​Littératie et économie: deux faces d’une même médaille

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
Une autre barrière se dresse devant les analphabètes: l’acquisition des compétences informatiques de base pour maintenir leur productivité.
Photo: Getty Images Une autre barrière se dresse devant les analphabètes: l’acquisition des compétences informatiques de base pour maintenir leur productivité.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

Au-delà de la lecture et de l’écriture, la littératie comporte des aspects dont on parle moins, mais qui sont essentiels au développement des individus en 2021 : les compétences informatiques ainsi que la littératie financière et économique.

En collaboration avec la Coalition FACE (Fédération africaine canadienne de l’économie), le collège Frontière organise un Forum national sur la littératie et l’économie qui aura lieu, sous forme virtuelle, le 6 octobre prochain. Plusieurs conférenciers invités évoqueront les liens indiscutables entre les enjeux de littératie et ceux de l’économie au Canada.

« La COVID-19 a eu des impacts majeurs sur l’économie, et les personnes qui vivaient déjà des difficultés avant la pandémie ont été les plus touchées par le chômage et la précarité, note Mélanie Valcin, directrice des programmes et de l’impact au collège Frontière. Les compétences en lecture et en écriture jouent un rôle extrêmement important pour la relance économique du pays. Nos conférenciers vont discuter des répercussions économiques de la pandémie et souligner l’importance de l’alphabétisation dans ce contexte. »

Il faut s’assurer que les travailleurs canadiens qui souhaitent réintégrer le marché du travail ou se réorienter aient accès à des services et à des occasions de développement professionnel et d’apprentissage, dit-elle.

« Selon le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, ou PEICA, il y a cinq niveaux de littératie. Pour être en mesure de développer tout ce dont on a besoin afin de réaliser pleinement son potentiel, il faut être au moins au niveau trois. Ce qu’on voit, dans les pays de l’OCDE, c’est que, lorsqu’un individu gagne un niveau de littératie supérieur, cela se traduit par une augmentation de 9 % du taux horaire, et de 20 % de la probabilité d’occuper un emploi. Cela a donc un impact direct sur les conditions de vie. »

Au Canada, plus de 40 % des travailleurs n’ont pas les habiletés requises pour apprendre efficacement et acquérir de nouvelles compétences. Un adulte sur cinq ne possède pas les compétences en lecture, en écriture et en calcul nécessaires pour acquérir les nouveaux apprentissages essentiels de l’économie du savoir.

Compétences informatiques

En plus du niveau d’alphabétisation, une autre barrière se dresse : les compétences informatiques de base. « L’évolution des technologies contraint les individus à constamment acquérir de nouvelles compétences pour maintenir leur productivité. Les compétences en informatique sont très importantes, souligne la directrice. Au collège Frontière, nous avons transféré tous nos programmes d’alphabétisation en ligne. Cela nous a permis de constater que plusieurs de nos apprenants n’avaient pas les compétences informatiques essentielles pour l’apprentissage en ligne. Ils se retrouvent donc devant une double barrière. »

Quand on parle de compétences informatiques, il ne s’agit pas de savoir programmer, mais bien d’être capable d’utiliser un ordinateur pour naviguer sur Internet et accéder à l’information qui s’y trouve, suivre des formations en ligne et effectuer des tâches qui semblent simples à la majorité de la population.

« Ce sont maintenant des compétences fondamentales à acquérir en plus de la lecture, de l’écriture et de la résolution de problèmes », insiste Mélanie Valcin.

Littératie financière et économique

Pour les communautés marginalisées au Canada, qui ont encore plus besoin de services d’alphabétisation que le reste de la population, il est souvent difficile, notamment en raison de l’éloignement, d’y avoir accès. Cela constitue évidemment un obstacle majeur à leur développement économique.

Parmi les panélistes au Forum national sur la littératie et l’économie, Tiffany Callender, p-d.g. de la Coalition FACE, parlera de littératie économique et financière. La mission de FACE est d’encourager et de propulser les entrepreneurs issus des communautés noires du Canada pour s’attaquer aux barrières systémiques qui existent autour de la création de la richesse.

« Il y a différentes formes de littératie, et la littératie financière et économique est essentielle pour que les communautés marginalisées, qui ne font pas nécessairement partie des mêmes réseaux de développement que d’autres, puissent se lancer dans les affaires et développer leurs entreprises, illustre Tiffany Callender. Les nouveaux arrivants et les personnes en situation de pauvreté ont besoin de mieux comprendre le contexte économique du Canada, notamment le système bancaire et la gestion du crédit. » Ce sera d’ailleurs l’angle de son allocution au Forum.

« Les solutions proposées par FACE passent notamment par l’adaptation des programmes existants en consultant ces communautés pour déterminer clairement leurs besoins. Il faut qu’elles soient à la table pour développer des stratégies d’adaptation », conclut-elle.

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