Surchauffe du côté des fusions et acquisitions d’entreprises

Le rachat par Microsoft du géant de la reconnaissance vocale numérique Nuance Communications, d’une valeur de 19,7 milliards, est l’une des transactions majeures des six derniers mois.
Photo: Altaf Qadri Associated Press Le rachat par Microsoft du géant de la reconnaissance vocale numérique Nuance Communications, d’une valeur de 19,7 milliards, est l’une des transactions majeures des six derniers mois.

Après cinq années de stagnation, le marché mondial des fusions et acquisitions d’entreprises est passé en surchauffe au cours des six premiers mois de 2021. Une tendance haussière qui s’est produite deux fois ces 20 dernières années, tout juste avant une importante crise financière.

Tous secteurs confondus, la valeur du marché des fusions et acquisitions pour les deux premiers trimestres de 2021 a atteint 2800 milliards de dollars américains, un record absolu observe la firme spécialisée Refinitiv. « Cela fait 40 ans que nous suivons le marché des fusions et acquisitions et jamais auparavant nous n’avons vu une telle cadence de transactions, tant en valeur qu’en quantité », affirme par courriel le directeur de la recherche de Refinitiv, Matt Toole.

Les deux dernières fois où les fusions et acquisitions ont établi des niveaux records, tant dans leur nombre que dans leur valeur totale, l’économie mondiale était à l’aube de crises financières majeures. Amorcée dans la seconde moitié de 2007, la crise financière mondiale de 2008 a provoqué ce qui est depuis reconnu comme la plus sévère crise économique depuis la Grande Dépression du début du XXe siècle.

Le sommet précédent dans les fusions et acquisitions est survenu en 1999 et 2000, tout juste avant l’éclatement de la bulle techno de la fin du dernier millénaire. Cette bulle était le produit d’une longue phase de spéculation boursière à propos des premières sociétés à avoir adopté l’Internet pour mener leurs affaires, plusieurs d’entre elles générant pourtant très peu de revenus.

 

Longévité exceptionnelle

Cette fois, c’est peut-être différent, nuance toutefois M. Toole. Le cycle actuel de fusions et d’acquisitions s’est amorcé en 2014. Et bien qu’il partage plusieurs similitudes avec ceux terminés en 1999 et 2007, il se démarque par sa longévité et, surtout, par le fait qu’il a surmonté plusieurs embûches qui auraient pu signer sa fin.

« Le cycle actuel s’est étiré plus longtemps que quiconque aurait pu prédire : au-delà du Brexit, de l’élection de Trump, des guerres commerciales et de l’élan protectionniste de plusieurs gouvernements, dit-il. Je dirais que ce niveau d’activité élevé en sortie de pandémie est dans une catégorie à part. Il est très difficile de prédire quand et comment ce cycle se terminera, même si tout le monde demeure aux aguets. »

Les taux d’intérêt actuellement historiquement très bas facilitent l’endettement massif des entreprises désireuses de réaliser des transactions de grande envergure. Et la reprise économique ajoute une dose d’optimisme à ce portrait d’ensemble. Cela laisse croire que l’horizon demeure dégagé, mais tout peut changer rapidement, ajoute l’analyste.

« Les politiques fiscales, monétaires et réglementaires qui seront adoptées en deuxième moitié d’année pourraient forcer le marché à s’ajuster, sinon les conditions demeurent favorables à ce que la tendance se poursuive. »

Le Canada n’y échappe pas

Comme à la fin des années 1990, c’est le secteur mondial des technologies qui mène la charge des fusions et acquisitions en 2021. Les entreprises technologiques représentent environ le quart de toutes les transactions survenues depuis le début de l’année. La valeur des transactions dans ce seul créneau s’élève à 671 milliards de dollars américains, selon la firme spécialisée Refinitiv. Cette somme à elle seule est supérieure à la valeur du marché total des fusions et acquisitions pour l’ensemble du dernier trimestre de 2020.

Une des transactions majeures des six derniers mois est justement le rachat par Microsoft du géant de la reconnaissance vocale numérique Nuance Communications, d’une valeur de 19,7 milliards.

Le Canada n’échappe pas à la tendance. Toujours selon Refinitiv, près de 2000 entreprises canadiennes ont été impliquées dans le marché des fusions et acquisitions depuis le début de l’année. Même en retirant de l’équation les transactions mineures, la valeur du marché durant les premiers mois de l’année a atteint les 160 milliards de dollars, un sommet.

L’offre d’acquisition par Rogers de Shaw Communications, d’une valeur de 26 milliards, a contribué à hausser la valeur de ce marché. Les entrées en Bourse effectuées à travers une société d’acquisition à vocation spécifique se sont avérées également très populaires au cours des derniers mois. La société Lion Électrique, établie à Saint-Jérôme, a notamment profité de cette méthode plus tôt ce printemps pour récolter 490 millions de dollars.

On comptabilise également dans ces statistiques les essaimages. Cela comprend donc l’entrée en Bourse de Telus International. L’ancienne filiale du fournisseur de services de télécommunications Telus, qui se spécialise dans l’offre de services de cybersécurité, de marketing numérique et de gestion des réseaux sociaux pour des sociétés comme Google, TikTok et Uber a vu sa valeur établie à 8,5 milliards de dollars au moment de son arrivée sur le parquet de la Bourse de Toronto, en février dernier.

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