Montréal veut la fin de «l’opacité» sur le projet Ray-Mont Logistique

Des travaux de «réhabilitation» des sols contaminés sont en cours sur site, qui a été acquis par Ray-Mont Logistiques il y a cinq ans. Les travaux avaient été autorisés en 2018 par le ministère de l’Environnement.
Photo: Alexandre Shields La Devoir Des travaux de «réhabilitation» des sols contaminés sont en cours sur site, qui a été acquis par Ray-Mont Logistiques il y a cinq ans. Les travaux avaient été autorisés en 2018 par le ministère de l’Environnement.

L’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve dénonce « l’opacité » du ministère de l’Environnement concernant le projet de plateforme de transbordement de marchandises de Ray-Mont Logistiques, dans l’est de Montréal. Il joint ainsi sa voix à un mouvement citoyen du secteur en réclamant la réalisation d’études d’impacts « transparentes » entourant ce projet d’envergure.

Des travaux de « réhabilitation » des sols contaminés autorisés en 2018 par le ministère de l’Environnement sont en cours sur le site de plus de 232 0000 m2 acquis il y a cinq ans par Ray-Mont Logistiques, à proximité de la rue Notre-Dame, du port de Montréal et d’un quartier résidentiel qui compte notamment un CHSLD.

« Ils ont clôturé le site et il y a des citoyens qui sont inquiets. J’en fais partie », laisse tomber le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, en entrevue au Devoir jeudi.

D’ici quelques années, l’entreprise espère transformer cette friche industrielle vacante, où la nature a en partie repris ses droits dans les dernières années, en une immense plateforme de transbordement où s’enchaîneront un millier de passages de camions et une centaine de wagons de train sur une base quotidienne.

Opposée à ce projet, la Ville de Montréal avait d’abord refusé d’octroyer à l’entreprise les permis de construction requis. Elle a toutefois subi depuis deux revers consécutifs en justice, devant la Cour supérieure et la Cour d’appel du Québec, en plus de faire face à une poursuite de 373 millions de dollars de la part de l’entreprise pour avoir tardé à approuver son projet.

« C’est excessivement désespérant pour nous de voir une entreprise agir ainsi », soupire Anaïs Houde, une militante du groupe Mobilisation 6600, qui se bat depuis quelques années contre ce projet.

Transparence

À court de moyens pour s’opposer à ce projet, l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve se tourne vers le gouvernement du Québec pour réclamer la tenue de diverses études d’impacts concernant ce projet, qui pourrait générer de nombreuses nuisances reliées notamment à l’émission de poussière, la production de bruit et de pollution lumineuse. Une partie de ces études seront réalisées par la Ville de Montréal et la direction régionale de santé publique, mais l’arrondissement presse Québec de collaborer, d’autant plus que ce projet n’a pas encore reçu toutes les autorisations ministérielles nécessaires à sa concrétisation.

« Pour mesurer les futures autorisations lorsqu’elles seront soumises, le [ministère de l’Environnement] appuie-t-il son analyse sur des études d’impacts et des mesures préalables ? », questionne le maire d’arrondissement, Pierre Lessard-Blais, dans une lettre de trois pages acheminée mercredi soir au ministre de l’Environnement, Benoit Charette, et dont Le Devoir a obtenu une copie.

L’élu de Projet Montréal se questionne notamment sur la nature de la « surveillance » du chantier menée par le ministère, en plus de déplorer le manque de clarté concernant « les paramètres qui seront considérés pour évaluer les impacts projetés du projet », au sujet desquels il réclame des « éclaircissements ». Quels sont, par exemple, les critères à respecter pour que ce projet se transporte éventuellement devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ? L’arrondissement l’ignore.

« On souhaite connaître l’orientation du gouvernement, la vision du gouvernement sur tout le secteur. Parce qu’il faut se le dire, il y a une certaine opacité de Québec dans le dossier de Ray-Mont Logistiques », avance Pierre Lessard-Blais, en entrevue au Devoir jeudi.

L’entreprise, qui a obtenu son permis de construction en avril, a accepté de repousser le début des travaux majeurs sur ce site à cet automne, le temps que la Ville de Montréal et les citoyens du secteur réunis autour d’un groupe de travail thématique déterminent les mesures de mitigation à mettre en place pour limiter les répercussions de ce projet. Pierre Lessard-Blais estime ainsi que le temps presse afin que ces analyses environnementales soient menées avant que ce chantier prenne de l’ampleur.

« On ne peut pas attendre plusieurs mois avant d’avoir de la clarté de la part du gouvernement du Québec », insiste M. Lessard-Blais. Le ministère de l’Environnement, qui a confirmé avoir reçu cette lettre, a indiqué au Devoir que « toute question sur l’assujettissement à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement demeure hypothétique », puisque le ministère n’a reçu « aucune information » de la part du promoteur concernant ce « projet projeté ».

Dans une déclaration écrite, le p.-d.g. de Ray-Mont Logistiques, Charles Raymond, a indiqué que l’entreprise travaille « activement » depuis le 11 août dernier avec le groupe de travail thématique mis en place afin de « veiller à l’analyse des impacts potentiels du projet et à la détermination des mesures de cohabitation appropriées ». L’entreprise se dit aussi être ouverte à rencontrer le maire d’arrondissement pour discuter.

Mobilisation populaire

La lettre du maire d’arrondissement fait écho à une pétition signée par plus de 5000 personnes en quelques mois qui sera déposée prochainement à l’Assemblée nationale. Parrainée par le député solidaire Alexandre Leduc à la demande de Mobilisation 6600, celle-ci « exige » qu’une étude d’impacts soit menée avant que le projet de Ray-Mont Logistiques puisse aller de l’avant.

« Je ne comprends pas pourquoi on doit faire une pétition pour que ça se fasse [des études d’impacts]. Ça devrait être automatique », déplore Anaïs Houde.

Plusieurs citoyens réclament d’ailleurs carrément que ce projet ne voie pas le jour. « On n’en veut pas de ce projet-là. On a besoin de plus de végétalisation et moins de minéralisation », fait notamment valoir Patricia Clermont, qui est membre de la Mobilisation 6600. Mme Houde craint d’ailleurs que ce projet incite aux départs de plusieurs résidents du secteur.

« C’est toute la vie de quartier qui va en écoper, et ceux qui veulent quitter vont quitter », se désole-t-elle, laissant derrière les plus démunis.

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