Ramener les travailleurs au centre-ville, une attraction créative à la fois

Le Complexe Desjardins a été ciblé comme un lieu potentiel pour l’installation d’un projet de redynamisation. L’immeuble, situé dans le Quartier des spectacles, avait rapidement été déserté durant la pandémie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Complexe Desjardins a été ciblé comme un lieu potentiel pour l’installation d’un projet de redynamisation. L’immeuble, situé dans le Quartier des spectacles, avait rapidement été déserté durant la pandémie.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain procédera ce matin à un appel de projets créatifs et d’envergure pour animer, dès septembre prochain, une dizaine d’espaces publics comme on en trouve dans les tours de bureaux et les édifices privés ou semi-privés du centre-ville. Doté d’une enveloppe de 3 millions de dollars, l’organisme souhaite aider à la rentrée automnale d’une majorité de travailleurs et ainsi relancer les activités commerciales au cœur de la métropole québécoise.

L’appel de projets débutera à la mi-juin et se prolongera jusqu’en août. Un comité composé de représentants de la Ville de Montréal et du monde des affaires se penchera sur les propositions et choisira « entre sept et dix » projets qui seront mis en place au plus tôt en septembre. La CCMM prévoit investir plus ou moins 150 000 $ pour chacun des projets semi-permanents de bonne envergure qui seront choisis. Ceux-ci seront installés dans des lieux privés ou semi-privés qui sont fréquentés par le public. Quant aux espaces entièrement publics de la ville, comme le Quartier des spectacles, Montréal a sa propre stratégie pour y relancer l’animation cet été.

La Chambre de commerce recherche pour sa part des créations artistiques ou autres, pour autant qu’elles se démarquent avantageusement et « qu’elles attirent les travailleurs », indique Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

Des pôles d’attraction

« On souhaite générer un peu de surprise, un côté stimulant et peut-être même immersif dans des espaces qui devront devenir de nouveaux lieux d’attraction pour les travailleurs », dit-il. « Montréal doit être à la hauteur de sa réputation de grand pôle créatif. »

Les projets n’ont pas besoin d’être trop complexes. Ils doivent pouvoir être adaptés aux foires alimentaires et commerciales comme celles qu’on trouve dans les gratte-ciel du centre-ville, dans les halls de tours de bureaux ou sur les places extérieures, comme l’esplanade de la Place Ville Marie, cite en exemple M. Leblanc. Cela peut être aussi simple que d’illuminer un espace comme on l’a fait avec le pont Jacques-Cartier ou la Biosphère du parc Jean-Drapeau, mais la Chambre souhaite tout de même recevoir des propositions plus interactives, voire immersives.

Montréal doit être à la hauteur de sa réputation de grand pôle créatif

 

« Mon souhait est de générer un mouvement auprès des grands propriétaires montréalais pour qu’ils voient sous un autre angle les espaces publics qu’on trouve dans leurs immeubles », ajoute le dirigeant de la CCMM. Des lieux comme le Complexe Desjardins, l’immeuble de la Sun Life et certains édifices appartenant à Ivanhoé Cambridge, le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ont déjà été ciblés comme sites potentiels pour les projets qui seront sélectionnés par la Chambre.

Un centre-ville « déserté »

Ce projet de la Chambre de commerce se distingue par son côté plus « mobilisateur » auprès des gens d’affaires et des travailleurs de la Ville de Montréal, qui a réservé 25 millions de dollars pour des événements et des activités publiques destinées à ramener le public dans les artères commerciales du centre-ville. Mais l’objectif est le même : ranimer un centre-ville encore en bonne partie déserté par les travailleurs et les consommateurs.

La reprise vigoureuse des derniers mois a dopé les indicateurs nationaux, comme le taux d’emploi et l’activité économique, vers des niveaux rappelant la situation d’avant la pandémie, mais le taux d’achalandage des tours de bureaux et de nombreux commerces du centre-ville, dont les restaurants et les hôtels, demeure toujours très bas.

Du côté des bureaux, le taux d’inoccupation s’améliore, mais demeure en repli. Il s’élevait en mai à Montréal à 11,2 %, un peu plus que la moyenne des dix dernières années de 10,6 %, malgré une baisse du coût des loyers à Montréal. Selon la firme immobilière JLR, les entreprises ont réduit de 4,2 millions de pieds carrés l’espace qu’elles occupaient au centre-ville en raison de la pandémie. Plusieurs prévoient réduire leur empreinte en prolongeant l’offre de télétravail.

La métropole envisage d’autres mesures pour inciter ces entreprises à revenir en ville. La Chambre de commerce a encore en poche 5,5 millions des 8,5 millions reçus de Québec pour ranimer le centre-ville. Une partie de cette somme servira notamment à favoriser la sous-location d’espaces inutilisés.

La Chambre s'inquiète aussi d'une pénurie de main-d’œuvre anticipée quand les commerces rouvriront. Après tout, ils devront accueillir les employés de bureau qui viendront acheter chez eux. « Sinon, on va vivre tout un choc quand ça va rouvrir », craint Michel Leblanc.
 



Ce texte a été modifié après publication pour y apporter une précision.

 

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