Le prochain Google sera vert… et peut-être québécois

Andrée-Lise Méthot a fondé Cycle Capital et elle en est l’associée directrice.
Photo: Courtoisie Andrée-Lise Méthot a fondé Cycle Capital et elle en est l’associée directrice.

Cycle Capital est une firme de gestion de capital spécialisée dans les technologies propres fondée en 2009, à un moment où l’expression anglophone cleantech n’avait pas encore été entendue très souvent au Québec ni même au Canada. Depuis, elle est devenue le plus important investisseur de capital-risque canadien de ce secteur, ayant levé plus de 1,5 milliard de dollars en capitaux propres, dont 1,1 milliard de dollars en capitaux étrangers investis au Québec. Les administratrices sont rares dans le capital-risque nord-américain, et Andrée-Lise Méthot, qui a fondé Cycle Capital et qui en est l’associée directrice, est plus rare encore en raison de son influence grandissante dans une industrie qui se donne trente ans pour sauver la planète.
 



Réflexions dirigées sur différents sujets

 

L’énergie solaire et éolienne

Les centrales solaires et les parcs éoliens ont atteint une maturité dans leur développement qui rend le coût de l’énergie produite très concurrentiel. Ces projets sont de plus en plus ambitieux, mais n’ont plus besoin de capital-risque pour voir le jour, étant donné que la technologie et leur marché potentiel sont mieux connus et plus familiers pour les investisseurs plus traditionnels. Pour les firmes de capital-risque, l’intérêt se déplace ailleurs, du côté des nouvelles technologies qui faciliteront l’intégration de ces énergies propres dans d’autres secteurs et qui contribueront à accélérer le remplacement des énergies plus polluantes par des sources renouvelables.

« Il faut améliorer la performance des applications [de ces énergies] grâce à de nouvelles technologies, et le capital-risque est rendu là. Je pense à Spark Microsystems, par exemple, qui a mis au point une solution révolutionnaire qui remplace le protocole Bluetooth dans les appareils connectés et qui peut aussi remplacer la pile de ces appareils par un simple petit capteur solaire, tant ça consomme peu d’énergie. »

En un clin d’oeil

Cycle Capital est une firme de capital-risque spécialisée dans les technologies propres

500 millions de dollars de capitaux sous gestion

1,5 milliard en capitaux propres levés depuis sa création

25 employés 

Fondée en 2009

L’investissement d’impact

L’expression « investissement d’impact » peut avoir l’air d’un pléonasme. Après tout, à quoi sert un investissement s’il n’a aucun impact ? Il faut voir un peu plus loin que ces deux mots pour comprendre qu’ils signifient beaucoup plus que cela : ils exigent des investisseurs et des entrepreneurs qu’ils parviennent à appliquer des méthodes d’analyse et d’évaluation de leur performance qui sont généralement utilisées pour mesurer l’influence de leurs activités sur leur environnement. Cela peut sembler banal, mais il existe en investissement et en capital-risque une zone grise et une prise de risque qui compliquent le calcul du rendement au-delà de l’éventuelle profitabilité.

« C’est une reddition de comptes qui peut être documentée où on évalue l’impact sur l’environnement et sur les émissions de gaz à effet de serre à partir d’une norme établie, comme si elle était faite par un auditeur externe. C’est aussi un moyen d’être plus inclusifs en faisant par exemple adopter des politiques de respect et de diversité en milieu de travail. »

Situation énergétique enviable

La nationalisation de l’hydroélectricité place le Québec dans une position enviable en matière énergétique. L’électricité produite est abondante et émet peu de gaz à effet de serre. Cela complique quand même l’imposition de politiques de réduction de sa consommation et, comme c’est dans le changement qu’on voit souvent naître l’innovation, le fait que le Québec ne se considère pas comme étant en situation de crise énergétique peut être considéré comme un frein à l’adoption de solutions énergétiques innovantes.

« Notre situation énergétique ne nous empêche pas d’innover, mais on peut se demander pourquoi on intègre si peu des innovations qu’on développe ? Il y a un autoexamen à faire de notre consommation d’énergie et d’eau potable. Une grande part de nos émissions polluantes au Québec sont issues du transport. On a des solutions pour ça. C’est encore plus apparent du côté de notre consommation d’eau potable. »

Le Devoir : Les grandes économies mondiales se sont toutes fixé l’objectif d’être carboneutres en 2050. Avec cet échéancier, peut-on imaginer que le prochain Google sera en environnement ?

 

Andrée-Lise Méthot : J’en suis convaincue. La hausse de l’investissement en technologies propres depuis dix ans a été très rapide. Il s’est investi 500 milliards de dollars mondialement dans les énergies renouvelables en 2020 seulement. Le prochain Google sera vert. Je souhaite qu’il soit québécois — nos chances ne sont pas si mauvaises que ça se réalise : nous comptons quelques entreprises matures qui ont ce potentiel, comme Enerkem, Lion électrique ou Spark Microsystems.

Croissance explosive des start-up

La culture de la start-up au Québec est un effet direct de l’influence qu’a la Silicon Valley, en Californie, sur tout le secteur technologique nord-américain. Très axée sur le développement de la propriété intellectuelle à partir de la création logicielle, elle fournit l’illusion qu’une entreprise qui ne vaut pas rapidement des milliards de dollars peut être considérée comme un échec. C’est une vision bien déformée de la réalité des technologies vertes, qui nécessitent d’énormes dépenses en capital et beaucoup de patience pour arriver à maturité.

« Créer de la propriété intellectuelle dans le secteur industriel et énergétique prend du temps, de l’argent et des connaissances très profondes. Le meilleur exemple est la société Enerkem. L’entreprise a été fondée en 2000 et s’est donné comme objectif de créer une énergie peu polluante à partir de déchets ne pouvant pas être recyclés ou réutilisés. La vitesse à laquelle elle est parvenue à créer sa technologie surprend la plupart des grands industriels. Ce sera la même chose pour développer l’hydrogène vert, l’hydrogène propre : cela va coûter cher et dépendra de grandes décisions d’infrastructure qui devront être prises par les gouvernements. » 



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