Le microcrédit, un levier pour s’intégrer

La directrice générale de Microcrédit Montréal, Indu Krishnamurthy, veut aider à l’intégration des immigrants au Québec.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La directrice générale de Microcrédit Montréal, Indu Krishnamurthy, veut aider à l’intégration des immigrants au Québec.

Aux prises avec la pénurie de main-d’œuvre, le Québec est en quête de travailleurs qualifiés… Pourtant, des personnes immigrantes formées à l’étranger qui doivent faire reconnaître leurs compétences ici peuvent être freinées par les contraintes financières auxquelles elles font face à leur arrivée. En offrant de petits prêts, l’organisme communautaire Microcrédit Montréal veut améliorer la vie de ces nouveaux arrivants.

« Le microcrédit est un outil précieux pour les personnes issues de l’immigration et de la diversité, car elles sont souvent exclues des réseaux de financement traditionnels, indique Indu Krishnamurthy, directrice générale de l’organisme. Elles ont parfois un manque, une absence ou un mauvais historique de crédit, ou encore un manque d’actifs pour donner une garantie. »

En octroyant des prêts d’honneur qui oscillent généralement aux alentours de 7000 $ — mais qui peuvent parfois grimper jusqu’à 20 000 $ —, l’organisme, anciennement connu sous le nom de l’Association communautaire d’emprunt de Montréal (ACEM), soutient autant les travailleurs étrangers qui veulent faire reconnaître leurs diplômes ici que ceux qui souhaitent se lancer en entrepreneuriat.

Surmonter les obstacles

Comme de nombreux nouveaux arrivants, Clewerson Vieira et sa conjointe, originaires du Brésil, ont rencontré des obstacles financiers à leur arrivée en sol québécois en 2018.

« J’ai été formé au Brésil comme infirmier il y a près de vingt ans déjà, mais quand je suis arrivé ici, mon diplôme n’a pas tout de suite été reconnu et il a fallu que je retourne au cégep pour une formation de huit mois, afin de faire reconnaître l’équivalence de mes compétences », raconte M. Vieira.

Forcé de retourner sur les bancs d’école pour exercer son métier, M. Vieira a rapidement eu besoin d’argent pour s’acheter des livres, des vêtements propres de travail, ou payer le transport pour se rendre à ses cours. « J’avais un compte dans une banque, mais je savais que ce serait impossible d’emprunter, car je n’avais pas d’emploi ni d’historique », souligne celui qui a alors pensé à trouver une « petite job temporaire chez Walmart ou Costco pendant un an », le temps d’économiser de l’argent.

Clewerson Vieira a ensuite décidé de faire appel à l’aide de Microcrédit Montréal, après qu’un ami lui eut suggéré de le faire. « J’ai pu emprunter un montant de 5000 $ qui m’a permis de suivre mes cours, en plus de faire les démarches pour l’inscription à l’ordre. » Une somme d’argent qu’il continue à rembourser « tranquillement », grâce à son nouvel emploi d’infirmier à Québec.

Pratiquer son métier ici aurait-il été possible sans l’aide du microcrédit ? « Oh ! Je crois que ça aurait été beaucoup plus difficile. Peut-être pas complètement impossible, mais difficile. Cela aurait impliqué encore plus de sacrifices, alors qu’on en fait déjà beaucoup en tant qu’immigrants », estime M. Vieira.

« Un succès total »

Depuis Val-d’Or où il habite, Ali Matunga Tshibuabua contemple lui aussi avec fierté le chemin qu’il a parcouru depuis son arrivée au Québec. L’ingénieur de formation, originaire de la République démocratique du Congo, y a largué ses amarres en septembre 2015 avec sa conjointe et ses trois enfants.

« Au départ, je ne pouvais pas exercer mon métier, car je n’étais pas inscrit à l’Ordre des ingénieurs du Québec. J’ai donc dû entreprendre des démarches pour suivre des études à Polytechnique Montréal », explique celui qui a fini par intégrer l’Ordre en 2017.

Pour son inscription à l’Ordre, Ali Matunga Tshibuabua a eu besoin d’un peu d’argent. « Mais, comme j’étais étudiant à temps plein et qu’il fallait subvenir aux besoins de ma famille, c’était difficile de réunir ce montant, surtout que je n’avais pas d’historique de crédit avec les banques », souligne-t-il.

Grâce à une enveloppe de 2000 $ prêtée par Microcrédit Montréal, l’ingénieur a pu payer les coûts associés au dépôt de son dossier, aux examens et à l’inscription à l’Ordre, une fois lesdits examens réussis.

« Ça a été un succès total. Vraiment un succès total, répète-t-il. Ça m’a aidé à décrocher le poste que j’occupe aujourd’hui », estime celui qui a rapidement pu rembourser son emprunt après avoir obtenu un emploi « bien rémunéré » dans le secteur minier.

Comme pour Clewerson Vieira et Ali Matunga Tshibuabua, « le microcrédit aide des gens à réaliser leurs rêves, en plus de donner un gros coup de pouce aux entreprises québécoises en quête de travailleurs qualifiés », croit Indu Krishnamurthy.

En mars dernier, Microcrédit Montréal a reçu 2 millions de dollars du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec pour la relance du programme Professionnels formés à l’étranger (PFE), en collaboration avec la Caisse d’économie solidaire Desjardins. « On a du capital à prêter ! On veut que les gens sachent qu’ils peuvent frapper à notre porte pour avoir du soutien », affirme Mme Krishnamurthy.

Depuis 30 ans, Microcrédit Montréal dit avoir prêté 5,8 millions de dollars et accompagné plus de 10 000 personnes.

Le microcrédit aide des gens à réaliser leurs rêves

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