Un automne sur le thème de l’entrepreneuriat féminin

Une dirigeante d’entreprise sur quatre a suffisamment craint pour son entreprise durant la pandémie qu’elle ne pensait pas qu’elle y survive.
Photo: Getty Images/iStockphoto Une dirigeante d’entreprise sur quatre a suffisamment craint pour son entreprise durant la pandémie qu’elle ne pensait pas qu’elle y survive.

De Montréal à la Silicon Valley, les femmes sont en demande comme jamais ces jours-ci sur la scène entrepreneuriale. Les accélérateurs et programmes d’accompagnement leur font les yeux doux et espèrent les aider à se tailler une place plus importante dans la création et la direction d’entreprises de toutes tailles.

Il y a dix jours, Google a annoncé les candidates qui composeront son programme nord-américain d’accélérateur pour jeunes pousses technologiques fondées et dirigées par des femmes. Appelé Google for Startups : Women Founders, le programme d’une durée de dix semaines comprend un accès aux experts et aux technologies de Google et vise à aider les entreprises choisies à passer de « start-up » à « scale-up », un terme qui désigne les entreprises déjà actives et qui entrent dans une phase de forte croissance se chiffrant dans les millions de dollars.

Une des entreprises sélectionnées est la société Tengiva, dirigée par l’entrepreneure montréalaise Annie Cyr. Tengiva. Elle a mis au point une plateforme entièrement numérique facilitant pour les entreprises du secteur du textile et de la mode la gestion des fournisseurs, de l’inventaire et de l’approvisionnement, un processus qui est normalement fastidieux et répétitif, mais qui peut se faire en un clic grâce à sa technologie.

Tengiva a d’ailleurs officiellement activé sa plateforme au moment où Google annonçait l’avoir choisie pour son accélérateur. C’est donc un gros automne en vue pour Annie Cyr et son entreprise. « Et on ne fait que débuter avec le textile. Dans les vêtements, si on peut centraliser la gestion de son approvisionnement, on facilite beaucoup les opérations », dit-elle. Elle promet pour l’hiver prochain de nouvelles fonctions tirées de l’intelligence artificielle et de l’utilisation des données massives collectées dans l’industrie du vêtement pour aider l’industrie à réagir plus rapidement aux goûts changeants des consommateurs. « L’industrie du textile vaut 1000 milliards de dollars américains mondialement. Il y a une forte demande pour des outils technologiques et pour une meilleure utilisation des données », résume Mme Cyr.

Recharger ses batteries

Les femmes d’affaires québécoises en quête d’un coup de pouce pour relancer les activités de leur entreprise après une année de pandémie assez difficile n’ont pas besoin d’aller chercher jusqu’en Californie : l’organisme Montréal inc., conjointement avec la Ville de Montréal, le réseau Anges Québec et la Banque TD, a lancé jeudi un appel de candidatures pour son propre programme d’aide aux entrepreneures.

Selon les études à ce sujet, une dirigeante d’entreprise sur quatre a suffisamment craint pour son entreprise durant la pandémie qu’elle ne pensait pas qu’elle y survive. Continuer d’opérer dans ces conditions doit être extrêmement angoissant et c’est pourquoi ce programme de Montréal inc. s’appelle « Recharge », explique Deborah Cherenfant, responsable au sein de la Banque TD de l’aide aux entrepreneures pour le Québec.

« Nous cherchons des entreprises qui sont actives depuis deux à cinq ans et qui ont dû revoir leur modèle d’affaires suite à la pandémie. Nous souhaitons leur offrir du mentorat et de l’accompagnement pour les aider à prendre du recul et à recharger leurs batteries. »

Le programme Recharge souhaite organiser deux cohortes de dix entreprises, une dès cet automne et la suivante au cours de l’hiver 2022, toutes deux comportant au moins cinq entreprises issues de la diversité. La Ville de Montréal a investi 100 000 $ dans ce programme et la TD, 30 000 $.

Les organismes impliqués dans ce programme n’ont pas d’idée précise du nombre d’entreprises dirigées par des femmes étant dans une situation qui les qualifie pour participer à Recharge. Mme Cherenfant estime qu’il doit s’en trouver entre 250 et 300 au Québec.

Vers un Indice de l’entrepreneuriat féminin

Ce manque de données sur l’entrepreneuriat féminin est en soi un problème, puisqu’il limite le ciblage des programmes d’aide pour les femmes qui veulent se lancer en affaires. C’est pour cette raison que l’organisme Inno-Centre lancera la semaine prochaine ce que sa vice-présidente, Annouk Bissonnette, appelle l’Indice F.

« Il s’agit d’un moyen de documenter et de mesurer les différents éléments qui définissent le succès et les échecs des femmes entrepreneures », explique-t-elle au Devoir. Car de façon générale, ce qu’on entend sur les difficultés des femmes à faire leur place en affaires relève surtout de l’anecdotique, dit-elle. « Nous voulons aller plus loin. Nous allons effectuer une démarche quantitative pour déterminer pourquoi et comment certaines tâches sont plus difficiles pour les femmes, comme la recherche de financement. »

Le nombre de dirigeantes au sein des PME québécoises ayant un chiffre d’affaires annuel d’au moins 2 millions de dollars s’est accru au cours des dernières années. Parmi celles qui font affaire avec Inno-Centre, leur proportion est passée de 2 à 20 % entre 2019 et 2021. De façon générale, au Québec, 16 % des PME sont dirigées par des femmes. Mais on n’en sait pas beaucoup plus, déplore Mme Bissonnette.

Ce qu’on entend sur les difficultés des femmes à faire leur place en affaires relève surtout de l’anecdotique

 

« Comment ces statistiques sont-elles ventilées par secteur d’activité ? Quelles entreprises ont été fondées par des femmes et lesquelles sont des reprises ? On ne sait pas. »

On ne le sait pas… pour le moment. Inno-Centre promet des résultats d’ici mars prochain à propos de son Indice F. Ce sera une étape importante pour contribuer à une plus grande équité et diversité du monde des affaires. « Nous voulons d’abord avoir une bonne connaissance de la situation. Ça permettra ensuite aux entreprises d’ajuster leurs façons de faire pour aider au changement », avance Mme Bissonnette.

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