Ottawa poussé à créer un marché des données bancaires ouvertes

La publication du rapport du comité consultatif par la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a généré des réactions pour la plupart positives dans le secteur financier et dans le monde des nouvelles technologies.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne La publication du rapport du comité consultatif par la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a généré des réactions pour la plupart positives dans le secteur financier et dans le monde des nouvelles technologies.

Le Canada traîne la patte dans l’adoption d’un cadre réglementaire qui permettrait à ses grandes banques d’accélérer leur virage numérique. En fait, le rapport du comité fédéral censé se pencher sur la question a lui-même été remis la semaine dernière avec un an de retard. Pas de surprise, alors, de constater qu’il recommande à Ottawa d’accélérer le pas pour ne pas rater la manne promise par cette transformation.

Le « système bancaire ouvert », ou « open banking », comme on l’appelle à l’international, est un phénomène émergent à la fois très simple et très complexe. Il s’agit de créer un environnement numérique sûr et ouvert où les consommateurs et les entreprises peuvent autoriser leur institution bancaire ou toute autre société du secteur financier à accéder à leurs informations financières. Cela comprend des données sur leurs actifs, leur portefeuille, leurs opérations financières, ainsi de suite.

En échange, les consommateurs canadiens tireraient profit d’une variété de nouveaux services qui les aideront avec leurs finances personnelles, explique le Comité consultatif sur le système bancaire ouvert.

Servir d’exemple

Ce système promet aux familles « un plus large éventail d’outils de planification budgétaire ou d’épargne », aux gens dont la situation financière est périlleuse « un accès à une aide à la gestion de leurs finances automatisé et à faible coût » et à ceux ayant un historique de crédit limité, comme les nouveaux arrivants, un accès rapide à du crédit selon leur historique de transactions financières ailleurs dans le monde.

Comme toute autre industrie dont le portrait est transformé par le numérique, la crainte du gouvernement — ou en tout cas, celle avancée par son comité pour en arriver à sa recommandation — est de rater le virage et de voir le secteur bancaire national perdre de sa compétitivité par rapport à ses homologues d’autres pays, dont les États-Unis.

« Assurer dès maintenant la mise en place d’un système bancaire ouvert permettra aux Canadiens et aux entreprises d’être mieux placés pour se rétablir des répercussions de la pandémie et prospérer. Le système financier du Canada sera prêt à soutenir la concurrence dans une économie numérique en évolution rapide et de plus en plus compétitive », peut-on lire dans ce rapport, qui recommande la mise en place par le gouvernement d’un cadre réglementaire favorisant les données bancaires ouvertes au plus tard début 2023.

Les données auxquelles les consommateurs et les entreprises ont présentement accès via l’application en ligne que leur propose leur institution bancaire devraient être au cœur de cette transformation, ajoute-t-on. Il s’agit de données « passives » qui peuvent être facilement protégées de la fraude ou d’une utilisation abusive ou mal intentionnée. Évidemment, un cadre réglementaire crédible devrait contenir des mesures relatives au respect de la vie privée et à la confidentialité des données manipulées.

La pandémie a démontré l’importance de ces services pour aider les familles et les entreprises à gérer leurs finances

Le consentement des utilisateurs propriétaires des données partagées devrait toujours être obtenu au préalable. Ces utilisateurs devraient également pouvoir contrôler quelles données sont partagées et de quelle façon elles le sont. Une seconde phase de déploiement pourrait avoir lieu passé cette date et porter sur des services évolués, telles l’automatisation de certaines transactions comme des paiements ou des virements ou la création et la fermeture de comptes bancaires.

Plus de « fintechs » encore

Ce cadre réglementaire, une fois qu’on aura analysé son impact sur le système bancaire canadien, devrait ensuitedirecteur utile pour transposer leconcept des données ouvertes dans d’autres secteurs de l’économie canadienne, ajoute le comité consultatif.

La publication du rapport du comité consultatif par la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a généré des réactions pour la plupart positives dans le secteur financier et dans le monde des nouvelles technologies. Le virage numérique assez généralisé de l’économie provoqué par un confinement de plusieurs mois a créé un contexte favorable à l’émergence de ce que l’Association des technologies et des données financières (FDATA) appelle la finance centrée sur l’utilisateur.

« Le secteur des technologies financières [“fintechs”] a soutenu les Canadiens durant la crise en leur offrant malgré tout un accès à du capital, des solutions de paiement et des services de comptabilité. La pandémie a démontré l’importance de ces services pour aider les familles et les entreprises à gérer leurs finances », assure Steve Boms, directeur général de FDATA.

Selon lui, ce rapport est une importante étape franchie par le Canada pour créer un marché de servicesfinanciers centrés sur les consommateurs comparable à ce qui se fait ailleurs dans le monde. C’est aussi un outil de plus pour favoriser l’émergence de nouvelles entreprises du secteur des technologies financières.

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