La transition verte attend les gouvernements

La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva

La crise de la COVID-19 a montré que la transition vers une économie plus verte et plus équitable était à la fois possible et urgente. Il ne manque plus maintenant que les pouvoirs publics établissent des règles claires et des mécanismes d’aide aux inévitables victimes pour accélérer enfin le mouvement.

La pandémie a donné lieu au développement de vaccins en un temps record ainsi qu’au déploiement, par les gouvernements, de politiques d’aides financières équivalentes, dans les pays riches, à plus du quart de leur produit intérieur brut, a rappelé lundi la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, lors du coup d’envoi de la 27e édition de la Conférence de Montréal. « C’est un remarquable accomplissement » qui explique largement le tout aussi impressionnant rebond de l’économie ces derniers mois, a-t-elle pris soin de souligner. La menace que font peser la COVID-19 et ses variants n’est toutefois pas encore écartée. Et ce succès cache « une dangereuse divergence » entre le sort des pays les plus riches et les plus pauvres.

En fait, contrairement à la crise financière précédente qui avait incité les gouvernements à créer un nouveau forum multilatéral (le G20) pour coordonner leur lutte, l’actuelle crise a plutôt donné lieu à « une agrégation de mesures individuelles » dont l’envergure a dépendu des moyens dont chaque pays disposait, a constaté quelques minutes après le directeur général de l’Organisation internationale du travail, Guy Ryder. « On a jeté beaucoup d’argent au problème sans apporter beaucoup d’attention aux questions de cohérence et de décence. Le danger est que la même chose se produise avec la lutte contre les changements climatiques. »

C’est que les gouvernements ont un rôle déterminant à jouer dans la transition que tout le monde espère vers une économie plus verte et durable, ont martelé plusieurs conférenciers, dont la plupart se sont exprimés à distance par l’entremise de la vidéoconférence. On attend même largement après eux. « Il n’y a plus vraiment de débat sur le besoin de procéder à cette transition. La question est plus, aujourd’hui, celle des moyens qui doivent être déployés pour y arriver », a observé Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Tout le monde convient, par exemple, que la tarification du carbone est une façon particulièrement efficace de se servir des mécanismes du marché pour inciter à la réduction des gaz à effet de serre (GES), mais les dirigeants politiques sont les seuls à pouvoir la mettre en place ainsi qu’à pouvoir en compenser les impacts néfastes sur les plus vulnérables de la société.

Qu’on ne se trompe pas, la transition vers la neutralité carbone pour 2050 « fera des gagnants et des perdants », a souligné Leslie Maasdorp, vice-président et chef des finances à la nouvelle Banque de développement mise sur pied il y a quelques années par les principales puissances émergentes. « Ce qu’il y a de bien, c’est que cette cible force tout le monde à penser à plus long terme. Espérons maintenant qu’on saura mieux se coordonner que pendant la COVID. »

Aider le marché à nous aider

L’atteinte de la neutralité coûtera cher, mais moins cher que de la reporter encore, a constaté Odile Renaud-Basso.

On estime, entre autres, qu’il faudra que les investissements mondiaux en énergie passent le plus vite possible de 2 000 milliards de dollars américains à 4000 ou 5000 milliards par an, a expliqué l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, aujourd’hui responsable du développement durable à la firme d’investissements Brookfield Asset Management. Les gouvernements ne pourront jamais fournir de pareilles sommes, dit-il, surtout après l’effort financier qu’ils ont déployé durant la dernière crise financière. « Cet argent devra largement venir du secteur privé. »

Or, de plus en plus conscients du caractère inéluctable de la transition vers une économie plus durable, les acteurs économiques et financiers ont redoublé d’efforts afin de s’y préparer en dépit de la crise sanitaire. « Ce qu’il leur faut maintenant, c’est que les pouvoirs publics mettent en place des cadres qui envoient les bons signaux crédibles et prévisibles », comme la tarification du carbone et la fin programmée des voitures à moteur à combustion interne.

Organisée par le Forum des Amériques, la Conférence de Montréal est placée cette année sous le grand thème du chemin « vers une économie plus verte et plus juste » et se tiendra jusqu’à jeudi en « format hybride » notamment en direct de l’Hôtel Bonaventure.

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