Les frais d’interchange, l’étonnante priorité électorale des commerçants québécois

L’an dernier, au Canada, ces frais d’interchange s’élevaient jusqu’à 3 % de la valeur de la transaction.
Photo: Getty Images/iStockphoto L’an dernier, au Canada, ces frais d’interchange s’élevaient jusqu’à 3 % de la valeur de la transaction.

Des élections fédérales, ça ne s’achète pas. Pour tout le reste, il y a Mastercard et Visa. Et cela embête les commerçants québécois plus qu’une quatrième vague de COVID-19. Car les frais qu’ils doivent payer pour accepter les paiements par carte de crédit sont si élevés au Canada que leur principale demande électorale est la promesse de les réduire à un niveau plus près de ce qu’on voit ailleurs dans le monde.

« Ce sera notre plus grande priorité pour ces élections : les frais d’interchange exigés par ce qui est effectivement un duopole dans le marché canadien des cartes de crédit », lance d’entrée de jeu Jean-Guy Côté, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). « Ces frais représentent plusieurs millions de dollars pour les commerçants québécois de toutes tailles. Dans le cas des plus petits détaillants, où les marges de profit sont parfois très minces, ces frais occupent une place importante qui peut tout changer pour eux. »

Les frais d’interchange sont un montant qui est remis par le commerçant à l’émetteur de la carte de crédit utilisée par son client quand ce dernier passe à la caisse. Et, bien que d’autres systèmes de paiement soient apparus ces dernières années, les cartes Visa et Mastercard ont toujours la cote auprès des consommateurs. Et cette popularité a été dopée par l’explosion du magasinage en ligne depuis le printemps 2020 : sur Internet, la quasi-totalité des achats effectués par les consommateurs se règlent à l’aide d’une carte Visa ou Mastercard.

L’an dernier, au Canada, ces frais d’interchange s’élevaient jusqu’à 3 % de la valeur de la transaction. Devant la grogne de nombreux commerçants, ce taux a été réduit à 1,4 %. C’est mieux, mais ce n’est pas suffisant, explique Jean-Guy Côté.

« À une autre époque, ces frais couvraient les coûts de développement de l’infrastructure derrière le paiement par carte de crédit. De nos jours, ce développement est fait depuis longtemps, mais ils sont rares, les détaillants qui risquent de ne pas accepter le paiement par Mastercard ou Visa, dit-il. La question des cartes de crédit relève du gouvernement fédéral, c’est pourquoi nous en faisons notre principale demande électorale. »

D’ici la fin du mois, le CQCD compte envoyer directement à chacun des partis fédéraux en lice une missive leur enjoignant de promettre de mieux encadrer ces frais et de les ramener à un taux comparable à celui en vigueur ailleurs.

En Europe, les frais d’interchange sont de 0,5 %, voire plus bas. Le budget fédéral publié le printemps dernier par le gouvernement Trudeau promettait de s’attaquer à cette question, mais le scrutin du 20 septembre prochain a coupé court à l’adoption de mesures en ce sens.

Ce que souhaite le CQCD, c’est que le gouvernement élu le mois prochain règle pour de bon la question. « On voit que d’autres pays sont capables de bien encadrer [les frais d’interchange], nous espérons que le Canada y parviendra après les élections. »

Au diapason du reste du Canada

Les autres priorités électorales des détaillants québécois sont similaires à celles exprimées par la plupart des entreprises canadiennes.

En gros, le Québec inc. souhaite une sortie de crise pandémique la plus prévisible possible, où l’accent sera mis sur la transformation numérique et le respect de l’environnement. Avant cela, le futur gouvernement devra aussi régler le problème de la rareté de la main-d’œuvre.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) rappelle pour sa part l’importance de l’achat local dans la relance économique à venir, surtout lorsqu’il est question d’investissements publics. Acheter auprès d’entreprises d’ici est une solution simple à plus d’un problème — aide à la relance économique, réduction de la pollution causée par le transport, amélioration de la balance commerciale du pays, etc. —, dit le CPQ.

L’organisme estime d’ailleurs qu’Ottawa devrait investir davantage dans la relance des secteurs de l’aéronautique, du tourisme et de la restauration. Ces trois secteurs, les plus touchés par la pandémie au cours des 18 derniers mois, sont cruciaux pour la santé économique du Québec, souligne-t-il.

Ce sera toutefois plus facile à dire qu’à réaliser, puisque tout cela doit être fait sans trop hausser l’endettement du gouvernement, admet le p.-d.g. du CPQ, Karl Blackburn.

« La période postpandémique sera déterminante pour de nombreuses entreprises québécoises. Il faut s’assurer de libérer les barrières à la relance économique et soutenir les secteurs qui n’ont pas encore retrouvé leur pleine croissance. Néanmoins, il faut garder à l’œil l’état des finances publiques et le spectre de l’inflation », conclut-il.

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