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Marchés boursiers - Le dur coup de l'emploi

La Bourse nord-américaine, déjà secouée par la flambée du prix du brut, a pris un coup à l'estomac hier en apprenant que l'économie américaine n'avait créé que 32 000 emplois en juillet, et les principaux indices sont retombés à des niveaux inconnus depuis l'année dernière.

Pour Hugh Johnson, directeur des investissements chez First Albany, les chiffres du chômage «reflètent un message simple: le ralentissement [de l'économie] en juin n'était pas passager comme nous l'espérions». L'économie américaine n'a créé que 32 000 emplois en juillet là où les analystes espéraient 243 000 créations. Et les chiffres du mois de juin, déjà mauvais, ont été revus en baisse.

«C'est le deuxième mois consécutif où nous avons un chiffre bien plus faible que prévu et ils ont révisé la tendance en baisse. C'est vraiment un mauvais signe», renchérit Robert Brusca, chef économiste de FAO Economics. Conclusion: les investisseurs ont pris leurs économies et sont allés les mettre ailleurs qu'en Bourse. Leur réaction est à l'aune de la déception.

Le Dow Jones a laissé presque 1,5 % hier alors qu'il avait déjà abandonné 1,6 % la veille. À 9815,33 points, il se retrouve à son niveau de la fin novembre 2003, comme si les bénéfices des entreprises ne s'étaient pas accumulés depuis plusieurs trimestres. L'indice composé du Nasdaq a aussi chuté lourdement (-2,5 %) après le recul de 1,8 % que les investisseurs ont déjà dû encaisser la veille. Il est retombé à son niveau du 26 août 2003 avec seulement 1776,89 points au compteur. Seul le SP 500 résiste un peu mieux. Basé sur le prix des actions de 500 entreprises, il est moins enclin aux variations de forte ampleur et se retrouve à son niveau du 10 décembre.

À la Bourse de Toronto, l'indice S&P/TSX est tombé de 91,20 points, à 8176,68. L'indice aura ainsi perdu 267,5 points sur la semaine. De son côté, le dollar canadien s'est apprécié chez les cambistes, de 0,33 cent, pour terminer à 76,20 ¢US.

«Ce n'est vraiment pas ce qu'il fallait au marché des actions», a commenté Marc Lévesque, économiste à la Banque TD. «La plupart des indicateurs pour juillet suggèrent qu'il y a un équilibre d'ensemble et plusieurs indicateurs des entreprises paraissent assez sains, tout cela à part les chiffres de l'emploi.»

«C'est une vraie, vraie déception pour le marché, ces chiffres de l'emploi», ne peut que constater Peter Cardillo, principal stratège boursier pour la maison de courtage SW Bach à New York.

Surtout, le marché est totalement concentré sur des facteurs macroéconomiques relativement décevants, alors qu'il y a quelques semaines, il pouvait se rabattre sur les résultats trimestriels d'entreprises, autrement plus réjouissants, selon Peter Cardillo.

Cela fait oublier aux investisseurs les bons aspects du dernier rapport sur l'emploi, à savoir que «nous avons créé aux États-Unis peu d'emploi en juillet mais des emplois solides, pas des emplois précaires», a souligné M. Cardillo.

Par ailleurs, l'évolution du pétrole à des sommets historiques continue de peser lourdement sur les échanges à Wall Street en faisant planer la menace de l'inflation. Le brut a terminé en-dessous de 44 $US hier mais au cours des échanges électroniques précédant l'ouverture du marché new-yorkais, le prix du baril avait atteint un nouveau record absolu à 44,77 $US.

«Le seul facteur susceptible d'inverser la tendance à la baisse de la Bourse américaine serait un éventuel repli des cours du brut, qui allègerait la menace de voir l'inflation s'accéler», selon l'expert de SW Bach.