Une grève de plus en plus probable des agents frontaliers sème l’inquiétude

Certains moyens de pression sont envisagés, tels que des fouilles plus longues ou la non-perception des droits de douane et des taxes. 
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Certains moyens de pression sont envisagés, tels que des fouilles plus longues ou la non-perception des droits de douane et des taxes. 

Le déclenchement d’une grève des agents frontaliers canadiens semble maintenant inévitable, a prévenu mardi leur syndicat, qui accuse le fédéral d’avoir quitté la table de négociation à l’approche de l’échéance du 6 août. Une situation qui inquiète le milieu des affaires.

Les négociations entre les parties auraient pris fin au cours de la fin de semaine et seraient « au point mort », selon Claude Bouchard, du Syndicat des douanes et de l’immigration (SDI) et membre de l’équipe de négociation. « On veut retourner à la table de négo le plus rapidement possible et éviter une grève à partir de vendredi, mais présentement, on n’entend rien de notre employeur. Vendredi arrive vite. »

Il n’a pas été possible d’obtenir une réaction immédiate du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

Les agents frontaliers ont donné leur feu vert à une grève qui pourrait être déclenchée dès le 6 août. Les membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et du SDI sont sans contrat de travail depuis 2018. Près de 9000 travailleurs pourraient être en grève.

La majorité des agents frontaliers sont des travailleurs essentiels et devront continuer de travailler, mais ils pourraient adopter des moyens de pression qui auront un impact sur les échanges commerciaux, a prévenu M. Bouchard. Parmi les moyens de pression envisagés, il note des fouilles plus longues ou la non-perception des droits de douane et des taxes. « Ce n’est pas ce qu’on souhaite, mais s’il ne se passe rien, on n’aura pas le choix de réagir. »

La sécurité des Canadiens ne sera pas mise en danger, assure-t-il. Les douaniers continueront à se montrer vigilants en ce qui a trait aux activités criminelles, comme le trafic d’armes à feu et de drogue.

À l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), on souligne que 90 % des agents des services frontaliers de première ligne ont été désignés comme étant essentiels. « Cela signifie qu’ils continueront à offrir des services si une grève a lieu, commente Judith Gadbois-St-Cyr, porte-parole de l’ASFC, dans un courriel. Nous nous attendons à ce que nos agents remplissent leurs fonctions avec le plus haut degré d’intégrité et de professionnalisme. »

Outre les demandes financières que le SDI veut garder confidentielles, le syndicat souhaite que l’employeur offre un meilleur climat de travail et soutient qu’il y a eu plusieurs cas de harcèlement au sein de l’ASFC. On demande aussi la possibilité de prendre une retraite après 25 ans de services sans pénalité, comme les agents de la Gendarmerie royale (GRC) ou les gardiens de prison. On demande aussi la possibilité pour les employés de bureau de faire du télétravail.

Inquiétude du milieu des affaires

 

La perspective d’une grève cause de vives inquiétudes dans le monde des affaires. Une grève des agents frontaliers s’ajouterait à une série de revers, déplore Véronique Proulx, p.-d.g. des Manufacturiers et Exportateurs du Québec. « Ça a commencé par la grève du CN, souligne-t-elle. Après, il y a eu le blocus ferroviaire. Ensuite, la pandémie a eu beaucoup de répercussions sur notre capacité à nous approvisionner. Il y a eu deux grèves au Port de Montréal depuis un an. C’est une série d’événements qui ont été extrêmement difficiles pour le secteur manufacturier. »

L’industrie du camionnage vient à peine de se remettre de ces événements, renchérit Marc Cadieux, p.-d.g. de l’Association du camionnage du Québec. « Ça nous a pris plusieurs mois à nous remettre de tous ces retards-là. C’est un bris important dans la chaîne de logistique quand des événements comme ceux-là surviennent. »

C’est une série d’événements qui ont été extrêmement difficiles pour le secteur manufacturier

Au moment où l’industrie du camionnage doit composer avec une pénurie de main-d’œuvre, une grève viendrait ajouter un irritant supplémentaire pour les camionneurs qui traversent la frontière. « Il s’agit d’une cohorte de chauffeurs assez limitée, pour plusieurs raisons, explique M. Cadieux. En plus de l’éloignement des proches, ils doivent vivre avec les contraintes réglementaires des systèmes frontaliers. »

Mme Proulx implore les parties d’éviter un conflit de travail. Il reste encore du temps avant la grève et elle dit avoir bon espoir que les parties s’entendent. « Je pense que le gouvernement est conscient de l’impact qu’aurait une grève au moment où on tente de relancer l’économie. »

 

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