Une menace nommée Evergrande

Créée en 1996, Evergrande Real Estate Group est le deuxième plus important promoteur immobilier de Chine.
Photo: Peter Parks Agence France-Presse Créée en 1996, Evergrande Real Estate Group est le deuxième plus important promoteur immobilier de Chine.

Evergrande, mastodonte de l’immobilier chinois endetté à hauteur de 300 milliards de dollars américains, est en péril et menace de secouer l’économie au-delà des frontières de l’empire du Milieu. Lundi, les places boursières sombraient dans le rouge, inquiètes du sort du conglomérat chinois et de ses potentielles répercussions.
 

Créée en 1996, Evergrande Real Estate Group est le deuxième plus important promoteur immobilier de Chine. Le conglomérat Evergrande, qui est également présent dans d'autres domaines comme les véhicules électriques ou le tourisme, emploie actuellement plus de 200 000 personnes. En tout, ce sont près de 3,8 millions de personnes qui dépendent directement de l’entreprise. 

Non seulement la compagnie possède-t-elle plus de 1300 projets immobiliers dans près de 280 villes en Chine, mais elle détient aussi des actifs en Europe et en Amérique du Nord — notamment le luxueux complexe du Château Montebello, dans l’ouest du Québec, à mi-chemin entre Montréal et Ottawa.

Depuis plusieurs années, par contre, Evergrande s’est endettée et la faillite menace désormais l’entreprise. Lundi, son action perdait 8 % de sa valeur pour clôturer à 2280 dollars hongkongais. Depuis un an, elle a chuté de 86,01 %.

« L’effondrement d’Evergrande serait le plus grand test auquel le système financier chinois ait été confronté depuis des années », soulignait Mark Williams, économiste en chef pour l’Asie du groupe Capital Economics, dans une note publiée au début du mois de septembre. Selon l’analyste, si les craintes s’intensifient sur les marchés, « la PBOC [Banque populaire de Chine] pourrait intervenir avec un soutien en liquidités ».

Toutefois, malgré les parallèles que certains dressent avec la chute de la banque d’investissement Lehman Brothers ayant mené à la crise financière de 2008, « un défaut ou une faillite de CEG [China Evergrande Group] ne constitue pas une menace de type Lehman pour la Chine, mais c’est toujours une mauvaise nouvelle pour l’économie », estime quant à lui Art Woo, économiste à la Banque de Montréal. « Cela constituera un frein supplémentaire à la reprise économique du pays, qui souffre de nouvelles épidémies de COVID-19 ces derniers temps », explique-t-il.

Des retombées mondiales ?

Sur les marchés nord-américains, l’inquiétude des investisseurs était palpable lundi. « Il y avait déjà un peu un sentiment pessimiste sur les marchés, et cet élément déclencheur est venu justifier les transactions de vente dans le marché », observe Cimon Plante, gestionnaire de portefeuille et premier vice-président chez Groupe Plante Financière Banque Nationale.

« La situation va créer une certaine volatilité, mais je crois que la contagion va rester plutôt limitée à l’intérieur même de la Chine », croit l’analyste.

Selon M. Plante, les marchés boursiers pourraient rester dans le rouge encore un certain temps. « Je ne serais pas étonné que la Chine laisse un peu traîner les choses pour faire d’Evergrande un exemple, parce que cela fait longtemps qu’il y a trop d’inventaires et que le gouvernement mentionne qu’il y a trop de dettes chez les promoteurs », ajoute-t-il.

« D’après moi, les investisseurs qui ont l’action de l’entreprise vont perdre leur argent. Je pense que ceux qui possèdent la dette vont absorber un certain impact. Mais à un moment donné, le gouvernement chinois va devoir intervenir. Ils ne peuvent pas laisser ça aller indéfiniment », conclut M. Plante.

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