La directrice du FMI accusée d’avoir fait pression pour aider la Chine

Kristalina Georgieva, qui a pris la tête du FMI en octobre 2019, a réfuté ces accusations.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Kristalina Georgieva, qui a pris la tête du FMI en octobre 2019, a réfuté ces accusations.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, était sous le feu des critiques jeudi, mise en cause pour avoir, alors qu’elle était en poste à la Banque mondiale, fait pression pour modifier un rapport afin de ménager la Chine, ce qu’elle dément.

Une enquête du cabinet d’avocats WilmerHale a mis en lumière des irrégularités dans la rédaction des éditions 2018 et 2020 du rapport Doing Business de la Banque mondiale, qui passe au crible les conditions d’affaires dans les différents pays. Lors du classement de 2017, la Chine s’était montrée mécontente de sa 78e place.

Fin octobre 2017, peu avant la publication de l’édition 2018, la Banque mondiale était engagée dans des négociations délicates avec Pékin. De hauts responsables chinois auraient été consternés par le classement du pays. Kristalina Georgieva, qui était alors directrice générale de la Banque mondiale, et Jim Yong Kim, qui en était président, auraient alors demandé à leurs équipes d’adapter la méthodologie, pour ménager la Chine, selon cette enquête.

Kristalina Georgieva a réprimandé un haut responsable de la Banque mondiale pour « avoir mal géré les relations de la Banque avec la Chine et ne pas avoir apprécié l’importance du rapport Doing Business pour le pays », d’après le rapport, qui résume l’analyse de 80 000 documents et des entretiens avec plusieurs dizaines d’employés, actuels et anciens.

Sous la pression, ses équipes auraient alors modifié certaines données, et permis à la Chine de conserver sa 78e place au lieu de dégringoler de sept rangs. Kristalina Georgieva a ensuite remercié ce responsable d’avoir « contribué au multilatéralisme » et aidé à « résoudre le problème », rapporte l’enquête.

« Conclusions préoccupantes »

Kristalina Georgieva, qui a pris la tête du FMI en octobre 2019, a réfuté ces accusations. « Je suis en désaccord fondamental avec les conclusions et les interprétations » de cette enquête « en ce qui concerne mon rôle dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale de 2018 », a-t-elle réagi dans une déclaration transmise à l’AFP. « J’ai d’ores et déjà tenu une réunion avec le conseil d’administration du FMI sur ce sujet », a-t-elle ajouté.

La Banque mondiale a quant à elle annoncé, dans la foulée, la suspension immédiate de ce rapport, qui passe au crible le cadre réglementaire des PME dans 190 économies — conditions pour lancer leurs activités, avoir accès à l’électricité ou au crédit ou payer leurs impôts.

Le Trésor américain a réagi jeudi, faisant état de « conclusions préoccupantes », et a indiqué être en train d’analyser le rapport. « Notre responsabilité première est de préserver l’intégrité des institutions financières internationales », a-t-il indiqué dans un communiqué transmis à l’AFP.

Ces modifications dans l’établissement du classement avaient, en janvier 2018, poussé à la démission l’ancien chef économiste de la Banque mondiale Paul Romer, nobélisé quelques mois plus tard.

À voir en vidéo