cache information close 

La création d'emplois déçoit les Américains

Le Québec a retenu l’essentiel des 19 000 emplois créés dans la construction.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le Québec a retenu l’essentiel des 19 000 emplois créés dans la construction.

Washington — Le marché du travail a ralenti aux États-Unis en juillet avec 32 000 créations d'emplois seulement, une énorme déception qui fait craindre un essoufflement économique à trois mois des élections.

Le niveau des créations d'emplois, le plus faible depuis décembre, est loin des 243 000 nouveaux postes attendus par les analystes. La déception est d'autant plus forte que les chiffres de juin ont été révisés en forte baisse, à 78 000 contre 112 000 annoncés initialement. Et la baisse à 5,5 % du taux de chômage, contre 5,6 % en juin, n'est pas une grande consolation, puisque ce sont les créations d'emplois que les analystes jugent plus représentatives de la santé de l'économie américaine.

«C'est très décevant. L'économie est prise dans un accès de faiblesse beaucoup plus long que ce que nous pensions», estime Sung Won Sohn de la banque Wells Fargo.

Les analystes attendaient avec anxiété les chiffres du chômage pour y lire une confirmation de leur hypothèse comme quoi le passage à vide traversé par l'économie en juin — consommation en baisse, ralentissement du côté des entreprises — n'a été que passager. Mais «l'économie se débat toujours pour sortir du ralentissement estival et il faudra attendre plus longtemps que prévu pour voir des signes convaincants de raffermissement économique», prévoit M. Sohn.

La santé de l'emploi est cruciale pour la vigueur de la consommation, et quand celle-ci s'affaiblit comme au deuxième trimestre c'est toute la croissance qui ralentit (3 % en rythme annuel).

La Bourse américaine a très mal pris ces nouvelles et elle chutait hier, après une mauvaise journée déjà jeudi sous le signe de la flambée du pétrole, tandis que le marché obligataire s'envolait.

Les détails du rapport ne conduisent pas à l'enthousiasme. L'emploi a été plombé par des licenciements dans le commerce de détail (-19 000 postes), et les services aux professionnels, le secteur qui a affiché la meilleure santé le mois dernier, n'a réussi à créer que 42 000 postes. L'industrie a créé 10 000 emplois, se remettant à un rythme «très faible» montrant que «les entreprises restent très prudentes» selon M. Sohn.

De plus, les différences entre baisse du chômage et hausse des créations d'emplois laissent penser que «ce sont les très petites entreprises qui créent des emplois», où les conditions salariales risquent d'être moins bonnes, explique John Lonski de Moody's Investors Services. «Ce rapport soutient la thèse que la qualité des nouveaux emplois a diminué», ajoute l'économiste.

Ces chiffres sont une mauvaise nouvelle pour le président George W. Bush, qui a fait de l'emploi l'une de ses priorités à l'approche de l'élection du 2 novembre. Ignorant les chiffres décevants, M. Bush a préféré assurer hier que «la croissance est forte et se renforce».

Le rapport va sans doute provoquer un débat à la Réserve fédérale (Fed), qui réunit mardi son comité de politique monétaire. Son président Alan Greenspan avait expliqué fin juillet les mauvais indicateurs de juin par des «facteurs transitoires». «La Fed va sans doute augmenter ses taux de 25 points de base mardi, tout en indiquant qu'elle pourrait arrêter temporairement son évolution vers une politique plus neutre si l'économie n'accélère pas», estime M. Lonski.

Les taux directeurs sont pour l'instant fixés à 1,25 %, la Fed ayant initié un cycle de hausse de taux en juin. «Si vous pensez que l'économie va rebondir comme le fait la Fed, alors elle devrait augmenter ses taux en août. Mais si le prochain rapport sur l'emploi est faible, elle maintiendra le statu quo en septembre», estime M. Sohn.