L’Internet résidentiel coûtera plus cher à partir du mois prochain

À contre-courant de la tendance mondiale, Internet coûtera plus cher au Canada dans les prochains mois. La hausse des tarifs de gros provoquée par une récente décision du CRTC ne décourage pas la PME québécoise Oxio, qui mise sur un modèle populaire ailleurs dans le monde pour prendre de l’expansion.

Les forfaits d’accès à Internet augmenteront de 10 à 20 $ un peu partout au Canada à partir du mois prochain, ont indiqué ces derniers jours au Devoir des fournisseurs indépendants qui doivent absorber une importante hausse des tarifs de gros.

À la fin mai, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a fait annuler son jugement précédent qui imposait aux sociétés propriétaires de leur propre infrastructure des tarifs réduits pour accéder à leur bande passante. L’organisme fédéral permet à ces sociétés de revenir aux tarifs plus élevés datant d’avant 2019 pour qu’elles puissent continuer d’investir dans leurs réseaux.

Le CRTC fait fausse route, estime Marc-André Campagna, p.-d.g. et cofondateur de la société Oxio, en se basant sur ce qu’il observe depuis quelques années dans plusieurs autres pays. Cette décision se prend au détriment des fournisseurs régionaux ou même virtuels et de leurs nombreux clients. Surtout, elle freine l’innovation dans une industrie qui en a bien besoin, selon lui.

Oxio est un fournisseur montréalais de services de télécom en libre-service qui vient tout juste de lever 25 millions de dollars pour financer son expansion à la grandeur du Canada et même des États-Unis. Depuis sa création en 2019, la PME de 60 employés a en tout récolté 40 millions pour déployer une solution automatisée et en libre-service, caractérisée par un portail Web où ses clients peuvent gérer eux-mêmes l’état de leurs services. C’est aussi une façon de réduire ses coûts d’exploitation et d’offrir des prix compétitifs, malgré le coût plus élevé que prévu que lui coûtera son accès aux infrastructures de Vidéotron, et prochainement de Bell et de Shaw. Comme tous les autres fournisseurs indépendants, Oxio est un revendeur.

Son p.-d.g., Marc-André Campagna, croit qu’il existe une solution toute simple pour sortir le secteur canadien des télécoms de l’impasse dans laquelle il se trouve actuellement : comme dans plusieurs autres marchés dans le monde, y compris aux États-Unis, les propriétaires des infrastructures devraient se concentrer sur la revente à des opérateurs virtuels qui, eux, font affaire avec le public.

Ça a l’air simple, mais ça ne se fera pas tout seul. Les grands fournisseurs canadiens tentent d’éviter depuis au moins deux décennies de devenir de simples opérateurs d’infrastructure. Les plus récentes décisions du CRTC vont d’ailleurs dans ce sens, même si c’est complètement à contre-courant de la tendance mondiale.

Oxio compte donc consacrer une partie de l’argent récolté dans son premier grand cycle d’investissement dans des services innovants afin de prouver au CRTC qu’il gagnerait à faire plus de place aux fournisseurs virtuels et indépendants. « On parle beaucoup des coûts des réseaux actuels, mais on ne parle pas assez du rôle que peut avoir l’innovation pour générer davantage d’investissement. Ces services seraient très positifs pour les télécoms », dit M. Campagna.

Surtout, ils permettraient aux grosses sociétés nationales d’amoindrir le choc attendu entre leurs réseaux et ceux de fournisseurs étrangers qui prévoient passer par des réseaux de satellites pour offrir à la grandeur du Canada un accès à Internet très abordable.

On parle beaucoup des coûts des réseaux actuels, mais on ne parle pas assez du rôle que peut avoir l’innovation pour générer davantage d’investissement. Ces services seraient très positifs pour les télécoms.

Oxio voit d’un bon œil l’arrivée de ces réseaux signés Amazon et SpaceX. La société canadienne Telesat déploiera elle aussi une technologie similaire. Oxio espère pouvoir étendre son propre service à leur infrastructure dès que possible, pour desservir des régions du continent où cette façon d’accéder à Internet sera la plus efficace. « C’est notre vision du futur et c’est aussi ce qu’on observe ailleurs dans le monde », dit Marc-André Campagna. Dans 5 à 10 ans, les grands réseaux actuels ne seront plus ce qu’ils sont aujourd’hui, selon lui. « Surtout qu’ils ont prouvé qu’ils n’étaient pas les plus innovants… »

L’innovation par les plus petits

En télécommunications comme ailleurs, l’innovation vient généralement des plus petites entreprises. À condition de leur laisser un peu d’espace pour respirer. C’est exactement ce que souhaitent les petits fournisseurs de service Internet canadiens réunis au sein de l’organisme Opérateurs de réseaux concurrentiels canadiens (ORCC).

L’ORCC a formellement demandé au gouvernement fédéral d’annuler la récente décision du CRTC portant sur les tarifs de gros pour pouvoir demeurer compétitif. En conséquence de cette décision, les coûts que ses membres doivent tous payer pour accéder aux infrastructures des grands fournisseurs que sont notamment Bell, Rogers et Vidéotron pourraient doubler dans bien des cas.

Les mesures prises pour absorber cette hausse de coût varient d’un fournisseur à l’autre. Certains ont prévu couper dans leurs effectifs ou les espaces de travail pour réduire leurs coûts. D’autres devront hausser le prix des forfaits offerts aux nouveaux clients qui migreront vers leur plateforme à partir du mois prochain. La hausse anticipée pourrait varier entre 10 et 20 $ par mois, selon la nature et le nombre de services auxquels les clients sont abonnés.

Cette hausse va à l’encontre de la promesse du Parti libéral du Canada datant des élections de 2019 de faire baisser la facture de ces services de 25 % d’ici 2023.

Surtout, elle est à contresens de la baisse régulière et généralisée du coût de la téléphonie et des services Internet observée à l’échelle mondiale. Alors qu’il est en déclin constant ailleurs dans le monde, le revenu moyen généré par utilisateur — un barème de référence dans le secteur des télécoms — a augmenté au Canada au cours des dix dernières années.

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