Un guide pour mieux penser le retour au bureau

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
Au-delà du télétravail et de ses modalités, les employeurs doivent aussi penser à l’aménagement physique, à la santé et à la sécurité des gens, selon le professeur Martin Chadoin.
Photo: iStock Au-delà du télétravail et de ses modalités, les employeurs doivent aussi penser à l’aménagement physique, à la santé et à la sécurité des gens, selon le professeur Martin Chadoin.

Ce texte fait partie du cahier spécial Transformation des entreprises

Après un an et demi de télétravail, le retour au bureau à temps plein ou en mode hybride pose des défis d’organisation qui donnent des maux de tête aux gestionnaires et au personnel des ressources humaines. Une équipe de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) propose un nouveau guide pour les aider.

Intitulé Le retour au bureau à la suite de la crise sanitaire de la COVID-19 : démarche pour une transition vers de nouvelles organisations du travail, le guide est disponible gratuitement sur le site de l’IRSST.

Il est issu d’un projet de recherche réalisé par Martin Chadoin, professeur en organisation du travail au Département d’organisation et ressources humaines de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM ; Bénédicte Calvet, ergonome et chercheuse dans le champ Prévention durable en SST et environnement de travail de l’IRSST ; et leur équipe.

« Nous avons suivi la gestion de la crise dans une grande administration provinciale, raconte Martin Chadoin. L’objectif était de voir comment cette organisation gérait la crise, mobilisait les différents services, et comment les gens travaillaient ensemble. Nous leur fournissions un peu de littérature scientifique pour les accompagner, car au début de la crise, personne ne savait rien. La COVID-19, c’était nouveau, et nous avons dû faire un gros travail de veille scientifique pour nous assurer de fournir les bonnes informations. »

En effectuant le suivi de la crise, en réalisant des entrevues avec les équipes des ressources humaines et de l’aménagement et en observant les activités de trois services, les chercheurs ont fait des découvertes très intéressantes.

« Nous avons compris que, malgré les mêmes consignes données à tous, chaque équipe avait vraiment traduit ces consignes de façon différente selon le service, explique l’ergonome. En raison de l’absence de leurs collègues sur les lieux, les gens réalisaient des tâches qui n’étaient pas les leurs, normalement. Ils étaient très proactifs pour que le travail avance. »

Les grands principes du guide

Le guide propose une approche globale qui tient compte de l’ensemble des paramètres du retour au bureau, et de sa complexité.

« Notre guide veut démontrer toute la diversité nécessaire dans les ententes de retour au bureau, car les besoins et les contraintes varient selon les services et les milieux. On veut que les gens prennent conscience que chaque service a besoin de penser son organisation du travail en discutant avec ses équipes. Notre guide présente donc de grands principes à respecter, un modèle intégrateur et une démarche en trois phases. »

Au départ, le guide met les organisations en garde contre le risque de ne penser le retour au bureau qu’à travers l’entente de télétravail et ses modalités, telles que l’horaire.

« Le télétravail n’est qu’une des composantes du retour au bureau, dit Martin Chadoin. Il faut aussi penser à l’aménagement physique, à la santé et à la sécurité des gens, aux tâches, bref, à une foule de choses qui feront en sorte que ce retour va bien se passer. On ne doit pas imposer un modèle avant de s’intéresser aux besoins des gens. Notre guide compte huit grands principes, et le premier, c’est qu’il faut reconnaître la complexité. Une organisation n’est pas un ensemble de processus linéaires. Pour penser l’organisation du travail, il faut reconnaître cette réalité en se disant que tout modèle que l’on mettra en place sera forcément limité. »

Parmi les autres grands principes du guide, mentionnons l’importance de favoriser la participation de tous, d’éviter de travailler en vase clos, de concevoir une démarche progressive, de considérer la spécificité des situations de travail, de laisser des marges de manœuvre, de favoriser la communication et de faire un suivi rapproché de l’implantation des modalités.

Une démarche en trois phases

La démarche proposée pour le retour au bureau se fait en trois phases. Tout d’abord, il faut mettre sur pied un comité stratégique. Ce comité élaborera un premier scénario de retour, qui nécessitera forcément des modifications une fois testé sur le terrain. En phase deux, ce travail d’élaboration se fera ensuite par services, et en phase trois, on réalise un retour d’expérience, une forme d’évaluation qui permettra d’effectuer les ajustements nécessaires par rapport au plan initial, une fois testé.

« Autour de la table, il faut avoir des acteurs qui représentent différentes logiques de l’entreprise pour s’assurer que les décisions prises ne nuisent pas au travail. Il faut que les gens se parlent et travaillent ensemble. » 

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