Des batteries recyclées à Montréal pour les voitures électriques de demain

Depuis un an et demi, Recyclage Lithion démontre l’efficacité de sa méthode brevetée dans une usine d’Anjou.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Depuis un an et demi, Recyclage Lithion démontre l’efficacité de sa méthode brevetée dans une usine d’Anjou.

L’électrification du transport est, en soi, une transition motivée par la cause environnementale. Mais cette solution à la pollution atmosphérique engendre au moins un autre genre de pollution : celle causée par les vieilles batteries au lithium en fin de vie.

L’entreprise montréalaise Seneca prétend régler 95 % du problème grâce à un procédé de recyclage unique au monde.

Ce procédé de recyclage a essaimé au sein d’une seconde société appelée Recyclage Lithion. Il a récemment été reconnu de façon exceptionnelle par l’Ordre des ingénieurs du Québec, qui lui a accordé quatre prix en mai dernier, du jamais vu.

Un modèle à inventer

Et ça arrive à point, car les choses bougent rapidement dans ce secteur qui n’existait pas il y a quatre ans. « Le modèle est à inventer. Quand nous avons lancé l’idée en 2017, personne ne parlait du recyclage des batteries des véhicules électriques. Aujourd’hui, il y a un intérêt de l’ensemble de l’industrie », assure Émilie Nadeau, ingénieure et associée chez Seneca, également directrice de projet pour Lithion.

Depuis un an et demi, la société démontre l’efficacité de sa méthode brevetée dans une usine d’Anjou. D’une capacité annuelle de 200 tonnes, cette usine sert de test en vue de la commercialisation officielle du procédé, d’ici 2023.

Quand elle ouvrira, l’usine grandeur nature que Lithion souhaite construire pourra extraire 95 % des matériaux contenus dans près de 8000 tonnes de batteries usagées. Déjà, l’entreprise a conclu une entente avec Hyundai Canada pour récupérer les batteries de ses vieux véhicules électriques et hybrides. Lithion dit être en discussions avec d’éventuels partenaires et investisseurs pour boucler le montage financier devant mener à la construction de cette usine.

L’objectif de l’entreprise n’est toutefois pas de devenir un recycleur doté d’énormes usines vers lesquelles seraient acheminées les vieilles batteries de tout le continent. Pour réduire au minimum l’empreinte environnementale de ses propres activités, Lithion préfère vendre sa technologie sous licence à des tiers, qui recycleront eux-mêmes les batteries récupérées localement.

Responsabiliser les constructeurs

Les déchets industriels des fabricants de batteries sont aussi dans la mire de Lithion. De 30 à 50 % de leur production est rejetée : juste là, le potentiel de recyclage est énorme, souligne-t-on. « Ce sera notre principale source, en attendant un plus grand nombre de véhicules électriques sur la route », indique d’ailleurs Émilie Nadeau.

Ces matériaux (lithium, fer, cobalt et aluminium) ont de nombreux usages. Et risquent d’être prisés — une fois de plus — des fabricants de batteries neuves, car le procédé de recyclage de Lithion est l’un des rares à produire des matières premières pouvant entrer à nouveau dans la fabrication de batteries neuves.

La présence accrue de matériaux recyclés dans les batteries neuves sera d’ailleurs nécessaire plus tôt que tard: l’Union européenne imposera un seuil minimal dès 2027 pour rendre le procédé de fabrication plus abordable et plus écologique.

Ni le Canada ni le Québec ne songent pour l’instant à adopter une politique du genre, mais le recyclage fait partie des plans pour accélérer l’électrification des transports. Québec le souligne d’ailleurs clairement dans sa stratégie de valorisation des métaux et minerais critiques, publiée l’automne dernier.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles a également reçu favorablement les recommandations de l’organisme Propulsion Québec, qui propose de mettre en place un mécanisme de « responsabilité élargie des producteurs », comme c’est déjà le cas dans l’industrie automobile avec les huiles et les pneus. Du côté de Lithion, Émilie Nadeau voit d’un bon œil une telle réglementation. « L’industrie le ferait quand même, mais une norme gouvernementale pourrait accélérer le mouvement », dit-elle

D’ici 2050, Propulsion Québec estime que 70 % des véhicules nord-américains seront électriques.

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