La sécheresse pourrait profiter aux exportations d’Hydro-Québec

Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Après avoir dû faire des concessions sur les prix de l’électricité exportée en raison des surplus d’eau dans ses réservoirs, la « grande sécheresse » de l’été devrait permettre à Hydro-Québec d’obtenir un meilleur prix pour ses exportations d’électricité.

« On avait trop d’eau en début d’année, ce qui faisait en sorte qu’on tapait les marchés, peu importe le prix », expliquait vendredi Jean-Hugues Lafleur, vice-président exécutif et chef de la direction financière, au cours d’une conférence de presse visant à discuter des résultats du premier semestre. « Dans ce cas-ci, on est beaucoup plus opportuniste. Ce qu’on fait maintenant, c’est qu’on vend au marché lorsque les prix sont vraiment élevés. »

Au cours des six premiers mois de l’année 2021, Hydro-Québec a vendu son électricité hors Québec à un prix moyen de 4,2 ¢/kWh, comparativement à 4,4 ¢/kWh en 2020. Avant la pandémie, elle avait obtenu un prix moyen de 4,9 ¢/kWh pour la période comparable en 2019.

« La beauté » du système de réservoirs multiannuels d’Hydro-Québec est qu’il lui permet de modifier ses volumes de vente selon les conditions du marché, ajoute M. Lafleur. La société d’État peut donc emmagasiner de l’eau lorsque les prix sont bas, ou produire plus d’électricité lorsque les conditions du marché sont plus favorables. « Au lieu de vendre plus de volume à des prix bas, on vendra moins de volume à des prix plus élevés. Ce qui va faire en sorte que notre rentabilité va être égale. »

Risque climatique

Si le temps chaud et sec représente une occasion d’affaires cet été, les bouleversements climatiques représentent tout de même un risque, comme le démontrent les feux de forêt en Colombie-Britannique. M. Lafleur assure qu’Hydro-Québec a un plan advenant une telle catastrophe. « On est toujours prêts pour ça. La protection de nos infrastructures, c’est vital. »

Le principal risque que l’entreprise surveille est l’assèchement des tourbières, une zone humide caractérisée par la présence de couches de tourbe. « Ça pourrait avoir des conséquences dans les prochaines années », prévient-il.

Un retour à la normale

Les résultats d’Hydro-Québec évoquent un retour à la normale après le choc initial de la pandémie. Au deuxième trimestre, elle a affiché un bénéfice net de 352 millions, soit plus de quatre fois le bénéfice de 80 millions à la même période l’an dernier. Avant la pandémie, la société avait enregistré un bénéfice de 264 millions en 2019 pour la période comprenant les mois d’avril, de mai et de juin.

352
C’est le bénéfice net, en millions de dollars, qu’a réalisé Hydro-Québec lors du deuxième trimestre de 2021, soit plus de quatre fois le bénéfice de 80 millions à la même période l’an dernier.

« La progression marquée de nos résultats s’inscrit dans le contexte de la reprise des activités économiques au Québec », réagit M. Lafleur.

Le retour normal se traduit aussi par une baisse des comptes en souffrance. « Bon an mal an », la société réserve environ 90 millions en provision pour recouvrement. En 2020, la réserve était de 160 millions. « Les clients paient au bon rythme, constate le financier. On revient plus à la normale des 90 millions par année. »

Pour les six premiers mois de l’année, le bénéfice net de la société d’État a augmenté de 24 %, à 1,993 milliard, une hausse de 388 millions, comparativement à 1,605 milliard à la même période l’an dernier.

Hydro-Québec attribue la progression à une augmentation des ventes nettes d’électricité au Québec, à un accroissement des exportations et à des frais financiers moins élevés sur sa dette.

Dans le marché québécois, les ventes nettes d’électricité ont augmenté de 89 millions au cours des six premiers mois de l’année, en raison notamment d’une augmentation de la demande de base de 1,4 TWh. La température plus douce au printemps a toutefois contrebalancé une partie de l’augmentation de la demande de base.

Hors Québec, les exportations nettes d’électricité ont fait un bond de 133 millions, principalement en raison d’une hausse de volume de 3,8 TWh, toujours au premier semestre. La société attribue cette progression à la reprise économique. Le volume d’exportations nettes atteint 18,5 TWh, légèrement sous le record de 18,7 TWh établi au premier semestre de 2018.

Les investissements en immobilisation, pour leur part, s’établissent à 1,861 milliard, contre 1,388 milliard un an plus tôt, au moment où la crise sanitaire a ralenti ses chantiers.

De « grosses économies »

La faiblesse des taux d’intérêt permet à Hydro-Québec de réaliser d’importantes économies. Elle a réduit ses frais financiers de 124 millions durant les six premiers mois de l’année.

Au deuxième trimestre, elle a refinancé pour 800 millions d’obligations à un taux de 2,67 % qui n’arriveront à échéance qu’en 2060. Ces titres de dettes remplacent des obligations qui avaient des taux « d’entre 10 % et 11 % ». « C’est très bénéfique pour la société québécoise. »

Une fois les barrages construits, leur exploitation est relativement peu coûteuse, explique le chef des finances. La grande partie des coûts proviennent des investissements dans les infrastructures, financés par de la dette amortie sur de nombreuses années. Une diminution du service de la dette a donc un effet considérable sur ses bénéfices.

D’autres importantes économies sont à prévoir si les conditions du marché obligataire restent favorables. « Deux grosses échéances » de dettes sont prévues, en janvier et en juillet prochains, dont les taux étaient d’environ 10 %, précise M. Lafleur.

 

À voir en vidéo