À la recherche de la «Tesla des mers»

L’entreprise québécoise Vision marine technologies prévoit de participer à de nombreuses expositions au sud de la frontière dans les prochains mois pour présenter son nouveau moteur électrique.
Photo: Vision Marine Technologies L’entreprise québécoise Vision marine technologies prévoit de participer à de nombreuses expositions au sud de la frontière dans les prochains mois pour présenter son nouveau moteur électrique.

Les amateurs québécois d’activités marines ne resteront pas le bec à l’eau en matière d’électrification. Ralentie par la pandémie, la mise en marché des premières embarcations électriques assez performantes pour faire oublier les motorisations à essence s’amorce dès cet été dans la province… et promet de s’étendre à toute l’Amérique du Nord.

Si vous désirez explorer la route de Champlain pour en apprendre un peu plus sur le rôle central qu’a joué la rivière des Prairies dans l’histoire du développement de Montréal, vous le ferez à bord d’un bateau électrique. L’organisme qui propose cette activité depuis 2017 utilise des bateaux fournis par la société Vision marine technologies.

Grande nouveauté cette année : l’organisme aura droit à des moteurs hors-bord électriques dernier cri appelés Emotion 180. Conçus au Québec par Vision marine, ils incarnent la nouvelle génération de motorisation électrique pour bateaux de plaisance et autres embarcations de loisir. Ces moteurs de 180 chevaux peuvent atteindre une vitesse maximale de 60 km/h sur l’eau et conviennent aussi bien pour des activités de navette fluviale que pour déplacer les gros pontons, comme ceux qu’on retrouve sur les plus grands lacs de la province, comme le lac Champlain.

Ce sera une vitrine importante pour l’entreprise de Boisbriand, qui s’est inscrite à l’indice Nasdaq de la Bourse de New York en novembre et dont l’action a perdu environ 30 % de sa valeur depuis. Les investisseurs ne sont pas tendres envers les fabricants québécois d’embarcations aquatiques électriques. Le spécialiste montréalais des motomarines électriques Taiga Motors a lui aussi vu sa valeur fondre de plus du tiers depuis son arrivée à la Bourse de Toronto, l’hiver dernier.

Moteur électrique et québécois

Mais Vision marine technologies a un plan pour renverser la tendance. Pour ça, il faudra toutefois que la frontière entre le Canada et les États-Unis rouvre, puisque sa direction prévoit de participer à de nombreuses expositions au sud de la frontière dans les prochains mois pour présenter son nouveau produit.

« Le printemps a été rocambolesque en Bourse, mais l’été et l’automne vont beaucoup nous aider. Nous allons enfin pouvoir proposer des essais de notre moteur partout en Amérique du Nord », disent presque en chœur en entrevue téléphonique au Devoir Alexandre Mongeon et Éric Boyer, respectivement p.-d.g. et directeur des ventes et de la distribution de Vision marine.

Malgré un prix de détail équivalant au double de celui d’un moteur hors-bord à essence en raison du coût important de ses piles au lithium, les deux hommes d’affaires pensent pouvoir écouler un peu plus de 3200 exemplaires par an de leur moteur électrique. Leur objectif est d’accaparer 1 % du marché nord-américain des bateaux de plaisance d’ici 2025, et de doubler annuellement cette part de marché par la suite.

Pour y arriver, Vision marine a des ententes pour équiper les bateaux d’autres fabricants, dont la société Starcraft marine, et a en poche une aide de 1,7 million du ministère de l’Économie et de l’Innovation pour l’aider à accélérer sa commercialisation.

Surtout, le fabricant québécois a deux arguments très porteurs ces jours-ci : leur moteur électrique est moins polluant qu’un moteur à essence et ses utilisateurs peuvent rapidement en amortir le coût d’achat plus élevé en n’ayant plus à faire le plein de carburant, ce qui représente une dépense de quelques milliers de dollars chaque année pour les plaisanciers.

« Un moteur électrique est aussi beaucoup moins compliqué. Il évite d’avoir à chercher une marina à proximité où faire le plein. On peut simplement le brancher là où on se trouve s’il y a une prise de courant à proximité », ajoutent MM. Boyer et Mongeon.

Électrifier les cours d’eau

Le champion de l’électrification sur la route est le fabricant californien Tesla. Sur l’eau, c’est le fabricant X-Shore. La marque suédoise s’est d’ailleurs approprié le sobriquet de « Tesla des mers » avec son prototype de bateau électrique et connecté Eelex 8000. L’embarcation, qui peut atteindre une vitesse de pointe de 65 km/h (35 nœuds), analyse plus de 150 éléments dynamiques chaque seconde et peut afficher à tout moment un aperçu de son état sur son énorme écran tactile de 24 pouces, ou même… sur la montre intelligente de son propriétaire.

Le bateau va jusqu’à détecter quand un passager se jette à l’eau et s’immobilise immédiatement. S’inspirant de l’aide à la conduite avancée Autopilot des voitures Tesla, l’Eelex 8000 pourra même bientôt s’amarrer automatiquement au quai choisi grâce à une mise à jour du logiciel de son ordinateur de bord.

L’électrification va entraîner une meilleure cohabitation sur les plans d’eau

 

Bref, le fabricant suédois croit que pour accélérer la transition vers l’électrique, l’industrie des sports motorisés aquatiques doit offrir plus qu’un simple moteur électrique, « car les gens ne vont pas changer de bateau simplement pour être plus écologiques », a récemment déclaré sa p.-d.g. Jenny Keisu.

Ils ne le feront pas non plus pour économiser des sous. À 329 000 $US, ce bateau électrique est un produit que peu de plaisanciers peuvent réellement s’offrir. Comme les premières voitures Tesla, en fin de compte, il présage un changement qui se fera plus graduellement à mesure que des embarcations plus abordables seront commercialisées.

BCI Marine, qui vendra l’Eelex 8000 au Québec quand il sera commercialisé dans les mois à venir, avait hâte de confirmer la nouvelle. « Il était plus que temps que ça arrive », dit Patrick Hardy, son président. « C’est sûr que le bateau coûte plus cher, mais dans ce créneau, les plaisanciers dépensent entre 3000 et 5000 $ en carburant chaque été. »

Avec les coûts d’entretien que permet d’éviter un moteur électrique, les propriétaires pourront économiser un peu, tout de même. « Et les prix vont baisser rapidement. »

Et même si X-Shore n’insiste pas trop là-dessus, l’impact sera positif si cette électrification entraîne une réduction de la pollution des cours d’eau… y compris la pollution par le bruit. « L’électrification va entraîner une meilleure cohabitation sur les plans d’eau », assure Patrick Hardy.

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