Le Québec pourrait s'inspirer de l'industrie de l'hydrogène en Californie

En Californie, une quarantaine de stations de ravitaillement d’hydrogène ont été installées pour encourager l’achat de véhicules à hydrogène. L’État a d’ailleurs pour ambition d’avoir du transport lourd entièrement propre d’ici 2045.
Photo: David McNew Getty Images via Agence France-Presse En Californie, une quarantaine de stations de ravitaillement d’hydrogène ont été installées pour encourager l’achat de véhicules à hydrogène. L’État a d’ailleurs pour ambition d’avoir du transport lourd entièrement propre d’ici 2045.

La volonté de nombreux pays de décarboniser leur économie au plus tard en 2050 crée déjà un sentiment d’urgence au sein des promoteurs québécois de l’hydrogène. Pour accélérer son développement, ils proposent au ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, de s’inspirer fortement de la Californie dans l’élaboration de la stratégie provinciale pour cette filière, qu’il compte publier l’automne prochain.

Jonatan Julien faisait partie des conférenciers invités la semaine dernière à l’édition 2021 de la World Hydrogen Technology Convention (WHTC), une conférence internationale majeure de l’industrie qui cette année avait lieu à Montréal, bien que virtuellement. Le ministre provincial a pu prendre connaissance des progrès faits ces dernières années par les entreprises du secteur pour rendre l’hydrogène plus abordable et plus accessible comme source d’énergie renouvelable.

Objectif Californie

Surtout, il a probablement entendu l’appel lancé par l’industrie locale aux gouvernements du Québec et du Canada pour leur apporter une aide financière le plus tôt possible. « C’est ce qui est le plus urgent à l’heure actuelle », assure Marie Lapointe, directrice exécutive de l’organisme sectoriel Hydrogène Québec, qui a été créé dernièrement justement pour accélérer l’émergence de cette forme d’énergie.

« Les dernières années ont vu naître des technologies et des applications concrètes de l’hydrogène dans les secteurs du transport et de l’industrie. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est abaisser le coût d’utilisation de ces applications. Le soutien du gouvernement pour effectuer cette transition manque en ce moment au Canada, qui est à la traîne par rapport à l’Europe et l’Asie. »

Hydrogène Québec a publié dans le cadre du WHTC les résultats d’un sondage portant sur le rôle espéré du gouvernement par les différents acteurs de la filière hydrogène présents au Québec. Selon les conclusions de ce sondage, ce rôle pourrait s’ancrer sur trois mesures phares : mettre en place un système de crédits fiscaux favorisant l’adoption en entreprise de l’hydrogène vert au détriment d’autres sources d’énergie plus polluantes, favoriser la formation d’une communauté de pratiques et de centres de recherche-développement spécialisés, et établir des pôles industriels mettant en valeur des formes d’utilisation précises de l’hydrogène.

Par exemple, Hydrogène Québec suggère d’imposer un seuil minimal progressif de véhicules lourds zéro émission sur ses routes inspiré de la Californie. L’État du Pacifique se donne 25 ans pour éliminer de ses routes les camions à diesel, qu’il estime responsables à 70 % de tout le smog présent sur son territoire.

L’objectif californien est donc d’avoir du transport lourd entièrement propre d’ici 2045, mais les premières mesures pour accélérer l’arrivée sur la route de véhicules zéro émission entreront en vigueur dès 2024. Les piles à hydrogène sont vues comme une des solutions les plus prometteuses pour respecter ces mesures.

De l’hydrogène plus vert

En Californie, l’hydrogène provient essentiellement du gaz naturel. Ce procédé crée ce qu’on appelle dans le secteur de l’hydrogène « gris ». Il existe également de l’hydrogène « bleu », qui est censé être moins polluant étant donné que le carbone émis durant sa production est censé être capté et séquestré avant de se retrouver dans l’atmosphère. Les applications industrielles de cette méthode demeurent toutefois très marginales à l’heure actuelle.

Le ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles dit préférer à ces deux-là l’hydrogène vert, celui produit à partir de sources renouvelables comme l’eau et l’hydroélectricité. La stratégie provinciale qu’il prévoit de publier l’automne prochain devrait témoigner de cette préférence, a-t-il affirmé durant une allocution virtuelle faite dans le cadre du WHTC, puisque le Québec réunit toutes les conditions pour produire à un coût raisonnable cette forme d’hydrogène la plus propre sur le marché.

Le Canada possède sa propre stratégie pour l’hydrogène et pense que ce vecteur énergétique pourrait satisfaire 30 % de la demande nationale en énergie en 2050. Le Canada inclut l’hydrogène bleu dans son plan pour ne pas soustraire les pétrolières albertaines de l’équation. La stratégie albertaine de réduction de ses gaz à effet de serre mise fort sur la transformation d’hydrocarbures en hydrogène pour relancer une industrie pétrolière qui tarde à se conformer aux cibles climatiques fixées entre autres par l’Accord climatique de Paris.

Malgré cette divergence, les stratégies québécoise et canadienne ne sont pas incompatibles, assure Marie Lapointe, également directrice régionale pour l’est du Canada de l’Association canadienne de l’hydrogène et des piles à combustible.

Selon elle, Québec n’aurait qu’à établir des seuils d’émissions spécifiques à l’utilisation d’hydrogène qui avantageraient ses formes les moins polluantes. Un premier seuil de 3 kilogrammes de CO2 émis par kilogramme d’hydrogène produit serait suffisant pour séparer « l’hydrogène propre » des autres.

Là encore, « Québec peut s’inspirer de la Californie », dit Mme Lapointe. À un détail près : insister davantage sur la production et la consommation d’hydrogène vert. « C’est là que le Québec peut se distinguer. » Mais il faudra faire vite car, en matière de développement industriel, 2030, c’est pratiquement demain. « Les prochaines années vont passer vraiment vite », conclut Marie Lapointe.

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