Pourquoi la Chine durcit le ton face aux cryptomonnaies

Lundi, le bitcoin perdait de nouveau près de 9% après que Pékin a décidé de couper le courant aux entreprises spécialisées dans le minage de cette monnaie virtuelle.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Lundi, le bitcoin perdait de nouveau près de 9% après que Pékin a décidé de couper le courant aux entreprises spécialisées dans le minage de cette monnaie virtuelle.

Le cours des cryptomonnaies a fortement fluctué ces dernières semaines, sous l’effet d’un durcissement de ton des autorités chinoises face au minage et aux échanges de ces actifs numériques devenus très populaires dans le pays. Lundi, le bitcoin perdait de nouveau près de 9 % après que Pékin a décidé de couper le courant aux entreprises spécialisées dans le minage de cette monnaie virtuelle, installées dans la province du Sichuan. L’action des autorités pousse les spécialistes du secteur à s’interroger sur les raisons qui motivent le gouvernement chinois à agir maintenant, et sur les conséquences de ce changement sur le marché.

Pourquoi ce durcissement face aux cryptomonnaies ?

Le besoin de contrôle du gouvernement chinois à l’égard du système financier s’est renforcé à mesure que ce dernier gagnait en importance. Les cryptomonnaies, et tout particulièrement le bitcoin, représentent un défi pour Pékin, du fait de l’impossibilité pour la banque centrale de tracer les mouvements d’argent passant par ces actifs. Afin d’y remédier et pour « prévenir et contrôler les risques financiers », les autorités ont fait le choix d’interdire les échanges de cryptomonnaies dans le pays. Selon des analystes, la Chine craint une hausse des investissements illicites et des levées de fonds, alors même que Pékin tente de contrôler les flux de capitaux. « La Chine n’a pas de marché de capitaux ouvert, et les cryptomonnaies permettent de contourner cette situation, ce qui est inacceptable pour les autorités », estime ainsi Jeffrey Halley, analyste pour l’Asie et le Pacifique pour Oanda, entreprise spécialisée dans les échanges internationaux.

Le durcissement à l’égard des cryptomonnaies permet par ailleurs à la Chine d’introduire sa propre monnaie virtuelle, un projet sur lequel la banque centrale travaille depuis 2014 et qui permettra au gouvernement de mieux contrôler les échanges. Si la création et les échanges de cryptomonnaies sont illégaux en Chine depuis 2019, les récentes actions menées par Pékin vont rapidement conduire son important secteur du minage à mettre la clé sous la porte.

80%
C’est le pourcentage des échanges de bitcoins gérés par des centres de données installés en Chine.

Pourquoi la situation en Chine est-elle importante ?

Aujourd’hui, près de 80 % des échanges de bitcoins sont gérés par des centres de données installés en Chine, qui sont de gros consommateurs d’énergie. L’accès à du matériel et à de l’énergie très bon marché a favorisé l’émergence d’entreprises spécialisées dans les échanges, mais également la création de nouveaux actifs de cryptomonnaies, une opération particulièrement énergivore qui nécessite une grosse puissance de calcul. Or, une part importante de l’industrie s’alimente en électricité auprès de centrales fonctionnant au lignite, un charbon très polluant, ce qui pourrait empêcher la Chine d’atteindre ses objectifs climatiques et pourrait en partie expliquer sa réaction. Selon l’Index de consommation électrique du bitcoin, publié par l’université britannique de Cambridge, le minage de monnaies virtuelles devrait consommer 0,6 % de l’électricité mondiale en 2021.

Quelle ambition chinoise pour les monnaies virtuelles ?

Au mois de mars, la Chine a lancé la phase de tests de son yuan numérique. Cette monnaie virtuelle doit permettre à Pékin de réaliser des transactions internationales dans sa propre monnaie, alors que le commerce mondial est aujourd’hui très majoritairement libellé en dollars (plus de 80 % des transactions). « L’objectif est de rendre le yuan plus disponible au niveau international tout en maintenant un contrôle complet » sur le cours de la monnaie, estime M. Halley. 

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