Une performance anémique de l'emploi au Canada

Décevante aux États-Unis, la création d'emplois a été plutôt anémique de ce côté-ci de la frontière en juillet. La performance a été à ce point faible qu'elle pourrait forcer les banques centrales, américaine et canadienne, à reporter leur agenda de hausse des taux d'intérêt directeurs.

Statistique Canada a indiqué hier qu'il ne s'est créé que 9000 emplois au pays en juillet, après trois hausses mensuelles consécutives. Cette pause doit être combinée à un nombre moindre de personnes sans travail se disant à la recherche d'un emploi pour expliquer le recul de 0,1 point de pourcentage du taux de chômage canadien, à 7,2 % en juillet contre 7,3 % en juin.

L'agence fédérale a cependant pris soin de souligner que «malgré un répit pendant le premier trimestre de l'année, l'emploi a fait preuve de vigueur au cours des 11 derniers mois, affichant une croissance de 2,1 % (+325 000) depuis que la récente tendance à la hausse a débuté, en août 2003».

Question d'assombrir le portrait, l'économie canadienne a perdu 39 000 emplois à temps plein le mois dernier alors qu'il s'est créé 48 000 emplois à temps partiel dans l'intervalle. Mais Statistique Canada tient à dédramatiser en rappelant que la progression de l'emploi à temps partiel le mois dernier «est la première croissance importante observée jusqu'à maintenant cette année, et porte la baisse du nombre de personnes qui travaillent à temps partiel à 0,7 % (-22 000) depuis le début de l'année». Parallèlement, «la chute du nombre d'emplois à temps plein en juillet a suivi une séquence de dix augmentations mensuelles consécutives totalisant 342 000 emplois à temps plein (+2,7 %) depuis août dernier».

Par segment, la lecture de juillet fait ressortir un gain net de 21 000 emplois dans le secteur manufacturier, soit la première hausse importante en plus d'un an, une création concentrée en Ontario. Le Québec, pour sa part, a retenu l'essentiel des 19 000 emplois créés dans la construction.

À cette échelle des provinces, Statistique Canada a fait ressortir que l'Ontario avait inscrit 9000 nouveaux emplois le mois dernier, une hausse de 45 000 emplois à temps partiel n'étant contrebalancée qu'en partie par des pertes de 37 000 emplois à temps plein. Le taux de chômage dans cette province a diminué de 0,2 point en juillet pour se situer à 6,8 %. Il faut retenir qu'«à la suite d'un manque de vigueur survenu au premier trimestre de l'année, le nombre d'emplois dans la province a crû de 71 000 (+1,1 %) depuis mars dernier», a ajouté l'agence fédérale.

Le nombre d'emplois a également peu varié au Québec, avec une création nette de 10 000 le mois dernier et un taux de chômage demeurant inchangé, à 8,2 %. «Au cours des sept premiers mois de 2004, le nombre d'emplois dans la province ne s'est accru que de 0,6 % (+21 000)», a relevé Statistique Canada.

Hausse du dollar

Cette activité anémique combinée à une statistique décevante aux États-Unis, avec seulement 32 000 emplois créés au sud de la frontière le mois dernier, ont poussé le dollar américain dans une glissade. Ce faisant, le dollar canadien gagnait plus d'un demi cent peu après le dévoilement des données, à 76,40 ¢US. Cette nouvelle lecture s'est ajoutée à la flambée des cours pétroliers et à un essoufflement de la consommation en juin pour provoquer un certain effritement du consensus autour de la prochaine hausse des taux d'intérêt directeurs, qui pourrait être décalée, croit-on.

Mais le scénario dominant retient toujours une augmentation additionnelle, de 25 points de base, au terme de la réunion du comité monétaire de la Réserve fédérale mardi prochain, avec une hausse similaire du taux cible à un jour de la Banque du Canada lors de sa réunion du 8 septembre.