Montréal, entre rebonds et défis économiques

La bonne posture de Montréal s’explique en partie parce que son économie «est l’une des plus diversifiées en Amérique du Nord», selon l’économiste en chef à la Communauté métropolitaine de Montréal, Sylvain Giguère.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La bonne posture de Montréal s’explique en partie parce que son économie «est l’une des plus diversifiées en Amérique du Nord», selon l’économiste en chef à la Communauté métropolitaine de Montréal, Sylvain Giguère.

L’économie montréalaise se rétablit de la pandémie. En avril, la métropole affichait même la meilleure performance en ce qui a trait au taux d’emploi parmi l’ensemble des régions métropolitaines de plus de deux millions d’habitants au Canada et aux États-Unis, note la Communauté métropolitaine de Montréal. Mais si l’économie montréalaise reprend du mieux, de grands défis se dressent encore devant elle.

En mars 2020, les mesures de confinement draconiennes adoptées pour freiner la propagation du coronavirus avaient fait chuter l’emploi de 18 % dans le Grand Montréal — sa baisse la plus importante depuis la crise de 1929. Mais l’emploi a fortement rebondi depuis, malgré une rechute entre octobre et janvier 2021 en raison de la deuxième vague de la pandémie.

En avril 2021, sur l’ensemble des régions métropolitaines de plus de 2 millions d’habitants du Canada et des États-Unis, Montréal était celle qui se rapprochait le plus de son taux d’emploi d’avant la pandémie. Dans la métropole, la perte d’emplois par rapport au mois de février 2020 se limitait à 1,6 %, alors que de grandes villes comme New York (–10,4 %) ou Las Vegas (–12,1 %) restaient encore fortement touchées, selon un récent rapport de la CMM.

« Cette bonne performance peut s’expliquer en partie par le fait que l’économie montréalaise est l’une des plus diversifiées en Amérique du Nord, explique Sylvain Giguère, économiste en chef à la CMM. Puisqu’on n’a pas tous nos œufs dans le même panier, cela fait en sorte que, même si un secteur périclite temporairement, l’économie résiste mieux que si elle était concentrée », comme cela a été le cas par exemple à Las Vegas, qui dépend principalement de l’industrie du tourisme et du divertissement.

Roger Plamondon, qui deviendra jeudi le nouveau président du conseil d’administration de l’Institut du développement urbain du Québec (IDU), estime lui aussi que Montréal s’en est plutôt bien sortie durant la pandémie par rapport à d’autres grandes villes.

Par exemple, au premier trimestre 2021, le taux d’inoccupation des commerces dans la rue Sainte-Catherine à Montréal était de 24 % — ce qui demeure un meilleur bilan que sur les grandes artères new-yorkaises, où ce taux grimpait à 31 % à Times Square et à 40 % sur la Madison Avenue, selon le dernier rapport sur l’état du centre-ville publié par l’IDU.

 

Et selon M. Plamondon, cela s’explique en partie par le fait que Montréal n’est pas victime de « l’effet trou de beigne », contrairement à d’autres grandes villes américaines où le centre-ville est vide et entouré de banlieues. « On a un centre-ville avec des gens qui y vivent, qui y habitent. Si on veut maintenir un centre-ville fort, c’est important d’y favoriser l’habitation », estime-t-il.

Des défis à relever

Si Montréal envoie des signaux positifs de relance, la métropole devra toutefois encore relever plusieurs défis, souligne M. Plamondon. Entre autres, la popularité du télétravail ne baisse pas. Selon un sondage en ligne mené par l’IDU auprès de 1000 Montréalais, 76 % des répondants étaient favorables au télétravail durant la moitié de la semaine ou plus, même après que la majorité de la population sera vaccinée et que les mesures sanitaires seront levées.

 

Roger Plamondon estime toutefois que Montréal ne fera pas face à une crise de bureaux vacants. « Même si le mode de travail hybride est probablement là pour de bon, il va y avoir un retour progressif dans les bureaux. Donc, il s’agit d’une inoccupation temporaire. » Il faudra cependant continuer de déployer des efforts pour ramener les gens au centre-ville, explique-t-il.

Optimiste, il rappelle que « les métropoles — comme Montréal ou la capitale nationale — ont des pouvoirs d’attraction naturels qui amènent les gens à converger vers ces centres urbains. C’est là que se déroulent les grands événements culturels ou sportifs. Il y a aussi tout le secteur universitaire qui s’y trouve ».

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Roger Plamondon, qui deviendra jeudi le nouveau président du conseil d’administration de l’Institut du développement urbain du Québec, estime que Montréal s’en est plutôt bien sortie durant la pandémie par rapport à d’autres grandes villes.

L’économiste en chef de la CMM, Sylvain Giguère, estime également que Montréal a un fort potentiel d’attraction, mais que les bonnes performances économiques de la métropole reposent sur des bases qui doivent être consolidées. « Si on veut pérenniser ces performances, cela va être très important d’augmenter la productivité — notamment en stimulant davantage l’innovation et en renforçant le niveau de compétences par de la formation et une plus forte diplomation universitaire », note-t-il.

« La transition énergétique aussi doit être au sommet de nos priorités si nous voulons que nos succès économiques soient durables », ajoute celui qui participe aux travaux de réalisation du Plan métropolitain de développement économique (PMDE) 2022-2031, qui permettra de mieux cibler les enjeux et les défis économiques qui marqueront le Grand Montréal dans les prochaines années.

Pour M. Plamondon, « il faut aussi tenir compte du fait que les différents ordres de gouvernement — municipal, provincial et fédéral — traînent des fardeaux fiscaux à cause de la pandémie. Et il va falloir regarder comment gérer ça tout en continuant de soutenir la relance des villes ».

À l’approche des élections municipales, le nouveau président du conseil d’administration de l’IDU croit que ces enjeux seront au cœur du débat public, « d’autant plus qu’il y aura peut-être aussi des élections fédérales dans les prochains mois et que nous sommes à un an des prochaines élections provinciales. »
 



Ce texte a été mis à jour après publication pour y apporter une précision.

 

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