Un carburant québécois pour le virage vert des compagnies aériennes

Les transporteurs aériens commerciaux sont responsables de 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète.
Photo: Jack Guez Agence France-Presse Les transporteurs aériens commerciaux sont responsables de 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète.

L’industrie aérienne n’a pas le temps d’attendre la fin de la crise pandémique pour accélérer son virage vert, estime le patron d’Airbus. Un nouveau carburant fabriqué au Québec pourrait l’y aider.

« Soyons francs. Nous sommes encore au milieu de la crise, et le retour à la normale sera long », a observé mardi le p.-d.g. du géant européen de l’aéronautique, Guillaume Faury, dans le cadre de la Conférence de Montréal. Le volume du trafic aérien mondial était encore, le mois dernier, à 70 % de ce qu’il était avant la pandémie de COVID-19 pour les vols intérieurs et de seulement 50 % pour les vols internationaux. « On ne s’attend pas à ce que les vols intérieurs soient revenus à leur niveau de 2019 avant 2023, et plus tard encore pour les vols internationaux. »

L’industrie aéronautique continue malgré tout ses efforts pour réduire son empreinte environnementale. Responsables de 2 à 3 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur la planète, les transporteurs aériens commerciaux se sont notamment engagés à avoir réduit de moitié le volume de leurs GES d’ici 2050 par rapport au niveau de 2005.

Pour les y aider, Airbus croit pouvoir accoucher d’ici 2027 d’un premier avion qui atteindra la neutralité carbone, pour une entrée en service en 2035. « L’industrie aérienne est à un moment charnière, et ces changements sont nécessaires », dit l’homme d’affaires français. « Cela coûtera très cher, ce sera très exigeant, […] mais ce n’est plus un problème technologique. Contrairement à il y a cinq ou dix ans, on entrevoit maintenant comment on pourra y arriver. »

Cette transition se fera en plusieurs étapes, a-t-il expliqué. À court terme, il s’agira de remplacer les avions les plus vieux et les plus polluants par de nouveaux appareils plus efficaces. Une meilleure gestion et une meilleure réglementation de la circulation des avions, dans le ciel comme au sol, permettraient aussi une réduction de 10 % de leurs GES. À plus long terme, Airbus compte sur le développement d’appareils munis de moteurs à hydrogène ainsi que sur le remplacement du kérosène par des « carburants d’aviation durable » (Sustainable Aviation Fuel ou SAF, en anglais) pour les avions actuels et futurs.

Carburant vert québécois

L’un de ces carburants synthétiques pourrait être produit au Québec.

Formé entre autres d’Airbus, d’Air Transat, de la grappe industrielle Aéro Montréal, d’Aéroport de Montréal et de Polytechnique Montréal, le Consortium SAF + a annoncé mardi avoir fabriqué pour la première fois au Canada un tel combustible liquide en mélangeant des rejets industriels de CO2 et de l’hydrogène produit avec l’électricité renouvelable québécoise. « Ces premiers litres d’électrocarburant représentent un moment historique et un jalon important pour SAF + », a déclaré son p.-d.g., Jean Paquin, dans le cadre de la Conférence de Montréal.

Sorti d’une usine pilote située à côté des installations de Chimie ParaChem, dans l’est de Montréal, ce nouveau carburant a la capacité de réduire de 80 % à 100 % les émissions de GES par rapport au kérosène fossile lorsqu’on prend en compte l’ensemble de leurs cycles de vie respectifs. Son utilisation — et donc les gains qu’on peut en attendre — est pour le moment limitée à 50 % en attendant qu’il passe toutes les étapes de certification.

Ses inventeurs comptent maintenant avoir construit d’ici quatre à cinq ans une véritable usine capable de produire 30 millions de litres de carburant par an, contribuant par le fait même à réduire les émissions de GES des compagnies aériennes de 120 000 tonnes, l’équivalent de 30 000 voitures. De 1 $ à 1,50 $ le litre, son prix devrait alors être deux ou trois fois supérieur à celui du kérosène, a dit Jean Paquin en entrevue téléphonique au Devoir.

Air Transat a malgré tout réservé jusqu’à 90 % de cette production. « Nous croyons fermement à l’avenir du SAF +, car, à l’heure actuelle, c’est un des moyens les plus prometteurs pour réduire nos émissions de carbone et nous devons en accélérer le développement », a déclaré son p.-d.g., Jean-François Lemay.

 

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