Les coffres de Boeing se renflouent tranquillement

Boeing s’attend toujours à un retour du trafic de passagers au niveau d’avant la pandémie en 2023 ou 2024.
Photo: Olivier Douliery Associated Press Boeing s’attend toujours à un retour du trafic de passagers au niveau d’avant la pandémie en 2023 ou 2024.

Boeing se remet peu à peu du trou d’air de la pandémie et des déboires du 737 MAX et, pour la première fois depuis 2019, a gagné de l’argent au deuxième trimestre et décidé dans la foulée de ne pas supprimer davantage de postes.

Face à la chute des commandes d’avions qui avait accompagné la propagation de la COVID-19, le constructeur aéronautique américain s’était résolu à faire baisser son effectif total à 130 000 employés fin 2021, contre 160 000 début 2020. La situation s’améliorant, il va finalement rester au niveau d’emploi actuel, à environ 140 000 salariés, a précisé le directeur général Dave Calhoun dans un message aux employés publié mercredi. Pour la suite, les embauches dépendront de « la reprise du marché des avions de ligne, des relations commerciales avec la Chine et de la propre performance » du groupe, a-t-il précisé.

Les finances commencent déjà à s’assainir : Boeing a dégagé un bénéfice net de 587 millions d’avril à juin, contre une perte de 2,4 milliards sur la même période un an plus tôt. Son chiffre d’affaires a progressé de 44 % pour atteindre 17 milliards.

« Pour la première fois depuis longtemps, la situation semble ne pas s’aggraver chez Boeing », a commenté Peter McNally du cabinet Third Bridge. Le nombre d’appareils que le groupe a encore en stock reste un peu élevé, estime-t-il. Mais avec la hausse du chiffre d’affaires et le regain de commandes, les stocks devraient baisser et la dette s’amenuiser d’ici la fin de l’année.

Des profits grâce à la défense

Boeing peut enfin compter sur les livraisons de son avion-vedette, le 737 MAX, qui a été cloué au sol pendant 20 mois à la suite de deux accidents mortels avant d’être autorisé progressivement à revoler dans le monde depuis fin 2020. Le constructeur en a depuis acheminé 130 exemplaires aux clients et a reçu 280 commandes.

La division d’aviation commerciale de Boeing reste toutefois déficitaire. Le groupe doit en effet parallèlement faire face à la suspension des livraisons du long-courrier 787 Dreamliner après la découverte de nouveaux vices de fabrication, le temps d’inspecter les avions en production. Or, c’est au moment des livraisons que les clients paient l’essentiel de leur facture.

140 000
C’est le nombre de salariés que possède Boeing actuellement, en comparaison de 160 000 début 2020, avant la pandémie. L’entreprise compte rester au niveau d’emploi actuel.

Pour gagner de l’argent, Boeing se repose sur sa division défense, espace et sécurité, dont le chiffre d’affaires a progressé de 4 % sur le trimestre et dont les bénéfices ont fortement augmenté.

La division de services aux clients, dont les revenus ont augmenté de 17 %, est aussi rentable. Avec la reprise du trafic aérien, les compagnies ont besoin de plus de maintenance sur leurs appareils.

Le patron de Boeing s’est félicité, dans un communiqué, des « progrès importants » réalisés par le groupe et de « l’amélioration de l’environnement pour l’aviation commerciale ». Mais, a-t-il souligné, « nous surveillons de près les taux de cas de COVID-19, la distribution des vaccins et l’état du commerce mondial, devenus des indicateurs clés pour la stabilité du secteur ».

Boeing s’attend toujours à un retour du trafic de passagers au niveau d’avant la pandémie en 2023 ou 2024. Le constructeur estime toutefois qu’à plus court terme, la situation reste compliquée par la virulence du variant Delta, et les mesures de restrictions de nouveau mises en place par certains pays.

Regard vers la Chine

« Je ne pense pas que cela aura de sévères répercussions » sur le secteur, a néanmoins estimé M. Calhoun dans une interview à CNBC. Il se montre plus inquiet des relations commerciales avec Pékin, les autorités chinoises n’ayant toujours pas autorisé le 737 MAX à revoler et Boeing n’ayant pas reçu de grosses commandes de compagnies du pays depuis plusieurs années.

Airbus non plus, a souligné M. Calhoun. « Mais notre gouvernement est bien conscient que si on laisse le marché chinois nous échapper, les Européens vont prendre la place, a-t-il ajouté. Et c’est ce qui déterminera qui est le numéro un mondial. »

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