La FTQ dévoile sa «plateforme électorale»

Gabrielle Morin-Lefebvre
Collaboration spéciale
La centrale syndicale demande aux partis fédéraux de penser aux travailleurs qui ont subi les contrecoups  de la pandémie, notamment  ceux du  secteur de la restauration.
Graham Hughes La Presse canadienne La centrale syndicale demande aux partis fédéraux de penser aux travailleurs qui ont subi les contrecoups de la pandémie, notamment ceux du secteur de la restauration.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le syndicat de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) a dévoilé le contenu de sa « plateforme électorale » en ligne il y a quelques jours. Un document énonçant ses attentes vis-à-vis du futur gouvernement fédéral, notamment en matière d’assurance-emploi et d’assurance médicaments.

À l’image des six partis fédéraux, le syndicat de la FTQ a publié dimanche dernier une « plateforme électorale », renfermant ses principales demandes aux candidats. Deux aspects retiennent l’attention dans ce document de vingt-quatre pages : la réforme du régime de l’assurance médicaments et de l’assurance-emploi fédérale. Analyse.

Un système d’assurance médicaments public

La FTQ revendique une réforme du système hybride d’assurance médicaments du Québec, un « échec »depuis sa création il y a 20 ans comme « système temporaire », selon elle.

Président de la FTQ, Daniel Boyer estime même que la loi rendant obligatoire l’adhésion aux régimes d’assurance médicaments en entreprise « crée beaucoup d’injustices chez les employés », les primes d’assurance « augmentant année après année ». Il ajoute également que pas moins de 11 % des personnes couvertes ne se procurent pas certains médicaments sur ordonnance faute de moyens.

Le syndicat demande ainsi que la Loi canadienne sur la santé « soit modifiée » afin de forcer la création d’un régime d’assurance médicaments 100 % public et universel. D’après M. Boyer, le Québec aurait alors un régime à lui seul, mais équivalent à celui des autres provinces.

11 %

C’est le pourcentage de travailleurs couverts par un régime d’assurance collective qui ne se procurent pas certains médicaments sur ordonnance faute de moyens financiers.

« Comme on l’a fait avec l’assurance automobile, ce qu’on demande, c’est d’implanter un régime pancanadien, pour que le Québec ait un droit de retrait avec une compensation pour son propre régime », indique M. Boyer.

Le prix des médicaments fait aussi partie du problème, selon le syndicat. La FTQ demande finalement d’inclure les médicaments d’ordonnance dans la réforme et de revoir la façon dont est fixé « le prix des médicaments brevetés » avec les entreprises pharmaceutiques.

Une réforme totale de l’assurance-emploi

La pandémie a rendu l’assurance-emploi inévitable pour les travailleurs. Du 15 mars au 3 octobre 2020, le gouvernement fédéral estime avoir versé 81,64 milliards en Prestation canadienne d’urgence (PCU) et en prestations d’assurance-emploi.

À la suite d’interventions, Ottawa a prolongé la durée maximale de la Prestation canadienne de relance économique (PCRE) de 50 à 54 semaines et bonifié ses programmes de soutien cet été ; des changements applaudis par M. Boyer.

« On constatait que des travailleurs n’étaient pas couverts et tombaient dans des craques », explique-t-il.

En plus de rendre permanents ces changements temporaires, la FTQ demande au prochain gouvernement d’aller plus loin en réformant totalement l’assurance-emploi. Elle souhaite notamment fixer la couverture des prestations d’assurance-emploi à 35 semaines minimum.

Selon le président, la période actuelle de 15 semaines de prestations minimum n’est pas assez pour les travailleurs saisonniers qui tombent dans un « trou noir ». « La période de prestations n’est pas assez longue pour rejoindre les deux bouts du travail saisonnier qui termine et qui recommence », martèle-t-il.

La plateforme de la FTQ souligne également que moins de quatre chômeurs sur dix sont admissibles actuellement aux prestations à cause des critères jugés « trop serrés », et ce, même s’ils ont cotisé au travail.

Une situation que M. Boyer attribue à la difficulté de « couvrir toutes les heures de travail demandées » pour avoir accès aux prestations ou encore, à « trop de mises à pied » survenues lors de cette période de référence.

Il demande ainsi de revoir le calcul des heures de travail requises et d’y exclure les périodes de conflits de travail. « Les travailleurs qui subissent un conflit de travail sont doublement pénalisés », soutient-il.

Rester connecté aux électeurs

Pour informer ses 600 000 membres en pandémie, la FTQ a dû laisser de côté ses tournées régionales et se tourner vers une plateforme accessible en ligne depuis peu.

« On aura un tableau qui dira quelle est la réponse des partis politiques par rapport à ce qu’on propose, explique M. Boyer. On veut que les gens aient une réponse éclairée. »

La FTQ dit avoir déjà invité les chefs à débattre de sa plateforme dans les bureaux exécutifs. À ce jour, seul le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, a répondu présent. Le prédisent invite cependant tous les candidats à ne pas oublier leurs électeurs.

« Pensez aux travailleurs et travailleuses qui ont subi les contrecoups de la pandémie, les exhorte-t-il. C’est à eux qu’on devrait penser dans le cadre des plateformes électorales des partis. »

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