent jouer un rôle important grâce à leurs relations avec les réseaux scientifiques francophones et les réseaux anglo-saxons », conclut-il.

En d’autres mots, comme le scientifique en chef, il n’en tient qu’au Québec de se positionner comme un leader mondial de la recherche scientifique.

 

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