La télévision autochtone pour tous

Monika Ille, directrice générale du Réseau de télévision des peuples autochtones du Canada, connu sous le sigle APTN
Photo: Monika Ille Monika Ille, directrice générale du Réseau de télévision des peuples autochtones du Canada, connu sous le sigle APTN

Les stations de télévision canadiennes font face à d’énormes défis pour maintenir leurs cotes d’écoute et leurs revenus. Pour un réseau de télévision autochtone, les défis sont encore plus grands, affirme Monika Ille, directrice générale du Réseau de télévision des peuples autochtones du Canada, connu sous le sigle APTN. Mme Ille, qui est d’origine abénaquise d’Odanak, constate toutefois un intérêt croissant pour le contenu autochtone au pays.

Réflexions dirigées sur différents sujets

Les médias autochtones

Il y a des journaux et des stations de radio et de télévision dans des communautés autochtones partout au Canada. Ces médias continuent d’ailleurs de se développer. En janvier, par exemple, la chaîne en inuktitut Uvagut TV a été lancée pour le peuple inuit. D’après Monika Ille, ces médias autochtones jouent un rôle extrêmement important, mais souvent sous-estimé.

« Les gens pensent que parce qu’on est un réseau de télé autochtone, on s’adresse seulement aux Autochtones. Mais non, nos histoires sont bonnes et s’adressent à tout le monde. On donne la parole à des voix peu entendues, selon notre point de vue unique et en brisant les stéréotypes. Il y a des histoires tristes, mais aussi des histoires de succès, alors que les autres médias aiment parfois plus le sensationnalisme et vont couvrir les barrages routiers, mais pas les belles histoires. »

« Par ailleurs, on développe de la main-d’œuvre, des talents autochtones en création télévisuelle, en travaillant avec eux et en diffusant leur contenu. On fait aussi la promotion des langues autochtones, dont plusieurs sont en voie d’extinction. La langue abénaquise, par exemple, n’est toujours parlée que par une poignée de personnes. Ma mère défend cette langue comme elle le peut. Elle l’a enseignée pendant plus de dix ans. Malheureusement, je ne la parle pas couramment. Mais notre télé aide à la valoriser, alors que, pendant des années, les gens cachaient qu’ils étaient Indiens. Maintenant, on retrouve notre fierté. »

Quelle émission en français mettant en vedette des Autochtones recommanderiez-vous à nos lecteurs ?

Il y a une belle série diffusée sur l’APTN avec le chef cuisinier Chuck Hughes, Chuck et la cuisine des Premiers Peuples. Il se rend dans les communautés, rencontre les gens et cuisine de la bouffe du terroir avec eux. Ça va au-delà du show de cuisine, parce qu’il parle de culture, de famille, de traditions. Ça va plaire à la fois aux Autochtones et aux non-Autochtones.

Monika Ille

La croissance de l’entrepreneuriat autochtone

Le nombre de travailleurs autonomes et d’entrepreneurs autochtones au Québec est passé de 5115 en 2011 à environ 10 000 aujourd’hui, selon une compilation du Conseil canadien de l’entreprise autochtone effectuée pour le compte de la Banque de Montréal et de la Fédération des chambres de commerce du Québec. C’est une croissance qui enthousiasme Mme Ille.

« La Banque de Montréal m’a approchée, il y a vraiment un intérêt de leur part de collaborer avec nous pour faire une série sur l’entrepreneuriat autochtone. On est au début du travail, mais on veut vraiment le faire. Je trouverais ça extraordinaire de donner des outils, des ressources, des modèles à ceux qui voudraient se lancer en affaires. Les gens ont besoin de modèles pour se dire : “Lui, il me ressemble et il est capable de faire ça. Donc je suis capable aussi.” Les jeunes ont plein d’idées impressionnantes. »

Les collaborations d’affaires entre Autochtones et allochtones

Un récent rapport sur les relations économiques entre allochtones (non Autochtones) et Autochtones, intitulé « Bâtir un capital de confiance », conclut à la nécessité d’encourager les projets d’affaires communs entre entreprises et communautés de ces deux groupes. Dans le milieu de la télédiffusion, de tels rapprochements ont déjà cours régulièrement.

« La collaboration entre diffuseurs, ça aide le producteur avec son financement, ça donne une plus grande visibilité au projet. On a des émissions avec Télé-Québec et Radio-Canada… On travaille sur une belle série avec Canal D, Premier contact. On prend des gens qui ont des opinions assez tranchées envers les Autochtones et on les amène dans les communautés. Au cours de la série, ils apprennent à connaître et à apprécier les Autochtones. »

« Mais souvent, quand des producteurs autochtones vont voir d’autres diffuseurs, ils se font dire d’aller voir l’APTN. Pourtant, on ne peut pas prendre tous les projets ! Et pourquoi une histoire autochtone ne serait-elle pas intéressante pour d’autres publics ? Heureusement, on sent que ça change, que les Canadiens veulent apprendre à connaître les peuples autochtones. On essaie de développer des partenariats à long terme. On espère que l’intérêt va persister. J’ose croire que ça va amener une meilleure connaissance des deux côtés et mettre fin aux préjugés. »

En un clin d’oeil

Le Réseau de télévision des peuples autochtones offre une programmation de nouvelles, émissions d’affaires publiques, documentaires, fictions et émissions jeunesse par et pour les Premières Nations, les Inuits et les Métis d’un bout à l’autre du Canada.

Entré en ondes le 1er septembre 1999

Diffuse en anglais, en français et dans 23 langues autochtones du Canada

22 heures de programmation en français par semaine

Environ 150 employés, dont 64 % sont Autochtones

Un budget annuel d’environ 45 millions de dollars



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