Les marchés mondiaux stressés par la crise chez Evergrande

Le promoteur immobilier chinois Evergrande fait face cette semaine à plusieurs échéances financières. Sur la photo, un complexe d’habitation construit par l’entreprise, à Guangzhou.
Agence France-Presse Le promoteur immobilier chinois Evergrande fait face cette semaine à plusieurs échéances financières. Sur la photo, un complexe d’habitation construit par l’entreprise, à Guangzhou.

La peur d’une contagion de la crise du géant de l’immobilier chinois Evergrande stressait les marchés mondiaux lundi, déjà confrontés à des doutes concernant les perspectives de croissance et l’inflation.

Le promoteur immobilier, perclus de dettes, fait face cette semaine à plusieurs échéances financières. L’anxiété face aux conséquences d’un éventuel défaut a gagné les Bourses mondiales, mais aussi le marché du pétrole et celui des cryptoactifs. Le groupe croule aujourd’hui sous une dette de plus de 300 milliards de dollars américains. « La crainte de la faillite d’Evergrande semble conduire au spectre d’un Lehman chinois », explique Michael Hewson, analyste de CMC Markets, en référence à la faillite de la banque américaine en 2008, qui avait attisé la crise financière des subprimes.

Après le net recul de la place de Hong Kong (-3,3 % à la clôture), seule Bourse asiatique majeure ouverte ce lundi, l’Europe puis Wall Street lui ont emboîté le pas. À la Bourse de New York, le Dow Jones a perdu 1,8 %, l’indice élargi S&P 500 1,7 % et l’indice Nasdaq, à forte composante technologique, 2,2 %. Sur le Vieux Continent, toutes les places ont fini dans le rouge : Paris a cédé 1,7 %, Milan 2,6 %, Francfort 2,3 % et Londres 0,9 %.

À Toronto la Bourse a enregistré lundi son pire déclin en près de huit mois, l’indice composé S&P/TSX du plongeant de 335,82 points ou 1,4 % pour terminer la journée avec 20 154,54 points.

Signe de l’aversion des investisseurs pour les actifs risqués, les emprunts d’État étaient particulièrement recherchés : en conséquence, le taux américain à dix ans reculait à 1,31 %.

L’économie chinoise avait déjà montré ces dernières semaines de nombreux signes d’affaiblissement, tant dans la consommation que dans la production. Or, « tout ralentissement de l’économie chinoise aurait des répercussions importantes sur la demande de produits de base, étant donné que la Chine est le plus grand consommateur au monde de nombreux minéraux et métaux », souligne Russ Mould, directeur de l’investissement d’AJ Bell.

Les entreprises liées aux minéraux étaient ainsi en forte baisse, comme ArcelorMittal qui a chuté de plus de 8 % à Paris.

« Tout cela se produit […] au moment où la Fed cherche à réduire une partie de ses mesures de relance, ce qui ajoute un peu à l’indigestion aujourd’hui », a affirmé Craig Fehr, stratège en investissement pour la firme Edward Jones.

Réunion de la Fed

Aux préoccupations sur le sort du promoteur chinois ultra-endetté, s’ajoutaient celles sur le bras de fer au Congrès autour du plafond de la dette des États-Unis et la réunion monétaire de la Banque centrale (Fed) qui commence mardi. La secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a publié un vigoureux éditorial dans le Wall Street Journal plaidant pour un relèvement du plafond de la dette, bloqué au Congrès, au risque de provoquer « une crise financière historique ».

La Réserve fédérale américaine tient sa réunion monétaire mardi et mercredi. Elle doit donner plus d’indications sur le début de la mise en œuvre et l’étendue de la réduction de son soutien massif aux marchés par des rachats d’actifs, mais « l’incertitude autour des décisions » a aussi poussé les investisseurs à se couvrir, explique Andréa Tuéni, analyste de Saxo Banque.

Les cours du pétrole ont aussi fortement reculé lundi. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre a perdu 1,9 % à 73,92 $US. À New York, le baril de WTI pour octobre a cédé 2,3 % à 70,29 $US.

Boudé lors des périodes d’aversion aux risques, le bitcoin dégringolait de 8,5 % à 43 578 $US.

Les marchés ont été victimes de leur propre succès avec leur croissance de la dernière année, qui s’approchait de 20 % avant leurs récents reculs. Les revers périodiques sont normaux même pour les marchés boursiers les plus solides, et le marché n’a pas connu de correction annuelle typique depuis au moins un an.

« Je ne pense pas que cela va faire boule de neige et devenir quelque chose de grave ou de prolongé. Mais je pense que c’est une condition à laquelle nous nous attendions depuis un certain temps », a affirmé M. Fehr. Les pertes du marché de lundi suscitent plus d’émotion chez les investisseurs qui ont été gâtés par les gains importants, mais les baisses semblent probablement pires qu’elles ne le sont réellement, a-t-il ajouté.

« La première chose que les investisseurs peuvent faire un jour comme celui-ci, c’est de ne pas mordre à l’hameçon. En d’autres termes, il ne faut pas paniquer. »

Avec La Presse canadienne

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