Qu’a l’intention de faire Québecor des données récoltées par son appli QUB?

La question n’est peut-être pas de savoir comment Québecor agit spécifiquement, mais comment le marché publicitaire en ligne fonctionne de façon plus générale, dit-on au sein de la filiale qui a conçu l’application QUB.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La question n’est peut-être pas de savoir comment Québecor agit spécifiquement, mais comment le marché publicitaire en ligne fonctionne de façon plus générale, dit-on au sein de la filiale qui a conçu l’application QUB.

Qu’a l’intention de faire Québecor avec les renseignements personnels que sa nouvelle application QUB exige de chacun de ses utilisateurs en échange d’un accès gratuit au contenu d’actualité provenant de ses différentes propriétés médiatiques ? C’est la question que se posent depuis le lancement de l’application à la fin de la semaine dernière des spécialistes du numérique soucieux du respect de la vie privée du public.

Dans les détails affichés dans la boutique d’applications pour les appareils Apple, on peut voir ce que QUB demande à obtenir de ses utilisateurs : géolocalisation, historique de navigation sur le Web et de recherche en ligne, identifiant de l’appareil, etc. Cela, en plus du nom, de l’âge, du sexe et du code postal.

En plus, les clients de Vidéotron qui activent QUB sur leur mobile recevront par la suite un message indiquant que, puisqu’ils font affaire avec cette autre filiale de Québec, ils auront droit à des avantages exclusifs éventuels qui ne sont pas précisés.

« Je suspecte que, très bientôt, toutes les entités de Québecor exigeront d’utiliser ce même compte, que ce soit pour Vidéotron, Illico, Le Journal de Montréal ou tout autre service », croit Stéphane Hamel, un spécialiste indépendant en marketing numérique qui a regardé de plus près comment QUB fonctionne. Selon lui, il existe un « lien évident » entre la diffusion des contenus numériques dans QUB et la régie publicitaire de Québecor qui lui permettra de cerner précisément où se trouvent les gens dans l’écosystème Québecor et d’obtenir un portrait détaillé de leurs habitudes de consommation.

« Est-ce qu’on peut blâmer Québecor de vouloir avoir son propre identifiant Google et de vouloir exploiter la publicité à son maximum ? » s’interroge M. Hamel dans un message transmis par écrit au Devoir.

Je suspecte que, très bientôt, toutes les entités de Québecor exigeront d’utiliser ce même compte, que ce soit pour Vidéotron, Illico, "Le Journal de Montréal" ou tout autre service

 

La valeur des données

Sur Internet, l’adage dit que, si un service vous est rendu tout à fait gratuitement, c’est parce que c’est vous qui en êtes le produit. La façon dont vous l’utilisez et les renseignements que vous lui confiez peuvent ensuite être utilisés ou revendus à d’autres fins. La pratique est très courante sur les sites d’information ou de magasinage en ligne et, bien évidemment, sur les réseaux sociaux.

Malgré une évolution récente des pratiques qui a mené à abandonner certains usages jugés excessifs (comme le pistage d’un site Web ou d’une application à l’autre), Amazon, Google et Facebook sont tous de grands adeptes de cette collecte d’informations.

Ces géants du numérique en retirent une meilleure connaissance du comportement et des habitudes de millions de consommateurs, des informations qu’ils peuvent ensuite utiliser pour leur présenter de la publicité ciblée sur mesure. Car plus la publicité est ciblée, plus elle coûte cher aux annonceurs — et plus les plateformes publicitaires s’avèrent profitables pour leurs propriétaires.

Québecor n’agit pas différemment de ces trois-là dans la façon dont son application collecte des renseignements personnels.

Comme les autres plateformes

« Il est important de souligner que QUB ne diffère en rien des nombreuses autres plateformes locales et internationales qui demandent couramment de l’information lors de la création d’un compte », explique-t-on chez Québecor en réponse aux interrogations de Stéphane Hamel.

« Comme vous le savez, cette information permet d’offrir certains services supplémentaires aux utilisateurs, comme la personnalisation (contenu et publicitaire) », ajoute l’entreprise québécoise.

Un certain niveau d’accès et d’identification est aussi requis pour faciliter la création par les utilisateurs de listes de lecture ou même d’une bibliothèque personnelle comprenant certains contenus plus riches triés individuellement, comme de la musique en diffusion.

Manifestement, le but est de faire de la pub très bien ciblée, mais le risque de dérapage du côté de la vie privée est important 

« Sachez que nous respectons les lois et les règlements qui encadrent la collecte et l’utilisation des renseignements personnels », ajoute la société montréalaise.

Des lois et des règlements qui semblent satisfaire les millions d’internautes qui visitent quotidiennement les sites et les services des géants du numérique. La question n’est peut-être pas de savoir comment Québecor agit spécifiquement, mais comment le marché publicitaire en ligne fonctionne de façon plus générale, dit-on au sein de la filiale qui a conçu l’application QUB.

Stéphane Hamel arrive à la même interrogation à propos des bénéfices du ciblage publicitaire, vu le risque qu’il entraîne. « Manifestement, le but est de faire de la pub très bien ciblée, mais le risque de dérapage du côté de la vie privée est important », craint-il.

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