Une microbrasserie rassembleuse à Kahnawake

«Nous rêvions d’un endroit où des gens de toutes les origines se sentiraient à l’aise».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Nous rêvions d’un endroit où des gens de toutes les origines se sentiraient à l’aise».

La Kahnawake Brewing Company, ouverte en 2018, accueille autant des Mohawks que des résidents des villes environnantes, selon ses propriétaires. Rencontre avec un Autochtone et un allochtone qui ont fondé la première microbrasserie située dans une communauté autochtone au Québec.

« Quand nous avons construit cet établissement, nous rêvions d’un endroit où des gens de toutes les origines se sentiraient à l’aise. Nous servons des francophones, des anglophones, des gens de la communauté ici, à Kahnawake. »

Celui qui parle d’une voix rauque, accoudé à une table haute en bois de son commerce, est Mohawk. Son nom est Fred « Brooklyn » Leblanc, en référence à son passé dans la construction de gratte-ciel à New York. Et il constate que c’est mission accomplie. « Je vois ici des gens de toutes les origines et ça me rend heureux », dit-il.

Ce résultat, il ne l’a pas atteint seul. Avec un autre partenaire mohawk, il possédait la volonté et les finances nécessaires pour pouvoir lancer une microbrasserie, mais pas la maîtrise du houblon, des levures et du malt. C’est là qu’est entré en scène Andrew Stevens, un résident de la ville voisine de Châteauguay, amoureux de la bière, ancien employé d’un restaurant Les 3 brasseurs, en quête d’un défi à la hauteur de sa passion. Une connaissance en commun les a mis en contact.

« Ça a vraiment cliqué entre nous dès les premières rencontres. Nous sommes de trois générations différentes, mais nous sommes sur la même longueur d’onde », raconte M. Stevens pendant que son partenaire hoche la tête. « Je lui ai dit : “Tu prétends être un bon brasseur, alors montre-le-nous !” Oh boy ! Il l’a fait », renchérit M. Leblanc en rigolant. L’homme d’affaires souligne qu’ils offrent régulièrement de nouvelles bières. La première année, pas moins de 33 créations différentes ont pu être testées par des papilles aventureuses.

 

Un produit local, des inspirations internationales

Dans l’espace de production situé à l’arrière du restaurant, les cuves portent le nom des diverses villes qui inspirent le brasseur : Londres, Pilsen, Bruxelles, Montréal… Sur toutes les étiquettes qui attendent d’être apposées sur les canettes en aluminium, on reste toutefois à Kahnawake. On y voit des dessins du pont ferroviaire surnommé « Black Bridge », parallèle au pont Mercier, que les travailleurs mohawks ont fortement contribué à construire. « Tous les jeunes mohawks grimpent sur ce pont, prennent une bière assis en haut », assure l’homme d’affaires qui a grandi tout près.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La microbrasserie Kahnawake Brewing Company produit sa bière à l’arrière du restaurant-bar, aux abords de la route 138, au sud de Montréal..

Comme la brasserie est située en territoire mohawk, les permis applicables ont dû être obtenus auprès du conseil de bande de Kahnawake. « C’était un nouveau concept sur un territoire autochtone, alors ils ont dû tout écrire la réglementation à partir de rien », raconte M. Leblanc en sirotant son verre.

Aujourd’hui, les bières sont disponibles non seulement à la microbrasserie, mais aussi dans des dépanneurs et d’autres bars de Kahnawake. Ces produits n’étant pas soumis à la réglementation provinciale, ils ne peuvent toutefois pas être vendus à l’extérieur de la communauté autochtone. Cette réalité contribue à faire de la Kahnawake Brewing Company une destination de choix pour les amateurs. « Nos bières ont quand même voyagé jusqu’au Lac-Saint-Jean, en Gaspésie et en Ontario », dit M. Stevens.

Toutefois, M. Leblanc le répète, il est surtout fier de contribuer à faire tomber des barrières entre les communautés. « Nous ne pouvons pas vivre dans notre bulle, juge-t-il. Nous démontrons que nous pouvons travailler avec d’autres peuples. »

« Laissons la bière parler, et la nourriture aussi », lance M. Stevens en prenant une bouchée de burger. Qu’elles soient blanches, blondes, rousses, brunes ou noires, chez lui et ses collègues, toutes les pintes sont sœurs.



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