Un État efficace pour réduire les inégalités de revenus

Près des trois quarts de la réduction des inégalités au Québec sont le résultat des différentes allocations pour enfants, des prestations d’aide sociale, des pensions de vieillesse et d’autres transferts gouvernementaux.
Photo: iStock Près des trois quarts de la réduction des inégalités au Québec sont le résultat des différentes allocations pour enfants, des prestations d’aide sociale, des pensions de vieillesse et d’autres transferts gouvernementaux.

L’État se révèle particulièrement efficace au Québec pour réduire les inégalités de revenus entre riches et pauvres, constate une étude. Cela est généralement vrai pour la population dans son ensemble, mais aussi au sein des groupes où les écarts sont les plus marqués.

Les 10 % de Québécois les plus riches gagnent en moyenne 6,6 fois plus que les 40 % les plus pauvres, devait rapporter mercredi l’Observatoire québécois des inégalités dans le deuxième volet d’une étude se voulant l’une des plus approfondies sur les inégalités de revenu au Canada et au Québec. Presque les trois quarts de cet écart de revenus de marché ont toutefois disparu après le passage de l’impôt et des programmes de transferts des gouvernements, les plus riches affichant alors un revenu net disponible d’un peu moins de deux fois (1,8) supérieur à celui des plus pauvres.

Le Québec grimpe ainsi du 3e rang des provinces les moins inégalitaires pour les revenus de marché au 1er rang pour les revenus disponibles, note l’étude. Appelé « indice de Palma », le rapport entre les revenus moyens des 10 % les plus riches et des 40 % les plus pauvres passe, en effet, de 7,5 pour les revenus de marché à 2,3 pour les revenus disponibles dans l’ensemble du Canada, mais de 9,1 à 2,7 en Ontario, de 6,5 à 2,3 dans les Prairies et de 6 à 2,3 en Colombie-Britannique. Les provinces de l’Atlantique (de 7,7 à 1,9) sont les seules à s’approcher du Québec.

Fait notable, près des trois quarts de la réduction des inégalités au Québec sont le résultat des différentes allocations pour enfants, des prestations d’aide sociale, des pensions de vieillesse et d’autres transferts gouvernementaux. La fiscalité, de son côté, fait un peu plus de 20 % du travail, à la faveur, notamment, de l’impôt progressif.

« Sans l’intervention de l’État, les sociétés québécoise et canadienne seraient fortement inégalitaires, conclut l’étude d’une centaine de pages. Les politiques sociales et fiscales s’avèrent capitales pour réduire les inégalités et la pauvreté parmi certaines populations vulnérables. »

Les femmes, les jeunes…

Ce phénomène s’applique, en effet, autant sinon plus encore aux différents sous-groupes de la population au sein desquels les inégalités de revenus de marché sont plus marquées et qui s’accompagnent généralement de taux de pauvreté plus élevés. Ainsi, comme les femmes gagnent généralement moins que les hommes, particulièrement au bas de l’échelle, les 10 % des Québécoises les plus riches affichent, par exemple, un revenu de marché 9 fois supérieur à celles qui appartiennent au groupe des 40 % les plus pauvres, mais un indice de Palma de seulement 1,8 après impôt et transferts.

Cet effet égalisateur de l’État est encore plus marqué à l’intérieur des groupes des personnes âgées de 60 ans et plus (avec un indice qui passe de 26 à 1,4), des personnes séparées, divorcées ou veuves (de 30 à 1,2) ou encore de ceux qui n’ont aucun diplôme (de 244 à 1,6). Il apparaît, par contre, moins efficace pour réduire les inégalités entre les Québécois âgés de moins de 30 ans (de 4,7 à 2,7), entre les célibataires (de 7,1 à 2,5) ou entre les travailleurs autonomes (de 4,8 à 2,8).

Bien que basés sur des statistiques remontant à 2017, ces constats décrivent sans doute encore assez bien aujourd’hui le fonctionnement de l’économie et des mécanismes publics de repartage de la richesse, a expliqué mardi en entretien téléphonique au Devoir Sandy Torres, qui a supervisé la réalisation de l’étude de l’Observatoire. « Ce sont des choses qui ne changent que très lentement. »

L’indice de Palma après impôts et transferts a ainsi graduellement diminué de 2,3 à 1,8 au Québec depuis 1990, alors qu’au Canada il s’est maintenu entre 2,3 et 2,5.

Il se peut, toutefois, qu’un événement de l’ampleur de la pandémie de COVID-19 ait un impact plus important sur le cours des choses, ajoute-t-elle tout de suite. Comme la crise a frappé plus durement les femmes, les jeunes et les travailleurs les plus vulnérables, il est par exemple possible qu’elle ait eu pour effet de creuser leur retard économique sur les autres. Mais comme les gouvernements ont aussi déployé des programmes d’aide extraordinaires pour amortir le choc, il se peut également que l’effet égalisateur de leurs politiques en ait été augmenté, ajoute-t-elle. « Le temps le dira. »

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