Planifier la recharge d’un million de véhicules électriques

La recharge de batteries demande beaucoup d’énergie, mais une trop grande demande sur le réseau peut entraîner des pannes d’électricité.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La recharge de batteries demande beaucoup d’énergie, mais une trop grande demande sur le réseau peut entraîner des pannes d’électricité.

Si le Québec atteint son objectif de 1,5 million de véhicules électriques en 2030, beaucoup d’entre eux seront branchés en même temps. Un chercheur de l’Université Concordia étudie des stratégies technologiques pour recharger tous ces véhicules sans surcharger le réseau.

« Il faut se préparer dès maintenant à intégrer plus de véhicules électriques », estime Claude El-Bayeh, chercheur au sein de la Chaire d’excellence en recherche du Canada (CERC) sur les collectivités et les villes intelligentes, durables et résilientes.

C’est un risque dans tous les pays qui veulent faire une transition vers les énergies renouvelables, explique le boursier postdoctoral. La recharge de batteries demande beaucoup d’énergie, mais une trop grande demande sur le réseau peut entraîner des pannes d’électricité.

« Présentement, la plupart des gens branchent leur véhicule le soir pour qu’il se recharge pendant la nuit, et ça recharge à la même puissance de façon continue, souligne le chercheur. Je travaille sur des techniques d’optimisation, sur des algorithmes complexes qui permettraient de contrôler à quel moment consommer quelle énergie. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le chercheur Claude El-Bayeh

Des bornes de recharge intelligentes ou des technologies intégrées dans les voitures pourraient permettre d’éviter les heures de pointe. « Le consommateur n’aurait qu’à dire au système à quelle heure il a besoin de combien d’énergie dans sa batterie. Par exemple, il a besoin qu’elle soit pleine à 80 % à 17 h. Au lieu de charger de façon continue, la batterie pourrait se charger par morceau aux moments les plus opportuns en fonction du nombre de véhicules branchés en même temps au réseau », indique M. El-Bayeh.

À certains endroits où le prix de l’électricité fluctue en fonction du moment de la journée, comme en Ontario, un tel système pourrait même permettre aux propriétaires de véhicules électriques de faire des économies.

Changer de direction

Des bornes de recharge bidirectionnelles pourraient à terme faire en sorte que les consommateurs renvoient une partie de l’énergie de leur batterie vers le réseau à des moments précis où il en aura besoin, en échange d’une compensation financière. « On veut répondre à la fois aux besoins du consommateur et du fournisseur », dit le chercheur.

Les véhicules électriques et les bornes de recharge ne sont pas équipés de tous ces outils en ce moment. Ils ne sont pas au point et seraient très chers à implanter, estime M. El-Bayeh. Mais la recherche est en cours, et M. El-Bayeh espère que son travail contribuera à aider l’industrie à y arriver plus rapidement.

Hydro-Québec juge effectivement qu’il faut planifier l’arrivée des véhicules électriques sur le réseau. « Chaque hiver, on a environ une centaine d’heures de pointe plus fortes, donc il faut gérer ça intelligemment », note le porte-parole d’Hydro-Québec Louis-Olivier Batty.

Il souligne que la société d’État a déjà testé une borne bidirectionnelle permettant de renvoyer de l’énergie dans le réseau, avec de bons résultats. « On sait que les technologies s’en viennent dans un futur pas si éloigné que ça », dit-il.

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.

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