Débuts difficiles à Wall Street pour Robinhood

«Quand nous disons que nous voulons démocratiser l’accès à la finance, ce n’est pas juste un slogan pour nous», a fait valoir Vlad Tenev (à gauche), cofondateur avec Baiju Bhatt (à droite).
Photo: Mark Lennihan Associated Press «Quand nous disons que nous voulons démocratiser l’accès à la finance, ce n’est pas juste un slogan pour nous», a fait valoir Vlad Tenev (à gauche), cofondateur avec Baiju Bhatt (à droite).

La plateforme de courtage Robinhood a connu une première journée de cotation difficile à la Bourse de New York, un raté spectaculaire pour celui qui se présente comme le trublion de la finance.

Après un début de cotation à 38 $US, le titre a perdu jusqu’à 12 % avant de terminer la séance en baisse de 8,37 % à 34,82 $US. C’est l’un des plus mauvais débuts de l’histoire boursière récente pour une entreprise de cette taille.

Certains analystes ont d’ailleurs jugé sa valorisation de 29 milliards de dollars trop optimiste, en particulier au regard de celles d’autres sociétés de courtage cotées, comme Schwab. Et si Robinhood peut se targuer d’un portefeuille de clients imposant, avec plus de 22 millions d’utilisateurs, le montant détenu par compte est bien inférieur à celui de ses concurrents, ont souligné ses critiques.

Les variations importantes de prix n’ont rien d’exceptionnel pour un premier jour de cotation, en particulier pour de jeunes sociétés au modèle économique novateur. Airbnb avait ainsi plus que doublé de valeur à sa première séance, en décembre 2020. À l’inverse, Uber avait fini en baisse de plus de 7 % au soir de sa première journée de cotation, en mai 2019.

Mais peut-être plus encore que d’ordinaire, ces premières heures de cotation étaient un test — pas forcément concluant, finalement — pour ce nouvel acteur du courtage qui entend bousculer les géants de Wall Street et démocratiser l’accès au marché.

En décidant d’octroyer de 20 % à 35 % des actions nouvelles directement à ses utilisateurs, quand la plupart des titres sont en général attribués à des investisseurs institutionnels, Robinhood faisait un pari. Elle s’exposait ainsi à la possibilité que nombre de ces clients cherchent à vendre immédiatement leurs titres en espérant dégager un profit, un risque d’autant plus important que les utilisateurs de la plateforme sont beaucoup plus actifs, en moyenne, que des épargnants ordinaires.

L’application, qui a popularisé le courtage sans commission et contribué à relancer l’intérêt des petits épargnants pour la Bourse, va lever 1,89 milliard de dollars à l’occasion de cette opération.

N° 1 dans cinq ans ?

« Quand nous disons que nous voulons démocratiser l’accès à la finance, ce n’est pas juste un slogan pour nous », a fait valoir Vlad Tenev, cofondateur avec Baiju Bhatt, sur le plateau de la chaîne CNBC. « Dans cinq ans, nous voulons que Robinhood soit l’application financière qui inspire le plus confiance et qui soit la plus pertinente culturellement dans le monde », a-t-il lancé.

Certains, dont le régulateur américain des marchés, la SEC, s’interrogent à voix haute sur la viabilité du modèle économique de cette plateforme. Car Robinhood finance l’absence de commissions en sous-traitant ses larges volumes d’ordres à des intermédiaires qui le rétribuent pour cela. Une pratique légale, mais opaque et potentiellement source de conflit d’intérêts.

« Tous les courtiers ne font pas cela aux États-Unis. C’est interdit au Royaume-Uni, au Canada et en Australie, et cela n’existe pas dans la plupart des pays de l’Europe », a récemment souligné le nouveau président de la SEC, Garry Gensler, qui se penche sur ce dossier. Dans son avis de présentation aux futurs actionnaires, Robinhood reconnaît que son activité est soumise à « des lois complexes et changeantes » et à « des enquêtes réglementaires ». « Des changements dans ces lois […] pourraient nuire à [notre] activité », admet-il.

Dans cinq ans, nous voulons que Robinhood soit l’application financière qui inspire le plus confiance et qui soit la plus pertinente culturellement dans le monde

 

Robinhood a accédé à la notoriété mondiale en janvier, lors de la saga GameStop qui a vu des milliers de petits actionnaires faire grimper l’action de cette chaîne de magasins de jeux vidéo de 17 $US à près de 500 $US en quelques jours.

Incapable de gérer le flux des ordres, Robinhood a dû bloquer certaines transactions, au risque d’imploser lui-même, provoquant l’ire de nombreux boursicoteurs. Une partie de ce milieu très actif sur les réseaux sociaux s’est alors retournée contre la plateforme, accusée de protéger les spéculateurs institutionnels de Wall Street. Jeudi, sur le site Reddit, beaucoup appelaient ainsi à ne pas acheter d’actions Robinhood pour rendre au courtier la monnaie de sa pièce.

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