Une personnalité anti-GAFA à la tête de l’autorité de la concurrence américaine

La juriste Lina Khan a pris ses fonctions de présidente de l’agence américaine de la concurrence (FTC) mercredi.
Photo: Graeme Jennings Agence France-Presse La juriste Lina Khan a pris ses fonctions de présidente de l’agence américaine de la concurrence (FTC) mercredi.

La juriste Lina Khan, réputée pour son hostilité envers les monopoles des grandes plateformes technologiques, a pris ses fonctions comme présidente de l’agence américaine de la concurrence (FTC) mercredi, au moment où les autorités forment un front de plus en plus uni face à la Silicon Valley.

Google et Facebook font face à plusieurs poursuites pour abus de position dominante, lancées sous le gouvernement Trump par des autorités fédérales et des coalitions d’États américains. Amazon est accusée d’entrave à la concurrence dans le commerce en ligne par le procureur de la capitale américaine, Washington. Et diverses enquêtes sont en cours sur les trois mastodontes et leur voisin Apple.

Monopoles

« Je suis reconnaissante au Sénat pour ma confirmation », avait écrit sur Twitter Lina Khan mardi, après un vote où sa nomination par le président Joe Biden a reçu 69 voix pour et 28 voix contre. « Le Congrès a créé la FTC pour préserver une concurrence équilibrée et protéger les consommateurs, les travailleurs et les entreprises honnêtes des pratiques injustes et trompeuses. J’ai hâte de remplir cette mission avec vigueur et de servir le public américain » , avait-elle ajouté.

Cette professeure de droit à l’Université de Columbia, à New York, a récemment fait partie d’une équipe de chercheurs chargés de produire un rapport pour la sous-commission antitrust de la Chambre des représentants. Dans un volumineux dossier sorti en octobre dernier, les spécialistes accusent les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) de monopoles et d’abus de position dominante dans leurs secteurs respectifs. « C’est une grande victoire pour les consommateurs et le grand public », a déclaré Charlotte Slaiman, de l’association de consommateurs Public Knowledge. « Le vote en sa faveur, au-delà des divisions partisanes, confirme à la fois ses références impeccables et l’intérêt de gauche comme de droite à faire assumer aux géants de la tech leurs responsabilités. »

Lina Khan s’était fait connaître dans le monde universitaire en 2017, alors qu’elle était encore étudiante, en publiant un article intitulé « Le paradoxe antitrust d’Amazon » dans la revue de droit de l’Université de Yale. Elle y estimait que l’arsenal législatif américain était insuffisant pour lutter contre les pratiques monopolistiques de groupes comme le géant du commerce en ligne.

La FTC est composée de cinq membres, avec un maximum de trois membres issus du même parti politique.

Sous Barack Obama — dont Joe Biden a été le vice-président —, la Silicon Valley était globalement alignée avec Washington. Mais les liens ont été distendus, voire rompus, avec une bonne partie des démocrates, inquiets du pouvoir de ces entreprises sur les données personnelles, l’opinion publique ou les grands marchés économiques.

La Commission européenne multiplie les attaques depuis des années contre les GAFA, dont les comportements sont jugés anticoncurrentiels. Mais la pression monte aussi aux États-Unis. Google et Facebook font l’objet de poursuites lancées par des autorités fédérales et des coalitions d’États américains visant leurs « monopoles », notamment sur la publicité. Plusieurs enquêtes examinent également les pratiques d’Apple et d’Amazon, accusées d’être à la fois juges et parties sur leurs plateformes respectives.

Poursuites contre Amazon

Dernières en date, le procureur général de la capitale, Washington, a lancé en juin des poursuites contre Amazon, qu’il accuse d’entrave à la concurrence dans le commerce en ligne. « Le comportement d’Amazon et sa part de marché prouvent son intention de bâtir un monopole, avec une dangereuse probabilité de succès », détaille la plainte du procureur Karl Racine. Il reproche au géant du commerce en ligne d’empêcher les entreprises de vendre leurs produits moins cher ailleurs que sur sa plateforme. Il réclame des dommages et intérêts ainsi que des mesures pour interdire ce genre de pratiques à l’avenir. « Amazon a utilisé sa position dominante sur le marché de la distribution sur Internet pour gagner à tout prix », avait-il écrit sur Twitter.

Le gouvernement de Joe Biden semble décidé à remettre en cause le pouvoir qu’elles ont accumulé dans leurs secteurs, y compris à la faveur de la pandémie, qui a rendu leurs services encore plus prépondérants.

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