Le ministre du Travail convoque Olymel et le syndicat de l’abattoir de Vallée-Jonction

Le ministre du Travail, Jean Boulet, souhaite éviter «l’impact économique» qu’aurait une fermeture partielle de l’entreprise sur l’économie du Québec, car il est d’avis que la province ne peut pas se le permettre.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le ministre du Travail, Jean Boulet, souhaite éviter «l’impact économique» qu’aurait une fermeture partielle de l’entreprise sur l’économie du Québec, car il est d’avis que la province ne peut pas se le permettre.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a annoncé mercredi qu’il a convoqué la direction d’Olymel et la CSN à son bureau de Québec jeudi matin pour « une rencontre de la dernière chance ».

Le ministre a pris cette décision alors que le conflit de travail à l’usine d’abattage et de découpe de porc d’Olymel, à Vallée-Jonction, en Beauce, s’envenime sans cesse et que l’employeur a menacé d’abolir 500 postes si aucune entente n’est conclue avant lundi.

« Je vais rencontrer les parties, je vais m’assurer de mettre de la pression de la meilleure façon possible parce qu’on ne peut pas se permettre l’impact économique d’une fermeture partielle de cette entreprise », a-t-il affirmé lors d’un point de presse en marge d’une réunion du conseil des ministres, mercredi.

« On va participer à la rencontre demain matin avec ouverture d’esprit et beaucoup de détermination », a déclaré le premier vice-président d’Olymel, Paul Beauchamp, en entrevue téléphonique mercredi. L’intervention du ministre « arrive à propos », selon lui. « Il va peut-être nous proposer des pistes que nous-mêmes n’avons pas explorées. »

La CSN n’a pas souhaité se prononcer sur le sujet, préférant attendre la fin de la rencontre de jeudi avant de faire une déclaration publique.

500 emplois dans la balance

« Il y a beaucoup d’indécision au moment où on se parle et on ne sait pas combien de travailleurs vont se présenter lorsqu’il y aura un rappel, s’il y en a un, alors nous avons des décisions à prendre en matière d’approvisionnement », a indiqué M. Beauchamp pour expliquer l’ultimatum d’Olymel.

Si nous ne sommes pas capables de régler ça en quelques jours, ça peut durer très longtemps, cette grève-là.

« Si nous ne sommes pas capables de régler ça en quelques jours, ça peut durer très longtemps, cette grève-là », a-t-il dit, rappelant que son entreprise a vendu ses droits sur environ 110 000 porcelets pour éviter un engorgement futur.

Ce licenciement massif de 500 travailleurs serait « catastrophique », d’après le maire de Vallée-Jonction, Réal Bisson, qui a expliqué en conférence de presse mercredi que, « dans une municipalité de moins de 2000 de population, c’est comme si on parlait de dizaines de milliers d’emplois à Montréal ».

Il a salué l’« l’intervention du ministre du Travail » et enjoint les « parties patronale et syndicale de dénouer l’impasse ». Il a aussi demandé « au syndicat de soumettre à nouveau à ses membres » l’entente de principe conclue le 14 août entre les représentants syndicaux et la direction. Celle-ci avait été rejetée à 57 % par un vote des travailleurs.

Le député caquiste de Beauce-Nord, Luc Provençal, a abondé dans le même sens durant le point de presse, se disant « inquiet à l’idée que 500 travailleurs puissent se retrouver sans emploi », mais aussi préoccupé par la « situation précaire » des éleveurs de porcs et de « toutes les entreprises qui fournissent des services » à l’usine d’abattage.

« Les syndiqués interpellent mon bureau pour les aider, la compagnie Olymel peine à répondre aux engagements signés et se questionne assurément sur les investissements réalisés à ce jour », a-t-il ajouté.

Mardi soir, le président du Syndicat des travailleurs d’Olymel Vallée-Jonction-CSN, Martin Maurice, a signalé que ce n’est pas la première fois qu’Olymel menace ses salariés de fermeture et tente de diviser les syndiqués en faisant craindre des abolitions de postes. Il a écrit dans un communiqué que le syndicat restait disposé à se présenter à la table de négociation afin d’en arriver à une entente négociée.

Dans l’impasse

Mardi, le médiateur Jean Poirier, nommé par le ministre Boulet, a suspendu les rencontres devant l’impossibilité d’en arriver à une entente.

Entre-temps, le groupe de producteurs Éleveurs de porcs du Québec affirme qu’il y avait un nombre record de 166 080 porcs qui étaient en attente d’être abattus au Québec en date de vendredi dernier. L’association déplore l’impact du conflit de travail sur les conditions de vie des porcs, ainsi que sur les revenus des éleveurs.

Le ministre de l’Alimentation, André Lamontagne, a appelé mercredi les parties à comprendre « qu’elles ont en otage toute une chaîne de production animale » et à trouver une solution « dans les plus brefs délais ».

Olymel représente 80 % de la capacité d’abattage de porcs au Québec, selon l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA).

La grève a débuté le 28 avril dernier. Les points en litige étaient alors les salaires, les horaires de travail et la durée de la convention collective.

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