L’intelligence artificielle montréalaise à l’assaut de la santé

Des applications d’IA automatisant l’interprétation d’images tirées de la résonance magnétique ou de radiographies, le dosage personnalisé de médicaments et le traitement de divers troubles mentaux sont déjà en développement à Montréal.
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse Des applications d’IA automatisant l’interprétation d’images tirées de la résonance magnétique ou de radiographies, le dosage personnalisé de médicaments et le traitement de divers troubles mentaux sont déjà en développement à Montréal.

Une quarantaine d’organisations issues du secteur des sciences de la vie et des nouvelles technologies veulent créer à Montréal une zone d’innovation axée sur le développement et la commercialisation de technologies de la santé reposant massivement sur l’intelligence artificielle.

Des compagnies pharmaceutiques comme Roche, Novartis et GlaxoSmithKline (GSK) seraient du projet. Les centres de recherche de Polytechnique et de HEC également.

Leur objectif serait de positionner la métropole comme un leader de ce secteur très émergent, au même titre qu’elle l’est déjà, mais séparément, dans la recherche appliquée en IA et en sciences de la vie. Dans chacun des deux camps, les experts voient dans l’intelligence artificielle la promesse d’un système de santé plus réactif et mieux adapté aux besoins médicaux de la population en général et des patients en particulier.

Surtout, une meilleure utilisation de la technologie est perçue comme un moyen de réduire les coûts du système de santé dans de nombreux pays où la population vieillissante fait craindre le pire pour les prochaines années, tant en matière de qualité qu’en matière d’accessibilité des soins.

Des applications d’IA automatisant l’interprétation d’images tirées de la résonance magnétique ou de radiographies, le dosage personnalisé de médicaments et le traitement de divers troubles mentaux sont déjà en développement à Montréal — comme ailleurs dans le monde — depuis quelques années. Une zone d’innovation axée sur ces technologies accélérerait leur mise en marché dans un secteur, celui de la santé, dont la valeur est évaluée à plus de 3300 milliards $US en Amérique du Nord seulement, selon une récente étude de la firme Gartner à ce sujet.

Une zone autofinancée

La zone d’innovation en technologies de la santé est un projet qui a été développé ces derniers mois par Montréal International, mais dont l’organisme ne prévoit pas de s’occuper si elle voit le jour officiellement. Stéphane Paquet, son p.-d.g., a toutefois bon espoir que cela se réalise et pense que les retombées à la fois économiques et sociales seront très positives.

« Nous allons garder un œil sur son développement, car cette zone va nous permettre d’attirer de nouveaux investissements étrangers au Québec », dit-il dans une entrevue avec Le Devoir. « Il y a environ cinq ans, c’était le début de l’investissement en intelligence artificielle à Montréal. Il y a depuis une vague d’industriels qui cherchent à incorporer l’IA dans leurs activités. Les entreprises en sciences de la vie ont été parmi les premières à intégrer l’IA dans leur R&D. »

Comme Montréal compte une masse critique d’entreprises et de chercheurs à la fois en IA et en sciences de la vie, associer les deux dans une zone d’innovation va de soi, ajoute M. Paquet. « Ce n’est pas apparent, mais le secteur des sciences de la vie est plus gros à Montréal que celui de l’aéronautique à l’heure actuelle. »

Du point de vue financier, l’objectif de ces zones d’innovation est qu’une fois lancées, elles n’auront plus besoin d’aucune aide gouvernementale pour continuer de fonctionner. D’ailleurs, la douzaine de partenaires privés associés à l’éventuelle zone des technologies de la santé se sont engagés à investir minimalement afin de la soutenir, si jamais elle reçoit le feu vert du gouvernement québécois.

Commercialiser l’innovation d’ici

Les « zones d’innovation Québec » sont une création du ministère de l’Économie et de l’Innovation et ont pour objectif l’établissement de pôles sectoriels de calibre international capables d’accélérer la commercialisation des innovations québécoises afin de les exporter et de générer des investissements étrangers importants dans la province. Le concept a fait mouche : le ministère dit avoir reçu une trentaine de soumissions provenant de 13 régions de la province.

Le Québec, comme le Canada d’ailleurs, souffre d’une difficulté historique à commercialiser avec succès le fruit du travail de ses chercheurs, comparativement à des pôles d’innovation de réputation internationale comme la Silicon Valley, en Californie.

Le gouvernement québécois estime qu’une partie de la solution est de faciliter à travers des zones d’innovation situées dans un lieu ou une région spécifique de la province le maillage entre les centres de recherche fondamentale, les universitaires, les organismes sectoriels à vocation économique et le secteur privé.

Le ministère est présentement à analyser les projets reçus. Il promet de leur donner ou pas le feu vert au cours de l’automne. Tous les projets ne seront pas acceptés, même le gouvernement exige des promoteurs qu’ils fixent sur un horizon d’au moins cinq ans une structure financière et divers objectifs, comme la réalisation de grands chantiers ou l’établissement de projets de développement industriel ou autres, pour mieux estimer les retombées de ces éventuelles zones d’innovation.

On saura d’ici quelques mois quelles zones d’innovation verront le jour. Montréal International a bon espoir de voir son projet en faire partie. « À l’heure actuelle, notre projet semble vu d’un bon œil à Québec », dit son p.-d.g.

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