Des correctifs payants pour la Caisse de dépôt

Au Québec, la Caisse a continué de se faire « très active », avec plus d’une trentaine de nouveaux investissements importants en six mois, selon le p.-d. g. Charles Emond.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Au Québec, la Caisse a continué de se faire « très active », avec plus d’une trentaine de nouveaux investissements importants en six mois, selon le p.-d. g. Charles Emond.

Des correctifs à ses stratégies d’investissement ont permis à la Caisse de dépôt et placement du Québec de faire mieux que ses indices de référence en première moitié d’année. Elle s’attend maintenant à devoir continuer à s’ajuster pour tenir compte du ralentissement de la reprise, d’une montée de l’inflation et de son devoir de réduire encore plus son empreinte carbone.

La quarantaine de déposants de la Caisse ont eu droit à un rendement moyen pondéré de 5,6 % durant les six premiers mois de 2021. C’était mieux que les 4,4 % de son indice de référence et cela a permis d’ajouter 20 milliards de dollars à son actif net pour le porter à presque 390 milliards.

« Durant la première moitié de 2021, nos équipes ont poursuivi le travail afin de mieux positionner nos portefeuilles pour faire face à un nouveau contexte, particulièrement en immobilier et en marchés boursiers, où nous voyons déjà les premiers résultats probants des initiatives en cours », a déclaré le président et chef de la direction de la Caisse, Charles Emond, dans le communiqué dévoilant ces résultats.

Principal secteur d’investissement de l’institution, avec un actif net totalisant 192 milliards, les placements en actions ont affiché un rendement (12,1 %) similaire à l’indice de référence (12 %), à raison d’une meilleure performance du côté des marchés boursiers (11,4 % contre un indice de 9,3 %) et de résultats plus faibles du côté des placements privés (13,5 % contre 16,8 %).

Des leçons

 

Dans le premier cas, on a notamment su tirer des leçons des résultats décevants de l’année passée en ajustant la politique de placement afin d’avoir une gestion « plus dynamique », capable de mieux tirer parti des secteurs les plus susceptibles de profiter de la reprise économique. Dans le second cas, la Caisse a notamment fait les frais de sa présence plus faible dans les secteurs des institutions financières et de l’énergie traditionnelle, comme le pétrole.

On observe tout le contraire du côté des énergies éolienne et solaire qui, à l’instar des secteurs de la nouvelle économie, de la logistique et des télécommunications, ont bien servi la Caisse dans le domaine des actifs réels (73 milliards d’actifs), avec un rendement de 4,1 % comparativement à un indice de seulement 0,4 %. Là encore, on commence notamment à recueillir les fruits d’un effort de repositionnement, mais cette fois dans le secteur immobilier, où sa filiale Ivanhoé Cambridge a continué de se défaire de centres commerciaux et de bureaux principalement au profit d’immeubles dans les secteurs de la logistique, des technologies et des sciences de la vie.

Le dernier grand secteur d’investissement de la Caisse, les revenus fixes (122 milliards d’actifs), a fait les frais de la remontée des taux d’intérêt avec un rendement négatif de 1,8 % (contre un indice de –2 %).

Au Québec, la Caisse a continué de se faire « très active », a noté Charles Emond, avec plus d’une trentaine de nouveaux investissements importants en six mois.

Elle a notamment injecté plus d’un milliard dans la société Énergir et 475 millions dans CAE en plus de poursuivre la construction du Réseau express métropolitain (REM) dans la région montréalaise et s’est associée à un projet d’acquisition et de rénovation de 1500 logements abordables.

Si l’an dernier la Caisse avait enregistré un rendement inférieur à ses indices de référence (7,7 % contre 9,2 %), sa performance à plus long terme fait meilleure figure, à raison d’un rendement annualisé de 8,5 % sur cinq ans (contre un indice de 8,3 %) et de 8,8 % sur dix ans (contre un indice de 8,3 %).

Le monde à venir

Il faut s’attendre désormais à ce que le rythme de la reprise économique ralentisse et à ce que les rendements des investissements dépendent de plus en en plus des forces propres à chaque secteur et même à chaque entreprise, a observé le chef des marchés liquides à la Caisse, Vincent Delisle. La remontée graduelle des taux d’intérêt des banques centrales contribuera à ce phénomène et pourrait même s’accélérer si le récent retour de l’inflation venait à les inquiéter. On devra aussi avoir le regard particulièrement aiguisé pour dénicher les bonnes affaires avec l’abondance de capitaux d’investisseurs à la recherche de rendements.

Présente partout dans le monde, la Caisse devra également tenir compte des grandes variations entre les pays dans l’évolution de la pandémie de COVID-19, le rythme de la reprise et les politiques des gouvernements, a ajouté Charles Emond. L’institution compte aussi annoncer cette année de nouveaux objectifs plus ambitieux en matière de réduction de son empreinte carbone. « L’agilité et la capacité à s’adapter seront des clés. Le monde va continuer d’évoluer. Notre portefeuille également. »

À voir en vidéo