Des rabais sur le bois à venir dans les quincailleries

Dès la semaine prochaine, Nicolas Couture affichera des rabais de 5 à 20 % sur le bois traité dans ses quincailleries Couture Timber Mart. Le propriétaire avait acheté une grande quantité de ces produits à gros prix en prévision d’un printemps que plusieurs imaginaient ressembler à celui de 2020, alors que sévissaient un engouement sans-précédent pour la rénovation et une baisse des stocks de bois d’œuvre.

Or, la demande a ralenti. « On s’attendait à une demande plus forte, reconnaît M. Couture. Certains produits vont être vendus à perte, mais aucun magasin ne va vouloir rester avec ce stock. »

Les consommateurs peuvent s’attendre à faire prochainement de bonnes affaires sur le bois dans un grand nombre de quincailleries, estime le président-directeur général de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, Richard Darveau. Une telle situation ne s’est pas vue depuis un bon moment, puisque le prix du bois d’œuvre a atteint des sommets au cours de la dernière année.

« Avec le déconfinement, les consommateurs sont plus appelés par les terrasses en ville que par leurs propres terrasses. Les ventes commencent à être réduites, donc on peut réduire les prix », indique M. Darveau, ajoutant que des rabais seront auusi accordés sur toutes sortes de produits associés à la cour et au jardinage. « Et il va y en avoir plus la semaine suivante, et plus la semaine suivante. Plus on embarque sur les vacances, plus la vaccination avance, moins on veut rester à la maison », juge-t-il.


 

La baisse mondiale du prix du bois d’œuvre devrait aussi se répercuter sur les prix des magasins du Québec dans quelques semaines. L’indice Pribec, qui représente le prix d’un panier de produits de bois d’œuvre au Québec, a diminué de 23 % depuis son sommet du 21 mai dernier, passant de 1885,94 $ par mille pieds mesure de planche (pmp) à 1448,90 $, selon l’économiste du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Michel Vincent. Mais il est encore très haut, puisqu’il était à 473,73 $ le 21 juin 2019. De son côté, l’indice NASDAQ pour le bois d’œuvre a baissé de 45 % entre le 7 mai et le 17 juin.

« Ce n’est pas surprenant. La question n’était pas de savoir si ça allait redescendre, mais quand ça allait redescendre. Les prix étaient insoutenables à long terme », indique M. Vincent.

Selon M. Vincent, cette diminution s’explique par une légère hausse de l’offre et une légère baisse de la demande. « Plusieurs usines qui étaient fermées, notamment dans l’ouest de l’Amérique du Nord, ont tout fait pour rouvrir leurs opérations et bénéficier des prix élevés. Même au Québec, on a essayé d’augmenter la production. En plus, les Européens, flairant la bonne affaire, ont envoyé beaucoup de bois aux États-Unis », a raconté l’économiste.

Une instabilité stressante

En ce moment, les scieries tout autant que les quincailleries font face à beaucoup d’incertitude, étant dépendantes de ces prix mondiaux. M. Vincent s’attend à ce que les prix continuent de diminuer. Mais de combien ? Et il n’est pas impossible qu’ils remontent.

« Les scieries aimeraient que ça se stabilise. Elles n’aiment pas les montagnes russes. Elles aimeraient pouvoir prévoir leur budget », affirme M. Vincent, dont l’organisme représente les entreprises de cette industrie.

On s’attendait à une demande plus forte. Certains produits vont être vendus à perte, mais aucun magasin ne va vouloir rester avec ce stock.

M. Vincent souligne aussi que les scieries ont augmenté leurs coûts pour que les travailleurs, les producteurs forestiers, les camionneurs et autres fournisseurs puissent bénéficier de la hausse des prix vécue dans la dernière année. « On espère que la baisse actuelle ne sera pas assez grande pour rejoindre ces coûts plus importants », dit-il.

Cela dit, l’économiste admet que les scieries ne sont pas à plaindre, puisqu’elles font de l’argent comme jamais auparavant. Le constat est similaire du côté des quincailleries. Et paradoxalement, cette diminution des prix arrive à un bon moment pour ces commerces, car plusieurs personnes qui ont repoussé leurs projets de rénovation pour des raisons budgétaires vont peut-être être encouragées à refaire leur terrasse, finalement. 

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